« Que puis-je pour vous ? Comment ça, « nouveau collègue » ? »

''Que puis-je pour vous ? Comment ça, ''nouveau collègue'' ?''

Depuis deux ans, mon institution engage des collaborateurs sans préparer un seul instant leur entrée en fonction, ce qui est pourtant à l’opposé du sort qui m’avait été réservé. Prêts pour un voyage en « absurdie » ? Accrochez-vous.

Tout est dans le titre. Il m’est arrivé de découvrir de nouveaux collègues de service le jour de leur entrée en fonction. Entendons-nous bien : il s’agit de collègues de service, qui à leur arrivée n’ont personne pour les accueillir et n’ont à disposition ni bureau, ni ordinateur, ligne téléphonique ou fournitures diverses. Quant aux départs, ils sont aussi catastrophiques que les entrées. Une personne prestant un CDR avec rigueur a de grandes chances d’apprendre que son dernier jour est arrivé en voyant revenir travailler la personne qu’elle remplace. « Ici, on met les chaussures avant les chaussettes » m’a un jour dit un ancien.

Bien-être au travail

Je conçois que la notion de culture d’entreprise soit peu appliquée dans la fonction publique, mais tout de même, il y a des limites. Car lorsque sur votre lieu de travail, vous en êtes à vous demander si vous n’avez pas été victime d’une caméra cachée de François Damiens, c’est que l’institution va mal. Les situations sont cocasses, on peut en rire. Mais derrière, l’impact sur le bien-être au travail est colossal et favorisera l’absentéisme.

Deux points de vue sont à prendre en considération. Tout d’abord l’équipe non consultée en amont se sent totalement inconsidérée par la hiérarchie. L’humeur générale en est affectée et il est évident que le nouveau collaborateur a l’impression d’arriver tel un cheveu dans la soupe.

Ensuite, la motivation de la nouvelle recrue est sérieusement mise à mal lorsque celle-ci ne sait même pas où s’asseoir à son entrée en fonction. Et encore, dans certains cas l’aberration atteint son paroxysme par le fait que le nouveau n’a même pas de profil de fonction – il est, dirons-on, « en réflexion ».

Team Building

Nous faisons un métier difficile. À bien des égards, la cohésion de groupe y est essentielle. Je suis convaincu qu’une équipe soudée, composée de membres se connaissant et auxquels on a donné des possibilités et des espaces permettant d’apprendre à se connaître et à communiquer, fonctionne avec davantage d’efficacité. En ce sens, l’accueil des nouveaux est primordial. Pour aller plus loin, des initiatives de type « Team Building » ont déjà été abordées mais restent malheureusement classées sans suites. Pourtant à terme, c’est bien l’accomplissement des missions du service qui est menacé.

Si je ne me sens pas respecté, si tel collègue ne sait pas quelles sont ses missions et si tel autre n’a aucun outil de travail à disposition, quel degré d’efficience peut revendiquer mon équipe ?

Image institutionnelle

Quelle image l’institution renvoie-t-elle ainsi aux partenaires, aux étudiants, aux usagers ? Comment son sérieux, son professionnalisme sont-ils perçus ? Mon passage en son sein est-il encore seulement bénéfique pour mon CV ?

À la lecture de ces interrogations, un constat s’impose : lorsque vous êtes responsable hiérarchique, vous veillez à engager les meilleurs éléments pour faire tourner votre service. C’est en tous les cas le message envoyé par les multiples tests et entretiens par lesquels vous faites passer chaque candidat avant de le recruter ou non. Pourquoi dès lors ne pas considérer que l’équipe ainsi constituée soit en quelque sorte votre trésor ?

Un trésor, on en prend soin. Sinon, on se le fait voler.

M.A.

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