Barèmes IF-IC : les infirmiers sont-ils perdants ?

Barèmes IF-IC : les infirmiers sont-ils perdants ?

Suite au mouvement de grève ayant lieu hier à l’hôpital Erasme, l’inquiétude des infirmiers à propos de l’augmentation des barèmes IF-IC à 100 % à partir de juillet prochain grandit encore. Les autorités affirment pourtant que personne ne sera délaissé par cette nouvelle mesure.

Parmi les revendications des infirmiers d’Erasme figure la suspension immédiate de l’application de l’IF-IC. “Nous estimons qu’en plus d’être une illustration flagrante de manque de connaissance de l’autorité sur la diversité et les spécificités du travail technique et intellectuel des praticiens, cela mènera à moyen ou long terme à la disparition des spécialistes par manque de valorisation et de facto à une diminution de la qualité de prise en charge et de la sécurité des patients”, annoncent –ils dans une lettre ouverte. De manière générale, ce mouvement de grève a permis au personnel hospitalier de l’hôpital de faire savoir qu’il se sentait peu considéré par les autorités.

Entrée en vigueur depuis 2018 dans les hôpitaux privés, la classification IF-IC arrivera dans les hôpitaux publics vers 2022. Elle entérinera le classement des professions des soins de santé en fonction des activités exercées et non plus selon le titre et la formation ; le salaire dépendra donc dorénavant de la fonction exercée et plus du diplôme. Chaque fonction (infirmier, aide-soignant...) est classée selon une série de critères qui ont été choisis par les partenaires sociaux (patrons et syndicats).

Le changement n’est pas obligatoire

Cette nouveauté avantage avant tout les nouveaux arrivants sur le marché du travail. Cependant, il semble à première vue que les infirmiers seraient lésés. Grâce à un calcul effectué sur le site du simulateur des barèmes IF-IC, certains ont pu faire les comptes et mesurer l’impact d’un tel changement : “Si je passe dans le nouveau système, je perds entre 288 euros et 450 euros par mois jusqu’à la fin de ma carrière", affirme Fouzya Chihi, infirmière en chef aux urgences à l’hôpital Erasme, à la RTBF. Adrien Dufour, président de la Fédération nationale des infirmiers de Belgique, poursuit : “Pas facile de donner une moyenne sur la perte estimée ou le gain avec le nouveau système. Cela peut aller à moins de 13.000 euros ou à moins de 40.000 euros sur une carrière”.

- Lire aussi : Augmentation des barèmes IF-IC à 100 % à partir du 1er juillet

Pourtant, le cabinet du ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke maintient que cette réforme ne sera dommageable pour personne : “Les personnes concernées pourront décider d’entrer ou non dans le système. Et comme les rémunérations sont valorisées au début de la carrière, la profession d’infirmière/infirmier devrait être plus attractive”. Après les moyens déboursés pour le mouvement Blouses blanches (400 millions d’euros), le Cabinet prévoit d’ailleurs 600 millions d’euros supplémentaires pour une revalorisation de la profession.

Les syndicats regrettent eux aussi le mouvement de grève mené par le personnel hospitalier d’Erasme, qu’ils n’avaient pas soutenu dans cette intitative : “Je pense que ce personnel est à bout", commente Yves Hellendorff, secrétaire national Non Marchand. "Il a donné tout ce qu’il pouvait, les conditions de travail sont difficiles. Mais dire qu’ils vont perdre de l’argent à travers la nouvelle grille barémique, c’est faux : chaque travailleur a le choix de rentrer ou non dans le nouveau dispositif. Certains essaient de mettre de l’huile sur le feu pour exister !”. De plus, la prime pour qualification professionnelle particulière sera maintenue dans l’ancien système, affirme-t-on du côté de la CNE. “S’il y avait au moins une circulaire précise qui dirait : ’Vous ne rentrez pas dans le nouveau système, vous gardez vos droits acquis’, cela apaiserait les choses”, répond Adrien Dufour de la Fédération nationale des infirmiers.

La reconnaissance des compétences

Pour accéder à la profession d’infirmier, il faut décrocher un Brevet (trois ans et demi) ou un Bachelier (quatre ans) et bien souvent poursuivre par une année de spécialisation (soins intensifs, urgences...). Dans ces services, grâce au nouveau barème IF-IC, des infirmiers qui exercent les mêmes activités gagneront à l’avenir le même salaire même s’ils n’ont pas le même diplôme.

“Théoriquement, on va gagner le même salaire”, confirme Yves Hellendorff de la CNE : “Dans les faits, plus aucun hôpital n’engage un infirmier breveté aux soins intensifs. Aujourd’hui au minimum, il faut avoir un bachelier. Sauf pour ceux qui sont là depuis plus de 20 ans et qui sont brevetés, et qui, avec 20 ans d’ancienneté ont une compétence équivalente aux autres avec la formation continue”. Ce à quoi répond Alda Dalla Vallé, vice-présidente de la Fédération Nationale des Infirmiers de Belgique, répond, interloquée : “Pourquoi donc se casser la tête à faire une spécialisation ? Etudier 5 ans au lieu de 4 ?”. Retour à l’envoyeur...

Reprendre un an d’ancienneté pour les infirmiers spécialisés permettrait à la profession de retrouver de son attractivité : “Mais on doit être très prudent : c’est quoi une spécialisation ? A partir de quand ? Par exemple : un kiné qui a fait une formation complémentaire au traitement de la douleur, est-ce considéré comme une spécialisation ?”, se demande Yves Hellendorff. “L’hôpital, ce sont de nombreux professionnels différents. Et notre travail, c’est de prendre tout le monde en compte".



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