Covid : hausse du burn-out chez les infirmiers des urgences et des soins intensifs

Covid : hausse du burn-out chez les infirmiers des urgences et des soins intensifs

La surcharge de travail dans le milieu hospitalier participant à la dégradation des conditions de travail est un sujet au cœur des revendications du personnel soignant. Les chercheur.se.s Sarah Butera (infirmière SIAMU – USI), Pierre Smith (collaborateur scientifique) et Arnaud Bruyneel (infirmier ICU) ont cherché à en savoir plus via le prisme du burn-out chez les infirmier.ère.s.

Arnaud Bruyneel, infirmier depuis 12 ans, a fait quelques apparitions dans les médias pour tirer la sonnette d’alarme concernant la pénurie des infirmier.ère.s. “On fait face à un cercle vicieux. Le burn-out augmente avec la charge de travail, l’augmentation de la charge de travail rend les conditions de travail plus pénibles entraînant des démissions, des passages à mi-temps et des arrêts de maladie, augmentant la charge de travail... ainsi de suite,” nous confie-t-il.

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Accompagné de deux autres chercheur.se.s Sarah Butera et Pierre Smith, ils.elles ont mis sur pieds une recherche autour de la prévalence des risques de burn-out. La population concernée est celle des infirmier.ère.s travaillant en unité de soins intensifs et dans les services d’urgence avant et après la pandémie de Covid 19. La prévalence de ces risques a été analysée à travers des facteurs de risques associés que les chercheur.se.s ont défini par la charge de travail, le manque d’équipements, de protections ainsi que la présence ou non d’un support hiérarchique et des collègues. Ils.elles se sont basé.e.s sur la comparaison des réponses à un questionnaire en ligne proposé en janvier 2020 et en avril 2020 dans le réseau hospitalier francophone. 442 infirmières des unités de soins intensifs et des services d’urgence ont rempli le questionnaire lors de la première phase de l’étude et 1  ;616 lors de la deuxième.

Impact du Covid sur les infirmier.ère.s en soins intensifs

Les résultats montrent que dans les services d’urgence, le risque de burn-out était plus élevé que dans les soins intensifs mais la pandémie ne l’a pas augmenté de manière significative (69.8% à 70.7%). Cependant les infirmier.ère.s de soins intensifs ont vu leur risque de burn-out considérablement augmenté par la première vague (51.2% à 66.7%).

Le burn-out se définit à travers un modèle tridimensionnel composé de l’épuisement émotionnel, la dépersonnalisation et la réduction de l’accomplissement personnel. Chez le personnel infirmier des soins intensifs, toute ces dimensions ont montré une différence significative suite à la pandémie :

  • épuisement émotionnel : 33.6% à 48.9%
  • dépersonnalisation 26.9% à 39.4%
  • réduction de l’accomplissement personnel : 19.1% à 28.3%

Concernant le personnel des services d’urgence, une seule différence significative est apparue et concerne la réduction de l’accomplissement personnel (23.3% à 33.4%).

Les réponses des infirmier.ière.s en soins intensifs rapportent que le soutien social élevé de la part des collègues, des supérieur.e.s et de la direction permet une moindre réduction de l’accomplissement personnel. Pour le service d’urgence, c’est l’ancienneté et la charge de travail perçu qui ont un rôle important sur cette dimension.

Besoin urgent d’un plan pénurie infirmier.ère.s

Les chercheurs.se.s stipulent que “le burnout chez les infirmières a des conséquences multiples. Tout d’abord, il a des conséquences négatives sur leurs pratiques professionnelles, avec un impact délétère sur la qualité des soins fournis aux patients et donc sur leur sécurité, leur santé et leur rétablissement. Deuxièmement, elle a des conséquences pour les infirmières elles-mêmes, avec un risque important de développer des problèmes de santé physique et mentale tels que la fatigue, l’anxiété, des troubles du sommeil, de santé mentale, des maladies cardiaques et des syndromes métaboliques. Troisièmement, elle a un impact négatif sur les systèmes de soins de santé, avec une diminution de la performance au travail de santé, une augmentation de l’absentéisme au travail et un phénomène de rotation du personnel ainsi qu’une augmentation des dépenses liées au recrutement et aux ressources humaines.”

Arnaud Bruyneel alarme depuis plusieurs années de “l’urgence à considérer la pénurie d’infirmier.ère.s comme un problème de santé public et d’y répondre à travers un plan de pénurie infirmier.ère.s interfédéral”. Il précise que “de nombreuses études montrent que l’investissement qui n’est pas fait dans l’amélioration des conditions de travail engendre une augmentation des coûts dû à une augmentation des complications et de la mortalité des patient.e.s.”

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T.A



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