Fin des contrats de renfort dans les CPMS : « La ministre Désir ne saisit pas à quel point les jeunes vont mal »

14/11/22
Fin des contrats de renfort dans les CPMS : « La ministre Désir ne saisit pas à quel point les jeunes vont mal »

Le 30 novembre, les centres PMS devront se séparer des contrats de renfort octroyés dans le cadre de la crise COVID. Pour Christophe Mussolin, directeur de CPMS dans le Brabant wallon et membre du groupe « Faut l’dire », sans un renforcement des équipes, ces services de première ligne ne pourront pas garantir un service de qualité aux jeunes et aux familles. Rencontre.

Ce 30 novembre, les moyens supplémentaires octroyés aux centres psycho-médico-sociaux (centres PMS), dans le cadre de la crise COVID, prendront fin. « On nous a fait penser qu’il y aurait des reliquats et qu’on pourrait engager, mais je viens de recevoir un mail de l’administration qui confirme que ce sera bel et bien clôturé », regrette Christophe Mussolin, directeur du Centre PMS libre de Ottignies – Louvain-la-Neuve.

Pendant des mois, avec le groupe informel de directeurs de centres PMS « Faut l’dire », Christophe Mussolin s’est activé pour sensibiliser les ministres sur leur réalité et sur la nécessité d’augmenter les effectifs. Jusqu’à leur lettre ouverte publiée le 21 octobre dernier après la décision du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) de ne pas prolonger les contrats des renforts au-delà du 30 novembre. « Chers Ministres, n’auriez-vous pas oublié une priorité ? », interrogeaient alors les directeurs de CPMS.

Pour mieux comprendre les implications concrètes de cette décision sur les activités des centres, Le Guide Social s’est entretenu avec Christophe Mussolin, à quelques semaines de la date butoir.

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"Toute l’année nous avons rencontré des ministres pour parler de notre réalité"

Le Guide Social : Dans quel contexte avez-vous écrit cette lettre ouverte à l’intention du gouvernement de la FWB ?

Christophe Mussolin : Les centres de PMS sont un service de première ligne. Normalement, dans le cadre de nos missions, nous ne faisons pas de thérapeutique et nous devons passer le relais aux services de deuxième ligne (services d’aide à la jeunesse, services de guidance, les thérapeutes...). Ce qui était déjà très compliqué, même avant le COVID, car ces services sont saturés.

Le groupe « Faut l’dire » est né parce que trouvions que la souffrance des jeunes n’était pas assez mise en évidence. Déjà avant le COVID, nous voulions sensibiliser le grand public sur les difficultés de gérer la saturation des services de deuxième ligne.

Avec la succession des crises, la situation s’est aggravée et les familles ont été mises à mal. Nous avons dû continuer à faire plusieurs cartes blanches, jusqu’à cette dernière, en octobre.

Toute l’année nous avons rencontré des ministres pour parler de notre réalité, certain.es étaient plus ou moins au courant de notre situation en tant que service de première ligne et de ce que les familles vivaient, et pour les sensibiliser à l’importance d’augmenter nos effectifs.

Il est souvent question d’une réforme mais sous cette législature non plus elle n’aura pas lieu. Nous n’avions pas envie d’attendre la prochaine législature pour sensibiliser les politiques. Nous avons donc profité du conclave budgétaire.

Finalement, cela a été une grosse déception : pour des raisons économiques les budgets ont été limités, dont ceux de l’enseignement, et les centres PMS ont payé le prix fort.

"Pour la première fois, nous avons pu remettre de l’énergie dans le collectif au niveau de la prévention"

Le Guide Social : Quelles étaient vos revendications ?

Christophe Mussolin : Nous avions actionné l’opposition au préalable et une motion a été déposée lors du conclave budgétaire de la FWB [pour maintenir les budgets supplémentaires, ndlr]. Mais cela a été botté en touche par la ministre de l’Education Caroline Désir pour des raisons financières.

Nous demandions de pouvoir engager une personne supplémentaire de manière pérenne dans tous les 185 centres PMS. C’était de l’ordre de 10 à 12 millions d’euros. Ce n’était pas grand-chose par rapport à l’impact que cela représentait. Sachant qu’une personne en plus dans un centre PMS bénéficie à 15 voire 20 écoles.
Les effectifs des centres PMS sont calculés proportionnellement à un nombre d’élèves que nous avons en guidance et cette proportion n’a pas été réévaluée depuis 1960 ! Un agent de PMS en temps plein doit assurer la guidance de 1.000 élèves. Comment voulez-vous qu’on fasse un service de qualité ?

Notre revendication ce n’est pas d’avoir un meilleur salaire mais de pouvoir continuer à offrir un service de qualité aux jeunes et aux familles. Si la FWB continue à nous donner de plus en plus de missions, c’est impossible.

C’est compliqué car on nous dit qu’il n’y a pas d’argent puis on voit que dans l’enveloppe [fédérale, ndlr] de la santé un budget a été ouvert pour des psychologues qui soutiennent la première ligne. Plutôt que de financer des services qui existent, on crée des services avec des missions plus ou moins proches auxquels nous devons toujours nous réajuster. J’avoue que je ne comprends pas cette politique.

Le Guide Social : En quoi consistaient ces postes de renfort ?

Christophe Mussolin : Il s’agissait d’une demi-fonction minimum par centre PMS, d’office un.e psychologue. Et selon le nombre d’élèves en secondaire, la charge pouvait augmenter. Cela pouvait aller jusqu’à deux temps pleins par CPMS. Cela pouvait être une personne avec une formation de psychologue, assistante sociale, infirmière.

La porte d’entrée, c’était la crise COVID : les jeunes ont vraiment souffert de la fermeture des écoles, des cours à distance. L’objectif de ces renforts était donc de travailler la prévention au niveau collectif, même s’il arrivait que les postes de renfort soutiennent les agents de PMS classiques dans les suivis individuels.

Pour la première fois, en tant que centre PMS nous avons pu remettre de l’énergie dans le collectif au niveau de la prévention. Même si beaucoup de nos missions visent le collectif, la réalité de terrain fait qu’il y a tellement de demandes individuelles et de moins en moins la possibilité de passer le relais, ou en tous cas cela prend plus de temps, que nous n’avons plus suffisamment de temps et d’énergie à consacrer à cela. Ces contrats de renfort étaient une belle opportunité.

Si nous pouvions mettre plus d’énergie dans la prévention, en un an ou deux nous verrions une diminution du nombre de suivis individuels. Le problème étant qu’on doit toujours travailler dans l’urgence. Ce matin encore, j’ai dû m’occuper du cas d’une enfant qui avait écrit des choses vraiment alarmantes. Il fallait traiter la situation immédiatement car on ne savait pas si elle pouvait retourner en famille. Malheureusement, cela devient notre quotidien.

"Fin novembre nous voulons faire un sit-in devant le gouvernement où des agents de CPMS vont se relayer pendant deux jours"

Le Guide Social : Comment la fin de ces contrats de renfort va impacter vos activités quotidiennes ?

Christophe Mussolin : Tous les projets de prévention prévus dans les écoles pour diminuer les risques d’absentéisme, de décrochage scolaire, de harcèlement dans les écoles, pris en charge par les personnes dans ces postes de renfort, vont s’arrêter.
Nous regrettons cette absence de vision à moyen et long terme. La première ligne doit être refinancée pour éviter tous les impacts même économiques sur la société. Puisque malheureusement on entend seulement l’aspect financier, l’absentéisme coûte une fortune à la FWB. À chaque élève qui redouble c’est une année scolaire supplémentaire à financer.

Le Guide Social : Devant le Parlement francophone, la ministre Caroline Désir a réagi en disant que « les CPMS n’ont pas dans leurs missions principales la prise en charge des jeunes sur le plan psychologique. Ils ont plein d’autres missions à accomplir au niveau des écoles ». Comment réagissez-vous ?

Christophe Mussolin : C’est assez décevant... Je me demande combien de fois il faudra la rencontrer pour qu’elle se rende compte de notre réalité.

Je pense qu’elle ne saisit pas à quel point les jeunes vont mal. On ne peut pas les rencontrer une fois et leur dire : « Ne t’inquiète pas, on va vite te renvoyer vers un.e thérapeute privé.e ». Beaucoup de familles n’ont pas les moyens d’en payer un.e et doivent se tourner exclusivement vers des services gratuits. Sans parler de la question de la confiance et du lien. Ce n’est pas aussi simple de renvoyer une situation.

En tant que centres PMS, nous avons également une énorme plus-value : c’est le seul service qui a accès à tous les milieux de vie de l’enfant, si les parents sont d’accord. Contrairement à un.e thérapeute, nous avons une vision globale. Ces spécificités font que nous sommes un service de plus en plus indispensable et le grand public s’en rend compte.

Le Guide Social : Quelles sont vos prochaines étapes ? Avez-vous des actions prévues ?

Christophe Mussolin : Fin novembre nous voulons faire un sit-in devant le gouvernement où des agents de CPMS vont se relayer pendant deux jours. Nous allons aussi organiser une conférence de presse. Nous voulons marquer le coup et informer le grand public de notre réalité.

Propos recueillis par Caroline Bordecq



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