Honoraires des kinés : "Non à la nouvelle convention INAMI !"

05/05/22
Honoraires des kinés :

Le 1er mai à Bruxelles, le ministre fédéral de la Santé a annoncé une nouvelle convention tarifaire pour les kinésithérapeutes. La convention a été approuvée par le Conseil général de l’INAMI, mais les associations des travailleurs s’y opposent fermement. Fabienne Van Dooren, directrice générale d’Axxon, association de défense de la profession, nous explique ses revendications.

Les conditions de travail d’un kinésithérapeute sont contraignantes : son nombre de prestations est limité ainsi que leur durée. Ses coûts fixes comprennent le loyer de son cabinet ou de son logement s’il reçoit ses patients chez lui, mais aussi ses frais de déplacement pour se rendre chez ses bénéficiaires. A ces conditions s’ajoutent une rémunération assez faible et une reconnaissance en progression. C’est pour ces raisons qu’Axxon, l’association de défense de kinésithérapie, est en pleine protestations. Elle s’oppose au projet de convention annuelle, annoncé lundi par le gouvernement fédéral. Pour mieux comprendre cette situation, la directrice générale Fabienne Van Dooren a répondu à nos questions.

 Lire aussi : Kinésithérapeutes : le point sur les gros dossiers qui touchent à la profession

“Le métier de kiné est une profession sous-valorisée”

Le Guide Social : Que représente cette convention exactement ?

Fabienne Van Dooren : Elle régit la sécurité tarifaire des patients : si un kinésithérapeute a adhéré à la convention, il doit respecter les honoraires qui lui sont imposés. La convention lui apporte aussi le montant lié à sa pension, ainsi qu’une prime informatique annuelle.

Le Guide Social : Quelles sont les difficultés actuelles des kinésithérapeutes concernant leurs honoraires ?

Fabienne Van Dooren : Ça fait huit ans que notre secteur n’a pas été suffisamment valorisé. Même si le métier a été reconnu comme essentiel aux soins de santé, ce sont surtout de belles promesses, d’ailleurs inscrites dans le préambule de notre convention chaque année. Mais en définitive, les budgets ne sont pas toujours débloqués et les études pas toujours réalisées. Pour la fin de la convention de l’année 2021, nous négocions depuis octobre pour préparer la convention de l’année 2022. Mais les montants supplémentaires n’ont été ni prévus, ni intégrés dans le projet. Nous refusons donc de signer ce projet qui ne valorise pas suffisamment notre profession. Les honoraires proposés sont indexés à 0.79% sur le coût de la vie, ce qui est complètement déconnecté de l’actuelle réalité économique. Nous sommes toutefois conscients que, pour le gouvernement fédéral, le problème est dû à la libération des fonds. C’est pourquoi même si notre refus de signer l’actuel projet de convention est un acte fort, Axxon veut être présent pour les négociations de la convention de l’année 2023.

 Lire aussi : Le métier de kinésithérapeute en Belgique : état des lieux

“Les conditions de travail des kinés ne sont plus possibles face à l’inflation actuelle”

Le Guide Social : Axxon a encouragé les kinésithérapeutes à s’opposer au projet de convention, pour quelles raisons ?

Fabienne Van Dooren : Non, Axxon a pris ses responsabilités et maintenant c’est aux kinés de prendre les leurs. Jamais Axxon encourage à la déconvention, c’est un choix personnel à faire en âme et conscience.

Le Guide Social : Face à la hausse des prix, à combien estimez-vous le salaire d’un kinésithérapeute ?

Fabienne Van Dooren : C’est très variable et les chiffres devraient être revus, mais une prestation d’une demi-heure est facturée environ à 24 Euros, ce qui est très loin de l’inflation actuelle. En avril 2021, Axxon a réalisé une étude pour calculer un honoraire équitable pour les kinés. Celui-ci prendrait en compte tous les investissements professionnels du kinésithérapeute, à savoir son véhicule, son matériel et sa formation continue. Au terme de notre étude, nous sommes arrivés à un tarif de 35 Euros par prestation. Cette situation n’est plus possible ; si les honoraires ne sont pas revus à la hausse, les kinés se déconventionneront, comme nous le leur conseillons en ce moment. Mais ceci implique que les patients seront remboursés 25% en moins et feront les frais des difficiles conditions de travail des kinés.

Le Guide Social : Selon le ministre fédéral de la santé, le nouveau budget de 13 millions est déjà une revalorisation des honoraires...

Fabienne Van Dooren : Le montant a été augmenté et le gouvernement fédéral a fait un geste dans notre direction, c’est certain. Mais ce budget reste insuffisant, nous aurions besoin d’une augmentation de 200 millions d’Euros pour les prestations réalisées chaque année. Par ailleurs, si la majorité des kinés en Belgique s’oppose au projet de convention dans les prochains 30 jours, cette augmentation du budget ne nous sera pas accordée.

“Les patients feront les frais de nos conditions de travail à travers les remboursements“

Le Guide Social : Si le projet de convention est refusé par un nombre suffisant de kinés en Belgique, quelles seront les conséquences concrètes pour les travailleurs et leurs patients ?

Fabienne van Dooren : En effet, le projet doit maintenant être présenté individuellement à chaque kiné, et chacun aura 30 jours pour choisir s’il l’accepte ou non. S’il refuse le projet, il doit se déconventionner sur la plateforme My INAMI. Autrement, il sera d’office comptabilisé comme étant conventionné. Le délai de comptage est de 6 à 8 semaines. Une fois ce délai passé, si 60% des kinés belges restent conventionnés, alors la convention entrera en vigueur aux alentours de fin juin, début juillet. En revanche, si plus de 40% des kinés belges se déconventionnent, elle n’entrera pas en vigueur et nous ne recevrons pas les 13.8 millions d’Euros du gouvernement fédéral. Mais surtout, les prestations des kinés déconventionnés seront moins remboursées pour leurs bénéficiaires, et donc plus chères.

 Lire aussi : découvrez le quotidien de François, kinésithérapeute indépendant

Le Guide Social : Comment peut-on augmenter les honoraires des kinés sans impacter leurs bénéficiaires ?

Fabienne Van Dooren : Du moment que les kinés sont conventionnés, leurs bénéficiaires sont tous remboursés de la même façon. Mais s’ils refusent la convention, alors les patients seront remboursés différemment. L’abolition de la discrimination de remboursement est inscrite dans la loi qualité depuis le 22 avril 2019, et cette abolition fait aussi partie de nos revendications. C’est pourquoi nous avons créé une pétition et cherchons à rassembler 25.000 signatures pour obtenir une audition parlementaire. Notre cause pourra ainsi gagner en visibilité, et nous nous savons déjà soutenu par une partie de l’opposition.

Luisa Gambaro



Commentaires - 1 message
  • Bonjour,

    Cette phrase "Mais surtout, les prestations des kinés déconventionnés seront moins remboursées pour leurs bénéficiaires, et donc plus chères." se rapporte aux 60 %. Donc si la convention est adoptée par 60 % des kinésithérapeutes, la discrimination dans le remboursement sera à nouveau d'application (en attente de la publication des arrêtés d'exécution pour abolir cette différence de rembourselent prévue dans la loi qualité d'avril 2019).

    Bien à vous

    Fabienne Van Dooren

    fvd lundi 9 mai 2022 09:24

Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus