« L’IF-IC offre un barème plus attrayant et donc une reconnaissance salariale ! »

« L'IF-IC offre un barème plus attrayant et donc une reconnaissance salariale ! »

La manifestation des infirmier.ère.s du 6 septembre 2021 rappelle les différentes problématiques qui subsistent dans le milieu hospitalier. Pénurie de personnel, salaire peu attractif, conditions de travail de plus en plus difficiles... Viennent s’ajouter à cela les revendications concernant le nouveau barème salarial IF-IC effectif depuis le 1er juillet 2021. Pour un certain nombre d’infirmier.ère.s il ne permet pas la valorisation pécuniaire du personnel spécialisé. Mais qu’en pense Yves Hellendorff, président du syndicat CNE qui a œuvré à la mise en œuvre de ce nouveau barème ? Interview.

[Notre dossier] :

- Appel à la grève le 6 septembre : les revendications d’Union4U, syndicat infirmier
- Manifestation des soignants : "On ne travaille plus, on cravache !"
- Manifestation des soignant.e.s : la réponse du ministre Vandenbroucke

Guide Social  : Le barème IF-IC est un nouveau barème salarial qui a été mis en place pour résoudre la problématique d’attractivité des métiers du soin. Avant d’entendre votre position concernant l’IF-IC, j’aimerais revenir sur le fonds des blouses blanches lancé en 2019 qui devait créer de nouveaux emplois. Avez-vous identifié un impact des 402 millions d’euros engagés à cette fin  ? Est-ce suffisant ?  

Yves Hellendorff   : L’argent insufflé dans le cadre du mouvement des blouses blanches se traduit en emploi afin d’atteindre 1 équivalent temps plein en plus dans chaque unité de soins. Le problème c’est qu’aujourd’hui il n’y a encore aucune circulaire de rédigée pour exécuter la loi d’avril 2021 à cause des fédérations d’employeurs. Ainsi, en attendant, on engage du personnel de soutien (administratif, aides soignant.e.s..) pour soulager les infirmier.ère.s. Or, ces dernières trouvent inadmissible d’engager du personnel moins qualifié. Mais que faire quand on n’a pas de personnel qualifié en recherche d’emploi ? 

40 millions ont été débloqués pour donner accès plus facilement aux formations. Par exemple, si un.e aide soignant.e veut devenir infirmier.ère, le fonds des blouses blanches permet de le remplacer pour qu’il.elle puisse suivre sa formation et ainsi ne pas créer encore plus de manque de personnel. La formation est également ouverte aux demandeur.se.s d’emploi. Dans ce cas, cet argent sert à financer les frais d’études en plus de l’allocation chômage qu’ils.elles conservent tout au long de la formation. 

Grâce à cela, environ 1.000 personnes vont entrer en école d’infirmie.ère.s à la rentrée de septembre. Il faudra attendre au moins 3 ans pour voir les effets sur le terrain. Mais on veut éviter la traite de blouses blanches  ! 

- A lire  : Fonds blouses blanches : 402 millions par an pour le recrutement et la formation 

 L’IF-IC : un barème plus attrayant et cohérent avec l’ancienneté

Guide Social  : Quelle est votre position concernant le nouveau modèle de rémunération salariale IF-IC ? 

Yves Hellendorff  : Ce nouveau barème, à la suite du mouvement des blouses blanches et de la crise Covid, a entraîné le déblocage de 500 millions d’euros. La première étape a été réalisée avec le cabinet De Block. 

Dans ce nouveau barème, 17 catégories de fonctions ont été définies afin d’obtenir un calcul cohérent avec l’ancienneté et d’être plus attrayant pour les jeunes. Le personnel ayant suivi une spécialisation touche une prime. La prime a donc été suspendue afin de permettre le passage au nouveau barème IF-IC. Pour le personnel qui jouissait de cette prime, il leur est proposé de basculer sur le nouveau barème pour ceux et celles qui y trouvent un avantage. Le personnel avec plus d’ancienneté peut rester sur l’ancien barème afin de garder les avantages que ne leur offre pas le nouveau barème en l’état actuel. La réflexion des politiques et partenaires sociaux autour des primes, et donc des gains ou pertes qu’entraînent l’IF-IC, est de toujours laisser le choix aux personnes. En effet, le personnel qui suit une spécialisation (soins intensifs et urgences) compte plus d’années d’études, cependant dans les faits son salaire est équivalent à une personne qui n’a pas suivie de spécialisation. Nous sommes donc en réflexion pour le moment d’un incitant, comme avoir une prime plus le nouveau barème sinon on va voir se traduire un découragement à passer une spécialisation. 

La grogne autour de l’IFIC relève d’une sorte de niche car le taux d’infirmier.ère.s qui a basculé dans le nouveau modèle est très massif. Ceux et celles qui sont défavorisé.e.s dans ce plan sont les personnels administratifs et ouvriers car la plupart de l’argent est versé vers le personnel soignant et il y a eu une revalorisation des métiers du soins à travers le critère de confrontation à la douleur et à la mort. 

Cependant, les conditions de travail sont toujours difficiles. La pénurie de personnel fait face à un double cercle vicieux : la pénurie entraîne une charge de travail pour le personnel sur place ce qui engendre des burn-out, des démissions et des passages de temps plein à mi-temps, ce qui aggrave la pénurie. Ces conditions difficiles engendre une image négative du milieu auprès des jeunes qui ne le trouvent plus attractif. Ainsi l’IFIC cherche à répondre à ce problème de part un barème plus attrayant et donc une reconnaissance salariale plus importante. 

- A lire  : Augmentation des barèmes IF-IC à 100% à partir du 1er juillet 

Les fédérations d’employeurs bloquent l’argent

Le Guide Social  : Y a-t-il d’autres solutions pour contrecarrer cette pénurie ? 

Yves Hellendorff  : Les mauvaises conditions de travail représentent une grosse partie de la démotivation à se tourner vers les études d’infirmier.ère.s. Ainsi, cinq conventions auraient dû être signées fin juin ce qui a été repoussé au 13 Septembre et la CNE posera un avis de grève si les fédérations d’employeurs (Gibbis à Bruxelles, Unessa et SantheA en Wallonie) ne signent pas. Ces conventions concernent des horaires plus stables, un passage prioritaire des CDD vers des CDI et des temps partiels vers les temps complets, 3 semaines de vacances consécutives et surtout la mise en place d’un cadre social dans la gestion des réseaux hospitaliers. Il faut mettre en place une concertation au niveau des réseaux pour s’assurer que le personnel engagé dans ces réseaux reste sous le régime hospitalier et non pas privé. Par exemple, si on souhaite ouvrir une cuisine au sein de l’hôpital, on doit s’assurer que le personnel qui y travaille restent sous le régime hospitalier et non pas sous le régime privé de l’Horeca. Depuis 2017, les fédérations d’employeurs refusent de signer ces conventions.  

Les accords de juillet 2020 avec le gouvernement ont permis de débloquer 100 millions pour améliorer les conditions de travail, la vie de famille et les mesures de fins de carrières mais elles sont en stand-by car les fédérations d’employeurs ne font pas de mandats. 

- A lire :Ce qu’il faut retenir des différents accords non-marchands 

T. A



Commentaires - 1 message
  • Pourtant les syndicats ont participés aux réflexions et ont donnés leur accord et ce bien avant la mise en route de ces barèmes. Je suis plutôt surpris de ce discours. De plus les travailleurs de terrain qui ont pris l ific et qui ont fait une spécialisation se voit, sauf erreur mais ce sont des éléments que j ai pu constater pour des collègues, étaler leur prime de manière mensuelle. Dans tout les cas et plus généralement, et pas que dévolue aux infirmiers, (car rappelons le encore et encore, même si les syndicats ne défendent pas souvent voir pas du tout certaines fonctions du secteur) la problématique réelle est une forme d emprisonnement pour les travailleurs d expérience. Explications rapides, avec de nombreuses années d ancienneté, rester sur l ancien bareme est avantageux, au pire quasi pareil. Mais, si l on désire partir travailler ailleurs, c'est passage obligatoire au bareme ific. Au risque de redescendre un bon coup dans son revenu mensuel. De ce fait quelqu'un d expérience qui apporterait tant dans une nouvelle équipe ne risque pas de vouloir changer d aire et partager son expérience. En somme ce bareme va, de fait, freiner voir stopper le turnover de travailleurs d expérience car la perte salariale sera présente. Meme au delà d une reprise d une partie d années d ancienneté par un nouvel employeur. Et cela peut importe la fonction. Cela est transitoire puisque tout nouvel engagé est d'office engagé sous le modèle ific. Donc nous voilà pendant une période autour des 20 ans... ou ceux qui ont une vingtaine d année de boîte sont presque condamné à ne pas aller partager leur expérience ailleurs. Le problème est plutôt là selon moi.

    ludovicdahlem mardi 7 septembre 2021 20:29

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