Le secret professionnel mis à mal par le tracing

Le secret professionnel mis à mal par le tracing

Pour prévenir la propagation du coronavirus, les autorités sanitaires et le gouvernement ont débuté le contact tracing. La question du suivi des contacts des citoyens malades soulève un point de rupture chez les professionnels des secteurs de la santé et du social dont notamment les psychologues et les travailleurs sociaux. Leur crainte ? Que le secret professionnel, pierre angulaire de leur profession, soit malmené par ce nouveau système.

Cette méthode qui fait beaucoup de bruit n’est pourtant pas réellement nouvelle, elle est utilisée mondialement pour la rougeole ou la méningite. Toutefois, le suivi des contacts se base sur deux points : si vous avez été testé positif au virus ou si un médecin soupçonne un patient d’être infecté. Dans l’un de ces deux cas, un collaborateur des autorités vous posera des questions concernant les personnes avec lesquelles vous avez eu des contacts. Cependant, la Commission des Psychologues met en garde la profession sur la confrontation avec le secret professionnel. Pour la Compsy, il est donc absolument inenvisageable pour la profession de rompre le secret professionnel, fondement de leur métier.

Une aberration pour le secret professionnel

« Le fait de transmettre le nom des patients est une rupture du secret professionnel. A la Commission des Psychologues, nous tenons à souligner aux professionnels qu’ils ne peuvent pas transmettre les noms des patients au centre de suivi, puisque cela fera perdre notre légitimité à la confidentialité », déclare Jonathan Dujardin, porte-parole de la Compsy.

Le souci pour la commission réside dans un premier point : le manque de base légal précise et claire dans la mise en place d’un cadre d’exception et dérogatoire au secret professionnel. Le professionnel n’a donc pas suffisamment d’assurance de la part du législateur pour contourner dans le respect de la loi le fameux secret professionnel. De plus, même avec un cadre juridique d’exception, la commission juge que l’état d’urgence et de nécessité n’est pas acceptable comme cause de justification au contournement ainsi qu’à la rupture du secret dont doit bénéficier chaque patient.

Une alternative ?

Néanmoins, la commission, bien que fermement opposée au contournement du secret professionnel, encourage les professionnels à faire le maximum pour lutter contre la pandémie du coronavirus.

« Si un professionnel est contacté par un collaborateur des autorités assurant le suivi, il ne lui transmet pas les noms de ses patients. Cependant, le professionnel lui demande le numéro de référence de son dossier pour lui indiquer le partage avec ses patients afin de les informer. Le psychologue lui signale que, de cette manière, il préserve son secret professionnel tout en assumant sa responsabilité », indique Jonathan Dujardin.

Cela a pour but que, si le professionnel est positif au covid, il va alors contacter de lui-même les patients pour leur en informer. Le professionnel invite ensuite ses patients à aller voir son médecin traitant. Pour faciliter le suivi, le psychologue peut donner le numéro de référence à son patient. Cet échange permet à la fois de garder intact le secret professionnel tout en permettant au praticien de jouer son rôle de protection de la santé publique. De cette façon la source de contamination est alors déterminée aussi efficacement mais en préservant l’intégrité à la fois du secteur et celle des patients.

B.T.



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