"Pas de plan pour gérer la seconde vague", s’alarme le GEES

Le Groupe d’Experts en charge de l’Exit Strategy (GEES) l’affirme dans son dernier avis rendu public : la Belgique n’est pas préparée à faire face un éventuel retour de l’épidémie. Le personnel soignant est épuisé, les inégalités sociales sont mal gérées, les transports en commun surutilisés et les recommandations du groupe d’experts sont trop lentement suivies d’effets.

C’est la principale alerte émise par le GEES : une partie de leurs recommandations n’ont pas encore été concrétisées par le gouvernement. Les dix experts, qui ont actualisé régulièrement leurs observations durant la crise sanitaire, ont été clairs. Il faut prendre des mesures pour éviter que les conditions se dégradent. Ils ont établi un code couleur allant du rouge au vert. Trois de leurs demandes sont flanquées du code rouge, c’est-à-dire que leurs recommandations n’ont pas été suivies d’actions, le reste se situe dans la partie orange, ce qui veut dire que des actions ont été prises mais qu’elles manquent d’ampleur ou de pertinence.

Un accord large a été défini, mais les détails manquent. En cas de deuxième vague, il faudrait, selon le GEES, renforcer les professions s’occupant du testing. Mais le rapport regrette que « rien n’est mis en œuvre » à l’heure actuelle. Il en va de même pour les directives concernant les cas de contamination dans les lieux communs, comme l’école ou les entreprises. Elles devaient être réalisées pour le 18 mai, mais elles manquent toujours à l’appel à l’heure qu’il est.

Un portevoix pour les besoins des professionnels

Le GEES plaide notamment pour une centralisation du suivi de la maladie. Cela pourrait passer par une « tour de contrôle » nationale qui pourrait compiler des données et monitorer l’avancement de la maladie. Par ailleurs, et cela semble être du bon sens, les experts demandent aux citoyens de limiter leur utilisation des transports en commun, et ce, plus particulièrement aux heures de pointe. Mais la majorité de leurs observations sont tournées vers le gouvernement. Le GEES demande plus de transparence dans la gestion de crise. Le groupe d’experts souhaite également que les inégalités sociales soient mieux prises en compte par le gouvernement fédéral dans leur manière de gérer l’après crise. Ils proposaient notamment la mise en place d’une aide financière pour les ménages les plus appauvris.

Ce rapport se présente également comme un portevoix des différents syndicats et professionnels qui se sont exprimés depuis le début de la crise. La première vague a largement impacté le quotidien des travailleurs de la santé, les laissant dans un état de fatigue avancé. Il faut donc les préserver et les aider pour qu’ils puissent faire face à une seconde vague, le cas échéant. C’est pourquoi le rapport prône la concertation, entre tous les acteurs de terrain, et les décideurs politiques, sur les mesures à prendre en temps de crise. « La gouvernance de la gestion de crise, le degré de préparation du secteur médical, les plans de reconfinement, les stocks stratégiques de médicaments et de matériel », liste le GEES.

Une augmentation des burnouts chez les soignants

Au-delà de la fatigue physique, la santé mentale des soignants est en question. Au plus fort de la crise, ils ont dû faire face à une surmortalité des patients, et, pour certains, gérer la perte de collègues. Cela laisse forcément des traces sur les travailleurs, qui devaient également craindre de « ramener » la maladie à la maison. Le rapport souligne donc à juste titre que : « Le nombre de burn-out et de dépressions légères a augmenté depuis le début du mois de mai » et qu’il faut « un plan global de soutien aux professionnels de la santé, qui pourraient ne pas être en état de faire face à une seconde vague ».

Pour travailler plus efficacement, il faudrait mettre en place certaines mesures selon le GEES. Des exemples ? Renforcer la médecine préventive, déléguer aux mutuelles certaines tâches liées au retour au travail, développer la première ligne avec des équipes mobiles sont des pistes de réflexion. En substance, le groupe d’experts adresse un avertissement fort au gouvernement. Il tient en quelques lignes. L’Etat a subi cette première vague de coronavirus totalement impréparé. Il faut aujourd’hui tirer les leçons des échecs de ces derniers mois pour préparer le futur, et éviter qu’une deuxième vague ne vienne causer encore plus de dégâts. Car en cas de recrudescence de l’épidémie, si l’on ajoute l’état de fatigue des soignants à l’impréparation constatée durant les trois derniers mois, les conséquences pourraient être désastreuses.

C.D.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus