Hôpitaux et maisons de repos publics : préavis de grève déposé !

Hôpitaux et maisons de repos publics: préavis de grève déposé !

La CGSP, en charge du secteur public de la santé, dénonce avec force depuis des années les politiques d’austérité. Le syndicat a décidé de maintenir la pression sur le gouvernement malgré les promesses faites par Sophie Wilmès et Maggie De Block, en déposant un préavis de grève. L’objectif ? Forcer le gouvernement à tenir ses engagements, en lançant le plus rapidement possible la consultation prévue avec les représentants des travailleurs de la santé.

« Depuis longtemps, trop longtemps, notre secteur est sous financé, sous équipé, abandonné dans ses revendications par les gouvernements fédéraux successifs. » C’est ainsi que la CGSP résume sa position. Les arrêtés royaux, les critiques de la ministre Marghem… c’en est trop pour les travailleurs. « C’est pourquoi, les travailleurs du secteur public de la santé se mobiliseront à dater du 27 mai pour se faire entendre et respecter », annonce le syndicat.

Les demandes sont claires et si elles ne sont pas rencontrées par le gouvernement fédéral, des actions seront menées par les travailleurs. Ces mesures sont au nombre de six :
- Un retrait immédiat des Arrêtés Royaux de « réquisition » et « art de guérir ».
- Une revalorisation des fonctions et des barèmes du personnel du secteur de la santé.
- Le refinancement de la sécurité sociale et par conséquence des soins de santé.
- Une amélioration des conditions de travail par l’augmentation des normes d’encadrement.
- Des tests de dépistage pour tous, particulièrement les travailleurs dans les services COVID.
- Des équipements de protection de qualité en suffisance pour tous.

Forcément, ce choix de la CGSP interpelle, étant donné les promesses faites par l’exécutif. Surtout quand on sait que les autres syndicats ont retiré leurs préavis de grève, après la décision du gouvernement de revenir sur les AR en question. Mais les explications à cette décision sont là.

Le préavis de grève, « un signal »

Carine Rosteleur, secrétaire régionale bruxelloise de la CGSP, confie : « Nous avons eu besoin de plus de temps avec le confinement pour consulter nos instances. Puis nous avons décidé de déposer ce préavis de grève pour mettre la pression sur le gouvernement et obtenir ce qu’on veut. Il faut rester mobiliser, le retrait des AR ne s’est fait que sous la pression populaire. Donc, il faut garder les travailleurs mobilisés. »

Ce qui justifie la prise d’action symbolique, afin de toucher la population, inspirer la solidarité et évidemment, dénoncer la situation de travail dans les hôpitaux. En clair, ce préavis « est un signal pour le gouvernement en place mais aussi pour un nouveau gouvernement qui viendrait le remplacer » comme l’explique la syndicaliste. L’idéal ? Avoir le soutien de la population pour effectuer une grande manifestation en septembre, si les conditions le permettent, au cas où les politiques n’auraient pas répondu aux attentes des travailleurs.

Et ce mouvement, il faisait ses premiers pas aujourd’hui, en Wallonie ou plusieurs assemblées générales se tenaient au sein des hôpitaux. Oliver Nyssen, secrétaire régional de la CGSP pour la Wallonie confirme : « Aujourd’hui a été une journée d’action pour les hôpitaux en Wallonie. Nous avons mené des actions de tractage notamment. Ce sont des actions symboliques pour montrer notre sentiment de colère face à la mauvaise gestion de la crise ». Des haies d’honneur et des minutes de silence en l’honneur des soignants et patients morts du coronavirus ont également eu lieu dans les certains hôpitaux de la région. A Bruxelles, ces actions débuteront la semaine prochaine. Leurs formes varieront selon les hôpitaux, mais la volonté est de faire quelque chose « d’original » dixit Carine Rosteleur. Ces actions dépendront également des différentes directions, qui afficheront plus ou moins de soutien à leurs travailleurs.

« Quatre ans d’insultes, menaces, chantage »

Autre point à évoquer, la relation syndicats-gouvernants. Si une telle pression est mise par les syndicats, après les annonces des représentants politiques fédéraux, cela veut bien dire que quelque chose est cassé. La secrétaire régionale bruxelloise le revendique : « Nous ne faisons pas confiance au gouvernement. » Et ce manque de confiance est la résultante de quatre années de dialogue infertile entre les deux parties.

Carine Rosteleur lâche : « Pendant quatre ans, les négociations étaient insultantes. Les documents étaient en néerlandais, sans traductions tout comme les réunions. Lorsque nous montrions nos désaccords, les représentants du gouvernement quittaient la réunion ou répondaient par la menace. Certains syndicats qui avaient choisi la confrontation n’étaient plus admis dans les réunions, ils ne recevaient plus les documents. Pendant 4 ans, c’était insultes, menaces, chantage. Ils nous disaient : « On va le [l’argent] donner au privé » ».

C’est seulement avec cette conjoncture particulière qu’un dialogue a pu s’ouvrir. Et le fait que le gouvernement soit fragilisé n’y est pas étranger. La syndicaliste raconte : « Les réunions se tiennent en deux langues, on parle du refinancement de la santé. Maggie De Block est complètement déstabilisée. Il y a une attitude totalement différente du gouvernement, qui est fragilisé. » L’objectif pour les syndicats reste le même : faire vivre le mouvement et conserver les revendications, quelque soit le gouvernement de l’autre côté de la table des négociations. « Notre plan d’action est sur le long terme, nous voulons maintenir la pression, jusqu’au refinancement du secteur ».

Seul problème, à l’heure actuelle, faire grève reste compliqué, en période de pandémie. C’est pourquoi les actions restent symboliques. Mais une chose est sûre, seul des actes empêcheront la CGSP de poursuivre le mouvement. Comme le fait remarquer Oliver Nyssen : « Wilmès, De Block, Clarinval… Tous se sont exprimé pour dire qu’il fallait refinancer notre secteur. Maintenant, je voudrais des actes ! »

C.D.

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