Arrêtés royaux suspendus : les infirmiers ont gagné le combat !

Arrêtés royaux suspendus: les infirmiers ont gagné le combat !

Les Arrêtés royaux pris par la ministre de la Santé Maggie De Block ont déchaîné les passions. Autorisant la réquisition des infirmiers en cas de deuxième vague de Covid-19, ainsi que la pratique de soins infirmiers par des non-infirmiers, ils ont provoqué le courroux des soignants. Les différents partis politiques ont réagi à cette affaire, les syndicats ont menacé de faire grève et les infirmiers ont démarré une action, contre l’Etat belge, au conseil d’Etat. Pour enrayer cette crise, Maggie De Block rencontrait ce matin les professionnels du secteur. Et cette réunion a abouti à la suspension des deux AR.

La côte de popularité du gouvernement Wilmès II est en chute libre chez les soignants. Maggie De Block, sa ministre fédérale de la Santé été envoyée en première ligne pour tenter d’apaiser la situation. Accompagnée de la Ministre de l’Emploi Nathalie Muylle et le Ministre du Budget David Clarinval, elle rencontrait ce mercredi 20 mai à 8h30 le front commun syndical. La nonchalance de la ministre fédérale de la Santé ayant exaspéré plus d’un soignant, les chances de trouver un compromis semblaient minces. Mais la colère des soignants a bien été entendue. Ces Arrêtés Royaux sont suspendus.

Le chemin aura été long pour que les soignants et leurs syndicats obtiennent gain de cause. Noyé sous le travail, ces derniers ont d’abord haussé la voix contre la décision de la ministre, avant de commencer à s’organiser pour montrer leur opposition et lutter avec efficacité. Alors, un a un, les syndicats, les différentes unions ou encore les fédérations ont commencé à porter le message des travailleurs, d’abord sous la forme de coups de gueule, puis progressivement sous la forme de préavis de grève.

Une saga en plusieurs étapes

Rapidement, la classe politique a pu prendre l’ampleur de la grogne du secteur infirmier. Et les marques de soutien, de reconnaissance pour leur engagement durant cette crise ont explosé. Le MR, parti duquel est issue Marie-Christine Marghem, ministre qui a fustigé le mouvement de protestation des travailleurs de l’hôpital Saint-Pierre, a d’ailleurs publiquement désavoué sa ministre en rejoignant le camp de ceux qui demandaient le retrait des AR contestés. Pourtant de la même mouvance politique que Maggie De Block, le MR a, par la voix de son président Georges-Louis Bouchez, désavoué la ministre. S’exprimant au micro de Bel RTL il a déclaré : « Il y a eu un problème de timing » au sujet de ces arrêtés qui « auraient dû, s’ils étaient nécessaires, être publiés au début de la pandémie. La publication tardive a été très mal ressentie ».

De la même manière, mais pas dans la même temporalité, les syndicats se sont peu à peu agrégés pour former un front commun, dénonçant ces AR et demandant leur retrait. Il y eut d’abord la CNE, puis la CSC – Services Publics et enfin la SETCa, pour qui ces AR étaient « une mauvaise réponse à un vrai problème, ils ne sont que l’arbre qui cache la forêt car le vrai problème ce sont des années d’austérité et de destruction de la sécurité sociale qui nous ont mis à l’os ». C’est en formant un front commun, et réclamant à l’unisson la suspension de ces arrêtés qu’ils ont fait baisser pavillon à la ministre fédérale de la Santé. La CNE se réjouit d’ailleurs, dans un communiqué de presse paru après la réunion décisive, : « de ces avancées mais regrette de devoir passer par un dépôt de préavis de grève pour être entendue. Toutefois, la CNE restera attentive au respect des engagements pris aujourd’hui ».
Le gouvernement s’est engagé à « entamer une concertation sociale visant à trouver des solutions structurelles pour le personnel de santé » qui couvrirait « à la fois une augmentation de l’emploi, l’augmentation des conditions de travail et une revalorisation barémique », dixit la CNE.

Une action contre l’Etat belge

Pour autant, tout n’est pas encore réglé. Plusieurs structures ont décidé d’intenter une action en justice au conseil d’Etat, contre l’état belge. La FNIB, la FIIB et les associations et cercles infirmiers faisant partie de la cellule de crise infirmière ont entamé des procédures juridiques. Une action devant le conseil d’Etat pour suspension des arrêtés royaux (qui ne sera plus nécessaire au vu des récents développements) et une deuxième en responsabilité civile contre l’Etat belge.

Les deux structures appellent tout le personnel soignant à envoyer ses griefs au Maitre Langlet, domicilié à Bruxelles. Que cela concerne le matériel de protection non adéquat, le non-dépistage, la non-distribution de matériel ou de tests, la contamination de soignants, les risques encourus ou pour résumer les conditions de travail inadaptées à la situation, tous les témoignages sont les bienvenus. En termes clairs, tous les infirmiers jugeant avoir subi un préjudice du fait des manquements de l’Etat est invité à rejoindre cette action en justice. Si la majeure partie de l’incendie semble sous contrôle, des braises échappent encore à la vigilance de la classe politique et du gouvernement Wilmès.

C.D.

[Sur le même sujet] :
- "Il est temps de faire votre job", lance le SETCa aux politiques
- La fracture entre Maggie De Block et le secteur de la santé s’élargit
- Les nouvelles mesures de Maggie De Block indignent les infirmiers !
- "Le coronavirus dévoile la gestion défaillante des hôpitaux"
- Coronavirus : les soignants vont le payer cher et c’est insoutenable !
- "C’est la première fois que j’ai peur de mourir en allant travailler..."



Commentaires - 2 messages
  • Infirmier de première ligne
    Envoyé en première ligne le 13/03 sans aucunes protections....
    Ai dépensé de ma poche 3500 euros de frais de protections pour aller travailler alors que d autres sont payés pour rester chez eux.
    Mais avant tout ma protection et celle de mes patients....
    Une crise gérée de façon catastrophique !!!
    J'aimerai que les coûts engendrés pour notre protection pour aller travailler soient déductibles 100%

    mseux vendredi 22 mai 2020 16:12
  • Bonjour Guide social. Merci de cet article. Ne serait-il cependant pas temps de passer à une écriture plus inclusive. J'avoue que ce titre 'les infirmers ont gagné le combat" me choque! Combien d'infirmiers pour combien d'infirmières?

    beatrice111 lundi 25 mai 2020 20:58

Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus