Petite enfance : tenir compte des émotions des professionnels

Petite enfance : tenir compte des émotions des professionnels

En pleine pandémie, l’accueil des tout petits se fait au prix d’efforts incroyables de la part des professionnels de l’enfance. Monique Meyfroet, psychologue du secteur, s’est penchée sur la question du vécu et du ressenti de ces travailleurs.

Au travers d’une conférence, la Fédération des Initiatives Locales pour l’Enfance (FILE) s’est donnée pour objectif de mettre en lumière les épreuves qu’ont traversées les professionnels de l’enfance pendant cette crise sanitaire. Monique Meyfroet, psychologue, s’est exprimée sur les témoignages recueillis par la FILE.

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Reconnaitre nos émotions

La peur était souvent mentionnée dans les témoignages recueillis par la FILE. La peur d’être contaminé, mais surtout de contaminer l’autre à la fois dans le milieu d’accueil et chez soi. Parfois, cela va jusqu’au point de se réveilleur la nuit et de se demander si on a bien lavé ses mains, explique Monique Meyfroet.

Selon la psychologue, aujourd’hui plus que jamais, il est important pour ces professionnels de “reconnaître nos émotions car cela permet d’avoir à l’esprit cette reconnaissance, de sorte que notre psychisme va inventer des stratégies de défense.” Concrètement, mettre des mots sur ce qu’on ressent permettra aux travailleurs des milieux d’accueil “de se relancer dans quelque chose de créatif et de positif à sa mesure, reprendre les rênes en tant que professionnel et de redevenir acteur”, résume Natacha Verstraeten, présidente de la FILE, dans la première capsule vidéo intitulée Les émotions des professionnels.

Le sentiment d’impuissance

“Comment faire devant un enfant qui pleure et qu’on ne peut pas prendre dans ses bras ?” s’interroge la psychologue. Selon elle, les professionnels sont aujourd’hui tiraillés entre le respect des mesures d’hygiène et l’accompagnement psychologique de l’enfant. Ils doivent trouver un équilibre entre les dimensions émotionnelles et techniques. "Finalement, ça nous ramène à notre impuissance”, souligne l’experte.

Tension au sein des équipes

Natacha Verstraeten explique que face au climat anxiogène actuel, une tension se ressent au sein des équipes. D’un côté, il y a la culpabilité d’avoir mal fait les choses de la part des travailleurs mis en quarantaine et de l’autre, la frustration des collègues qui doivent gérer les absences et continuer à assurer un accueil de qualité. En outre, les mesures de distanciations limitent les moments pour communiquer ces émotions dans les équipes.

Monique Meyfroet ajoute que ces discussions restent “tabou. Ces nouvelles dynamiques d’équipes sont non soignées et c’est dommageable parce que c’est le moment où on a le plus besoin d’aborder [nos sentiments].” Alors que les professionnels ont besoin de ces moments de contact humain, il n’y a plus de formation ni de réunion d’équipes à cause des mesures sanitaires. C’est pourtant leur santé mentale qui est en jeu, explique-t-elle dans la vidéo.

Le lien social fragilisé

Parmi les témoignages collectés, il y a le sentiment d’un manque de convivialité, d’un lien social qui se fragilise entre collègues. Laurène Trevisan, responsable pédagogique de la FILE, cite : “J’ai une collègue qui part à la retraite mais on ne peut même pas fêter son départ.” Malgré cette distanciation, il est essentiel de tenter de maintenir le contact, selon la psychologue. Pour cela, elle recommande d’apporter des petites attentions comme des petits mots pour un collègue, d’utiliser un carnet de bord ou de communiquer via un tableau.

Une perte de sens

Les professionnels de l’enfance font leur métier car cela les enrichit et leur apporte du sens. “Ce qui est magnifique avec ce travail, c’est la rencontre de l’autre, c’est de se mettre en lien avec l’autre”, explique Monique Meyfroet. Or, “dans un contexte plus mécanique, plus stérilisé, on perd ce sens.” Avec les mesures de sécurité qui ne cessent de changer, les travailleurs doivent constamment se réinventer et réorganiser le fonctionnement de leur accueil, et cela, parfois au détriment des valeurs de leur profession. “Les responsables des crèches doivent donner des injonctions sans avoir elles-mêmes eu le temps de les digérer, les préparer et les imaginer”, souligne la présidente de la FILE. En conséquence, “il n’y a pas toujours le temps de construire le sens de nos pratiques.”

Malgré tout, ces travailleurs et travailleuses ne perdent pas espoir. Paradoxalement, pour affronter le stress et l’anxiété, “ce qui les aide, c’est d’aller travailler, d’avoir ce contact avec les enfants”, remarque la responsable pédagogique. “Que les professionnels continuent à faire confiance. Nous, on a confiance en eux”, rappelle Natacha Verstraeten.

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