Bruxelles : le "Portray" d’une initiative inclusive par le logement

Bruxelles: le

La Fondation Portray est à l’initiative des travaux visant à aménager quatre logements inclusifs pour personnes en situation de handicap au cœur même de la capitale belge.

Aujourd’hui, les associations sont nombreuses à se battre pour créer une société plus inclusive. Ainsi, fleurissent au sein de Bruxelles des dispositifs tels que des places de stationnement spéciales, des stations de métro aménagées. Cet effort se doit d’être poursuivi au sein de la sphère privée notamment avec la création de logements inclusifs solidaires : c’est d’ailleurs à cette tâche que s’est attelée la Fondation Portray. Rencontre avec Marie-Luce Verbist, la directrice de la Fondation pour nous parler des quatre nouveaux logements inclusifs dont les travaux viennent de débuter.

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Guide Social : Qu’est-ce que la fondation Portray ?

Marie-Luce Verbist : C’est une association créée en 2005 par une association de famille de personnes qui ont un handicap intellectuel. Ces familles s’inquiètent de savoir ce qui va se passer après leur décès, leur principale angoisse étant : « Que va devenir mon fils ou ma fille qui a un handicap ? » C’est dans ce cadre que la Fondation a été créée et c’est ce que l’on nomme « l’après parent ».

Dans le cadre de cet après parent, nous avons mis en place un fond nominatif, c’est-à-dire de l’argent mis de côté par les familles pour une personne particulière et placé au sein de la Fondation Portray. Les familles se disent donc : « Je veux être sûre qu’après mon décès, mon enfant dans une situation de handicap pourra toute sa vie organiser des petites fêtes d’anniversaire avec ses amis, aller faire de l’ergothérapie, visiter ses frères et sœurs, et ceci sans que cela lui coûte ».

Une autre de nos activités est aussi la création de fonds pour des personnes en situation de handicap avec un projet particulier à réaliser. Avec notre aide, ils peuvent faire appeler à des dons et des sponsors qui aident à soutenir ces beaux projets.

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Guide Social : Une de vos missions est de développer des logements inclusifs…

Marie-Luce Verbist : En lien avec cette question des fonds nominatifs est assez vite venue celle du logement. En Belgique, il y a une grosse difficulté pour trouver des places de lieux de vie pour les personnes en situation de handicap. Nous avons réalisé qu’il fallait créer des habitats financièrement accessibles pour chacun sur le long terme (c’est-à-dire dans 10, 20, 30 ans, après que les parents soient partis).

Plusieurs projets sont gérés par la Fondation. On va fêter la création des cinq ans d’un logement inclusif nommé Le Bienvenue, où huit habitants vivent aujourd’hui en quasi-autonomie. Aujourd’hui, nous nous concentrons sur un nouveau projet dans le Nord de Bruxelles nommé Le Génom et composé de quatre studios qui seront disponibles en 2020.

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Guide Social : Comment sont mis en place ces logements ?

Marie-Luce Verbist : En Belgique, il y a quelques habitats de ce type mais relativement peu car il faut beaucoup d’énergie, de moyens et de temps pour les mettre en place. Cela fait six ans qu’on est en chemin pour commencer les travaux qui viennent de débuter en septembre et qui vont finir d’ici six à huit mois. Tout un travail de réflexion, avec les services qui acceptent de suivre les habitants, est nécessaire. Il existe aussi une préparation sur le plan urbanistique, puisqu’il faut diviser une maison familiale en lieu solidaire et cela demande un permis dont l’obtention nous a pris deux ans.

Tout le monde ne peut donc pas gérer cet ensemble de démarches coûteuses. C’est parce que nous sommes une fondation d’utilité publique que nous avons pu le faire. Nous avons bénéficié de soutiens financiers importants. Cap 48 et Fondation Nif, par exemple, nous sont venus en aide et nous avons aussi bénéficié d’une grosse prime à la rénovation venant de la Région de Bruxelles.

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Guide Social : Quelle est la différence entre le logement inclusif et l’hébergement ?

Marie-Luce Verbist : Le logement inclusif solidaire est comme un logement lambda. En hébergement, il y a une collectivité, des horaires et des choses imposées qui en découlent : c’est une institution avec des professionnelles qui sont éducateurs, qui viennent s’occuper de vos soins. Au sein de logement inclusif, les personnes sont en plein autonomie dans leur propre appartement : cette approche change tout car la personne devient partie prenante de son logement.

Cependant pour éviter l’isolement, nous leur proposons d’avoir une vie communautaire s’ils le souhaitent. Il y a donc des lieux collectifs où se déroulent des activités occasionnelles choisies par les propriétaires eux-mêmes. Un petit nombre de studio au sein d’un même batiment sont proposés pour faciliter la création d’échanges. Nous essayons aussi de créer des interactions dans le quartier avec des voisins solidaires que les habitants peuvent contacter en cas de besoin (car les accompagnateurs ne sont pas tous le temps présents).

Si les habitants ont besoin de soutien pour trouver une autonomie complète, nous allons conclure un contrat avec les services d’accompagnement spécialisés, qui vont les soutenir et les aider à entretenir leur logement selon ce qu’ils souhaitent. Nous sélectionnons des services spécifiques pour chaque logement. Sur ce projet, l’ASBL avec laquelle nous collaborons se nomme Le Bataclan mais nous sommes aussi en lien avec de nombreuses associations avec lesquelles nous organisons un colloque le 12 novembre sur le logement inclusif.

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Guide Social : Comment faites-vous le choix des habitants et comment se passe leur insertion ?

Marie-Luce Verbist : Chaque habitant est autonome mais comme il y a une certaine vie collective, les personnes doivent s’entendre entre elles. Le service d’accompagnement va sélectionner dans ces bénéficiaires les personnes qu’elles considèrent les plus adéquates. Tout le long des travaux, les futurs locataires vont apprendre à se connaitre pour pouvoir vivre ensemble. Pour la plupart de ces habitants, c’est un grand changement car c’est la première fois qu’ils auront leur propre logement et cela représente l’apprentissage de beaucoup de choses, par exemple se réveiller à l’heure, prendre bus et train pour aller à l’activité.

L’espace ne doit pas etre spécifiquement aménagé, c’est plutôt l’approche qui doit etre différente. Pour que les habitants apprennent à utiliser les machines, on utilise des dessins et pictogrammes simples pour qu’ils puissent s’y référer et utiliser la machine par eux-mêmes. Nous organisons aussi des groupes de travail avec eux, par exemple pour réfléchir aux types d’habitats qu’ils souhaitent.

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Propos recueillis par A.T.



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