CPAS : les "immenses" manifestent contre le faible montant du RIS

CPAS: les

Individu dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences. Voici l’acronyme choc choisi par le Syndicat des Immenses. Il mène des actions dans l’espace public afin d’alerter sur les droits et le mauvais traitement des personnes à la rue par les services publics. Ce 5 octobre, les membres se sont postés en mendiant à l’entrée du CPAS de la rue Haute, à Bruxelles pour y attirer l’attention des passants de manière créative. Cette action symbolique visait à dénoncer l’insuffisance du RIS. Interview de Laurent d’Ursel, membre du Syndicat.

Guide Social : Comment avez-vous fait pour interpeller les passants vendredi dernier ?

Laurent d’Ursel : Nous nous sommes postés devant un CPAS pour simuler l’activité de mendiants notamment en utilisant des gobelets avec une particularité scénique. En effet, étaient marqués dessus différents mots qui renvoient à une source de dépense particulière pour une personne vivant à la rue (logement, nourriture, hygiène, chien). Le but était de montrer que le budget d’une personne sans-abri est des plus limitée, et, que toute dépense se réalise au détriment d’une autre. Le Revenu d’intégration sociale (R.I.S) d’un montant de 928 euros, se trouve être inférieur au seuil de pauvreté s’élevant à 1115 euros. Cette mesure n’a d’insertion que le mot car elle ne permet pas à une personne à la rue de vivre décemment.

Un petit accident intéressant est d’ailleurs survenu ce vendredi lorsque nous étions postés devant le CPAS : l’accueil nous a demander de dégager car elle nous prenait pour de véritables mendiants. Nous avons dû dégainer notre autorisation de police pour pouvoir rester. Cet échange éclaire la manière dont la société efface le problème comme s’il n’existait pas.

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Guide Social : Cette action s’insère dans un projet plus global…

Laurent d’Ursel : Le projet de manière plus large vise à dénoncer une forme de cruauté étatique, qui par ces mesures discriminantes, compliquent le quotidien des sans-abris et les réduisent au silence.

Droit à un toit est un collectif composé d’une centaine d’associations constituées de plus de 1000 sympathisants unis par la volonté de montrer qu’une fin du sans-abrisme est possible. Un pays comme la Finlande l’a démontré, mettre un terme à la vie dans la rue relève d’un choix politique et économique. Les autorités publiques doivent comprendre et reconnaître que cela est moins chère d’essayer de réinsérer une personne qui vient de tomber dans la rue que de l’y laisser pour un temps indéterminé.

Notre première action a eu lieu un dimanche de mai dernier. L’ensemble des personnes vivants à la rue avec qui nous travaillons se sont mobilisées pour ne pas bouger des centres du Samusocial de 9h à 16 h. Cette contestation par l’immobilité a complètement affolé le Samusocial.

Lors du mois suivant, avec la fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abris, a été organisé un colloque à l’intitulé subversif : « Les sans-abris ont-ils quelque chose à nous apprendre ? ». Cet événement a été suivi de la rédaction d’un traité. La troisième action a eu lieu au Tri Postal et a pris la forme d’une immense phrase de 80 mètres de long énonçant « Une fin du sans-abrisme est possible ». En août, nous avons installé à Etterbeek un tableau en ciment sur lequel était inscrit : « Ici aurait pu mourir un des 67 immenses morts en rue en 2018 ». Ce chiffre sera actualisé en 2019.

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Guide Social : Avez-vous de nouvelles actions en vue ?

Laurent d’Ursel : Pour le mois de décembre, nous allons nous associer avec d’autres instances pour mettre en place une action critique vis-à-vis de l’absurdité du principe de territorialité auquel sont soumis les immenses. Pour qu’une personne puisse toucher le RIS, elle doit prouver ses attaches à une commune. Or une personne sans domicile fixe est celle qui sera la plus contrainte à devoir bouger en permanence.

En plus, le traitement d’un CPAS à un autre varie énormément. On va donc se trouver face à une complexification et une disparité dans le traitement des sans-abris qui se voient encore discriminés. Par exemple pour les indépendants, il existe un guichet unique qui rassemble tous les services qui lui sont nécessaires alors que pour une personne à la rue il existe 15 services différents.

Une personne va donc se placer au croisement de trois communes avec une pancarte indiquant que ces pieds, ces mains et sa tête sont affiliés à des CPAS différents. Des témoignages concrets vont venir soutenir cette action pour montrer comment, dans la vie de tous les jours, les personnes sans-abris sont discriminées.

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Propos recueillis par A.T.



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