Samusocial : « Mettons fin à la logique de l’urgence »

Samusocial: ''Mettons fin à la logique de l'urgence''

En cette fin juin, le « New Samusocial » bruxellois publie son rapport annuel sur l’année 2018 faisant part de ses chiffres et de ses principales actions. Dans ce document, la structure développe également les inquiétudes qui traversent le secteur du sans-abrisme ainsi que des pistes d’actions pour réduire le nombre de personnes qui survivent en rue.

Le Samusocial assure la mission d’aide aux sans-abris, une aide qui se décline à la fois en termes « d’urgence » mais également en termes de solutions et d’accompagnement vers la sortie de la rue. Pour ce faire, l’association a déployé 36.183 prestations réalisées auprès de 1.871 personnes au travers de ses équipes mobiles qui sont réparties en deux équipes de jour et une à deux de nuit. « Nous tenons également à rendre un hommage sincère aux travailleurs de terrain, pour leur investissement personnel dans des circonstances souvent difficiles. C’est sur son capital humain que repose avant tout la force du Samusocial » peut-on lire en conclusion du rapport. Un message sans doute salutaire pour ces travailleurs du cœur qui, malgré le cuisant scandale, continuent à croire en leurs actions. Les chiffres impressionnants dévoilés par la structure ne peuvent masquer aussi une triste réalité… Celle de la paupérisation galopante de la capitale.

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De l’urgence à une situation pérenne

« L’urgence ne doit à aucun moment devenir une fin en soi. Dans un monde idéal, elle ne devrait plus exister », pouvons-nous lire dans le rapport annuel du Samusocial.

En effet, la structure apporte certes une réponse à l’urgence du moment, plus par nécessité que par doctrine. Elle est là pour pallier un manque d’accompagnement à la fois structurel et médical, mais elle n’a pas pour vocation ni même ambition d’agir seulement dans l’urgence. « C’est aussi la difficulté de parvenir à offrir un cadre d’accueil qui encourage ces personnes à se réfugier dans les dispositifs d’hébergement », comme le mentionne de nouveau le rapport.

Cela relève également un point, la réticence de certains de ces sans-abris à accepter cette aide qui n’est pour eux pas pensée. Car lorsqu’on est face à la précarité, l’isolement et autres coups de la vie, il est difficile de s’accorder comme seul échappatoire l’urgence du moment. « L’enjeu actuel […] est donc de veiller à consolider un format d’intervention permettant d’articuler sans rupture de prise en charge deux missions fondamentales qui constituent l’essence de notre action : la réponse aux besoins primaires de la personne (abri, repas, soins) et l’accompagnement dans ses démarches en vue d’une orientation vers des solutions de sortie de rue ». Les politiques publiques mises en place ne suffisent plus à répondre à l’afflux et la croissance des personnes précaires ou au sans-abrisme, d’autant plus que celles-ci sont tournées vers le paradigme de l’urgence plutôt que vers une prise en charge construite et planifiée.

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La destruction de lien sociétal, premier constat alarmant

Devenir un sans voix, un sans visage, marginalisé dans les ruelles pauvres de nos villes. Personne n’est à l’abri face à l’exclusion sociale. Ce phénomène, les auteurs du rapport du Samusocial le jugent « croissant et multiforme ». Pour répondre à cela, les centres ont parfois des capacités d’accueil très importantes, configurées en dortoirs. Cependant cette logique de structuration ne répond pas à cet isolement, et pire elle contribue à ce sentiment d’abandon : « La grande taille des centres et la configuration en dortoir de certaines chambres limitent cependant les possibilités d’amélioration de la qualité de l’accueil. »

Pour palier à ce besoin et à cette problématique de l’exclusion, la structure préconise trois choses :

- Ajuster la capacité d’hébergement en fonction des besoins permettant ainsi d’offrir un véritable accompagnement pour sortir de cette exclusion sociale qu’est la rue. Sortir de la logique saisonnière qui repose sur l’urgence et la réaction plutôt que la prévention.

- Une offre d’urgence permettant de différencier l’accueil en fonction de la situation de l’individu. Eviter ainsi des confrontations brutales et clivantes comme une personne qui s’est perdue dans la rue depuis des décennies et une famille. La demande croissante d’hébergement ne doit pas jouer et influencer sur l’accueil de l’aide apportée et sur son intérêt.

- Financer correctement les équipes mobiles qui sont essentielles sur le terrain pour apporter de l’aide aux personnes les plus exclues et qui refusent les hébergements.

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Un manque de moyens pour la démence

Un pôle est notamment visé, celui de l’aide psychologique où le Samusocial ne peut répondre directement faute de moyens. Il faut pour cela prévoir un nombre suffisant d’assistants sociaux et de psychologues permettant ainsi un meilleur suivi et une meilleure orientation vers les services légitimes.

Le souci, c’est que les services hospitaliers traversent des crises structurelles, économiques et sociales eux aussi. Et la durée rétrécie des séjours dans les hôpitaux influent alors sur le Samusocial comme un effet papillon : « Les critères d’admission étant plus stricts dans les hôpitaux et la durée d’hospitalisation diminuant au profit des soins ambulatoires, de nombreuses personnes se retrouvent en rue ou dans nos centres mais présentent une situation requérant une prise en charge médicale : personnes chronicisées dans l’errance, personnes présentant des troubles psychiatriques, femmes enceintes ou avec nourrissons de moins d’une semaine ». Un nombre interpellant de SDF souffrent de démence chronique ou de troubles psychiques, des maux qui ne peuvent malheureusement pas être traités au sein des structures d’hébergement.

Le Samusocial préconise donc deux actions :

- Renforcement de l’offre médicale disponible et réactivation d’une permanence « psy ». Les moyens et les effectifs actuels ne peuvent garantir une efficacité totale en matière de permanence médicale dans les différents centres d’hébergement. De plus il est primordial de réactiver une cellule d’accompagnement « psy » qui est pour le moment inexistante.

- Pérennisation du centre d’hébergement médicalisé MediHalte. En effet, l’hébergement médicalisé que le centre offre est reconnu comme essentiel par l’ensemble du secteur socio-sanitaire. Il s’agit là d’un dispositif inédit en Belgique jouissant de financement publics (INAMI). Cependant ce financement n’est pas garanti sur la durée et reste donc précaire malgré sa forte utilité.

De la difficulté à prendre en charge les multi-carencés

Face aux personnes présentant de nombreuses liaisons physiques ou psychiques, le Samusocial peine à trouver des solutions adéquates post-urgence car ne répondant pas aux critères de la plupart des maisons d’accueil comme le souligne le rapport : « Exemples de cas inorientables/difficilement orientables au regard des critères existants dans les structures d’accueil de 2ème ligne : les femmes illégales victimes de violences conjugales avec enfants ; les femmes toxicomanes avec enfants en bas âge ; les personnes présentant des troubles psychiatriques refusant une hospitalisation… »

Deux préconisations sont donc apportées :

- Un réseau de deuxième ligne aux conditions d’accès souples et possédant plus de moyens.

- Le renforcement des programmes dans le même style que « Housing first » permettrait un meilleur champ d’actions et de contrôle sur le futur des personnes.

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La difficulté de gérer les sans-papiers

En plus de son public traditionnel, le Samusocial doit aussi faire face à l’aide aux personnes en situation irrégulière : sans-papiers, migrants en transit, familles européennes sans adresse. Ces personnes ne jouissent, comme seul droit, que de l’accès à l’aide médicale d’urgence. Le Samusocial pointe du doigt l’impasse administrative pour les sans-papiers et la nécessité de pallier cela. Car tant qu’ils restent sans-papier, l’obscurité de la rue reste leur seul avenir.

Dans son rapport, le Samusocial nous alarme sur le devoir de refonte de nos politiques d’aide à la personne. De l’accueil jusqu’à l’accompagnement de la sortie de la rue qui doit être l’unique réponse et non plus l’urgence. La paupérisation inhérente à nos sociétés qui pousse de plus en plus de personnes vers la précarisation et de facto, vers les structures d’aides sociales qui sont déjà pleines. La seule réponse de l’urgence ne peut plus être une solution. Reconstruire notre lien social et notre modèle d’aide sociale, voilà peut-être l’intérêt et l’enjeu caché qui réside dans ce rapport.

B.T.



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