Greoli : "La réforme APE suscite beaucoup de fantasmes…"

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Le Guide Social poursuit l’interview bilan de la Vice-Présidente wallonne, Alda Greoli. Cette troisième et dernière partie concerne la réforme APE qui fait couler beaucoup d’encre. Elle est redoutée par le secteur non-marchand. Pour lui, elle signe ni plus ni moins l’arrêt de mort d’une série d’ASBL. Grande Faucheuse d’emplois… « Il n’y a aucune raison de la diaboliser », persiste et signe la ministre. Sa ligne de défense, c’est par ici !

[DOSSIER]

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Il y a une semaine jour pour jour, le secteur non-marchand de Wallonie picarde a manifesté contre la réforme APE… dans un cimetière. L’image est aussi forte que symbolique. Car oui, aujourd’hui, les associations se sentent en danger. En danger de mort. La réforme des aides à la promotion de l’emploi mettrait en péril les activités d’une flopée d’ASBL.

Comme dans tout scénario catastrophe, la tentation est toujours forte de se raccrocher à une lueur d’espoir. Et si la disparition des postes APE n’était pas si terrible que ça, après tout ? Sommes-nous vraiment face à la chronique d’une mort annoncée ? « Bien sûr que non », tente de rassurer Alda Greoli. « J’ai l’impression que cette réforme APE est entourée par beaucoup de fantasmes. Trop ! » Cela voudrait-il dire que le secteur non-marchand n’a pas bien compris la mesure ? « Ah non… Je ne me permettrais pas de dire qu’il a mal compris », se défend la ministre. « Je pense plutôt qu’il y a un certain nombre de points qui sont encore à expliquer. »

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La pilule est passée, vraiment ?

« Actuellement, le secteur rentre des demandes chez le ministre de l’Emploi puis se voit octroyer ou non des postes APE. Ce fonctionnement entraîne de l’inégalité de traitement. Sans compter que ça déresponsabilise le ministre fonctionnel... Lui, il fait grandir ses politiques en se disant toujours, s’il n’y a pas d’emploi, ce n’est pas ma faute, c’est celle du ministre de l’Emploi », développe-t-elle. « Il était donc urgent d’inclure la responsabilité sur l’emploi dans l’ensemble des politiques. Aujourd’hui, cette réforme le permet. Et surtout, elle refinance globalement les secteurs de 8% ! »

La ministre wallonne l’assure : pour elle, la pilule est désormais passée au sein de nos ASBL : « Il n’y a plus aucune réclamation ou presque depuis qu’elles ont été informées des montants qu’elles recevront une fois le transfert effectué. Elles ont bien vu qu’en termes de financement actuel de leur projet, les emplois ne sont pas mis en danger. » Pourtant, sur le terrain, la grogne ne semble pas être retombée. Que du contraire. Un nombre conséquent d’ASBL continue à rejeter fermement la réforme. Sans compter l’action syndicale du 18 mars prochain avec dans le viseur la réforme APE.

Pourtant, Alda Greoli campe sur cette position. Une seule et unique inquiétude du secteur trouve grâce à ses yeux : l’incertitude sur la manière dont les ministres compétents vont fonctionner après la législature. « Pour cette raison, je ne veux pas la finir sans avoir pris en Région Wallonne un décret concerté avec les secteurs qui relèvent de mes compétences. Cet arrêté permettra de dire : voilà comment on va continuer après », annonce la cdH. « Par exemple : je suis déterminée à transférer déjà l’ensemble des APE dans le dispositif assurance autonomie pour les SAFA. Le but est de gonfler la masse des emplois et de les pérenniser là où ils sont pendant deux ans. Maintenant, j’en appelle fermement à ce que ça ne devienne pas un dossier politique à la Communauté Française. »

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Signera, signera pas ?

Rudy Demotte, le ministre-président de la Communauté française, n’est pas tendre avec la réforme des APE voulue par le gouvernement wallon. Il menace de ne pas signer la convention (qui fixe les conditions dans lesquelles les APE sont réparties en Communauté française) avec la Wallonie sans une modification du texte. Un refus qui va empêcher l’exécution de la réforme sur le plan communautaire.

« En Région wallonne, nous avons pris des précautions », explique Alda Greoli. « Ainsi, en parallèle du décret APE, nous avons une proposition de décret qui sera voté en même temps et qui pérennise tous les emplois. C’est-à-dire ? Il les gèle là où ils se trouvent, pour tous les employeurs de la Communauté française, s’il n’y a pas de signature de l’accord de coopération. Ils continueront donc à être financés au travers de subsides, via le Forem. »

Visiblement, la mandataire n’a pas pris de risque politique, elle qui participe à deux gouvernements. Mais, la mesure ne peut être que provisoire : tôt ou tard, il faudra bien trouver un accord. « Cette agitation politique autour de la réforme, je ne peux pas l’accepter », conclut-elle. « Ce dossier a été négocié correctement ! Il y a un refinancement structurel des secteurs et les marges nécessaires pour pouvoir atterrir correctement. Mais, pour ça, il faut que tout le monde soit autour de la table. Et que personne n’agite de chiffons… quelle qu’en soit la couleur. »

E.V.



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