Handicap : "Les élus doivent reconnaître l’accompagnement sexuel !"

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Marchandisation des corps et banalisation de la prostitution dénoncent les uns. Inclusion répondent les autres. L’accompagnement sexuel aux personnes en situation de handicap reste un sujet clivant en Belgique. Suite aux élections de mai dernier, l’asbl AditiWB qui encadre l’accompagnement sexuel pour la Wallonie-Bruxelles a envoyé son cahier de revendications aux différents partis. Pour elle, il est urgent de reconnaître cet accompagnement, comme le préconise le Comité de bioéthique.


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« Réaliser, mener et donner du sens à sa vie sexuelle est un droit fondamental de chaque être humain. En ce qui concerne les personnes en situation de handicap, cela reste cependant trop souvent un sujet tabou », alertent Pascale Van Ransbeeck et Alain Joret, les coordinateurs de l’asbl AditiWB. « Ce n’est pas tellement la reconnaissance de ce droit par la société mais plutôt la reconnaissance d’un encadrement et d’un soutien nécessaires et spécifiques qui constitue un obstacle. » Face à ce constat, l’association qui encadre l’accompagnement sexuel aux personnes en situation de handicap pour la Wallonie-Bruxelles tire la sonnette d’alarme.

Celle qui a reçu des soutiens lors de la précédente mandature par la Région Wallonne mais pas par la Région de Bruxelles-Capitale demande aux nouveaux mandataires politiques de se pencher sur cette question pour le moins sensible. « Nous souhaitons que nos représentants politiques mènent une réflexion et prennent des mesures pour que la santé sexuelle des personnes en perte d’autonomie (situation de handicap, vieillissement, troubles de la santé mentale) soit réellement prise en compte. »

Pour elle, une manière de répondre à cet objectif est de mettre en pratique l’avis N°74 du 13 novembre 2017 du Comité bioéthique fédéral qui demande une reconnaissance de l’accompagnement sexuel par une adaptation des lois fédérales. Pour rappel, fin 2017, le Comité, questionné il y a cinq ans, a rendu un avis positif. Pour lui, l’accompagnement sexuel doit devenir une offre de service reconnue par les pouvoirs publics via un cadre réglementaire.

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L’inclusion passe-t-elle aussi par le plaisir ?

Depuis plusieurs années maintenant, l’asbl Aditiwb fournit des informations et des solutions concrètes aux personnes en situation de handicap et à leur entourage mais également des conseils et des formations pour les professionnels qui les accompagnent. « Nous partons du principe que les personnes en situation de handicap sont des personnes à part entière jouissant des mêmes droits que tout un chacun. Il en va de même en ce qui concerne le développement de leur sexualité ainsi que le vécu de leur sexualité et de leur intimité. A partir de ce principe, nous soutenons les personnes en situation de handicap dans leur questionnement à propos de la sexualité et de l’intimité. » Voilà pourquoi la structure plaide pour la reconnaissance de la sexualité comme un soin à part entière. Pour ce faire, elle demande qu’un cadre légal adapté sont mis en place par les nouveaux gouvernements.

« La société aide les personnes en situation de handicap dans les domaines de la vie où un soutien est nécessaire et souhaitable et où les soins offerts contribuent à une meilleure qualité de vie », poursuivent Pascale Van Ransbeeck et Alain Joret. « Nous avons, au fil des années, créé une offre de soins flexible et adaptée au bénéficiaire. Kinésithérapie, logopédie, ergothérapie, soutien aux activités de la vie quotidienne, diverses formes d’habitat, transport adapté… Nous considérons pour cela la personne en situation de handicap dans sa totalité, l’être humain à part entière. Cependant, dans cette totalité, nous oublions bien souvent l’aspect le plus fondamental d’une personne : sa sexualité. »

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Abandonnés à leur sort

Les deux acteurs de terrain ont croisé la route de beaucoup trop de citoyens abandonnés à leur sort, malgré leurs demandes d’être soutenus ou accompagnés au niveau de la sexualité. Concrètement, certaines personnes en situation de handicap sont, par exemple, confrontées à la non-communication des informations nécessaires, à la non-reconnaissance des besoins sexuels ou des comportements sexuels transgressifs ou bien encore à l’inhibition par voie médicamenteuse des besoins sexuels.

Le duo conclut : « Le refus de cet accompagnement essentiel met bien souvent des situations pénibles en évidence qui ont pour conséquences des troubles affectifs (se sentir malheureux et médiocre) et de comportements transgressifs sous la forme de comportements inappropriés : consommation excessive de médicaments, comportement sexuel transgressif envers des tiers, comportement sexuel transgressif à l’égard de la personne en situation de handicap… La sexualité est une évidence dans la vie d’une personne. Mais que se passe-t-il quand l’évidence est perturbée par le handicap ou la maladie ? Que se passe-t-il lorsque cette évidence devient solitude, manque et tristesse ? »

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