"J’appartiens à la rue" : le livre d’un ancien SDF devenu éducateur

Depuis 1993, quand Paul Trigalet l’a engagé à l’asbl « Solidarités Nouvelles », Denis Uvier est travailleur social dans les rues de Charleroi. Son expérience de terrain justifie ses prises de parole au nom des sans-abris. Rien d’étonnant : durant six longues années, il a vécu l’enfer de la rue. Son parcours hors-norme, il a décidé de le jeter sur le papier. Pour raconter son parcours mais aussi pour livrer sa vision du métier aux jeunes qui souhaiteraient suivre ses pas. Son livre « J’appartiens à la rue », co-écrit avec le journaliste Marcel Leroy, sortira le 7 septembre prochain.

« Tout, dans ce texte qui retrace mon parcours, est une manière de dire le plus haut possible que les sans-abris constituent un appel à la vigilance sur l’évolution de notre monde. Comment est-il imaginable que des êtres en soient réduits à vivre en marge d’une société digne de ce nom, soi-disant évoluée ? Tout doit être fait pour que cesse cette honte », lance Denis Uvier (à droite sur la photo).

Dans « J’appartiens à la rue », cet ex-sans-abri devenu éducateur de rue à Charleroi témoigne en effet de son combat quotidien pour aider les SDF à trouver leur place au soleil. Avec l’aide du journaliste Marcel Leroy, ce travailleur social militant interpelle l’opinion, au départ de son histoire, qu’il partage en toute franchise. Parce que son chemin est pareil à celui de tant d’autres de ces citoyens qui s’évertuent à vivre debout, alors que la crise économique détruit des existences, inexorablement. Dans cette Europe qui compte 500 millions d’habitants, plus de dix millions de personnes n’ont pas droit à un toit décent.

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Un livre, un cri !

Le livre « J’appartiens à la rue » revient sur son parcours. Lui, l’ancien sans-abri devenu éducateur de rue à Charleroi. Lui, ce Don Quichotte des SDF. Lui, ce poil à gratter du social. Lui, l’homme qui fut sans toit durant plusieurs années et qui a mis près de vingt ans à retrouver un équilibre… Cette expérience l’a convaincu de se lancer dans le récit de son parcours. Il espère que les épreuves traversées aideront des personnes qui sont aujourd’hui à la dérive à trouver une solution à leurs problèmes. Pas facile, alors que la précarité progresse, surtout dans les régions de vieille industrialisation où l’emploi non qualifié manque cruellement. Où la solitude, malgré le filet protecteur de la sécurité sociale, fait des ravages.

L’ouvrage a été rédigé avec Marcel Leroy (à gauche sur la photo). Ce journaliste retraité du « Soir » a publié plusieurs livres de reportage et de mémoire. Depuis vingt ans, Denis guide Marcel pour décrire la précarité. D’où l’idée de ce récit à deux voix. Il s’ouvre sur le prologue où Marcel présente Denis, puis intervient le témoignage. Si on le lit à haute voix, on entend Denis comme quand il arpente la cité, révélant l’envers du décor.

Le récit reprend pied dans le quotidien de 2019, au fil d’une maraude à travers la cité. Il se prolonge d’une conversation où Denis revient sur ce qui a été vécu pour en tirer les enseignements. Et se clôture par des informations pratiques et des remerciements. Parce que Denis a eu la chance de saisir les mains tendues. Dont celle de Paul Trigalet, le fondateur de l’association Solidarités Nouvelles, disparu en 2018, à qui ce travail de mémoire et d’action est dédié.

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« Ce n’est pas un travail d’usine… »

Cette biographie, éditée par les éditions du Basson et disponible dès le 7 septembre prochain, est aussi l’occasion pour Denis Uvier de livrer sa vision du métier de travailleur social aux jeunes qui souhaiteraient suivre ses pas. « Je suis sorti de la galère de la rue pour entrer dans la galère du travail social. Je me suis battu toute ma via au nom des autres », nous avait-il confié en février dernier. « Je veux redonner du sens au métier de travailleur social. Je veux aussi susciter des vocations. J’écris donc pour les écoles, pour les futurs travailleurs sociaux. Ils doivent remettre en question la manière actuelle d’envisager le travail social. Mon message aux éducateurs de rue de demain ? Remettez l’humain au centre de la pratique professionnelle et n’essayez pas de mettre les gens dans des cases. Moi, je milite pour une prise en charge humaine et individuelle. »

Pour le Carolo, le travail social ne peut se faire correctement sans une sacrée dose de conviction voire de vocation. « Si c’est simplement un job comme un autre, on perd toute l’essence même du métier. Ce n’est pas un travail d’usine », avait-il martelé. « L’humain requiert autre chose qu’un geste automatique. Non, franchement, le social ne doit pas être un robot ! »

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