La justice traitera en priorité les actes à l'encontre des soignants

09/04/20
La justice traitera en priorité les actes à l'encontre des soignants

Depuis le début de la crise sanitaire, les soignants sont au cœur de l’actualité. Si la majorité de la population affiche son soutien au corps médical, des comportements discriminants voient également le jour. Alors qu’ils sont en première ligne contre le coronavirus, certains professionnels de la santé sont les cibles de leurs voisins ou de leurs propriétaires. Unia est donc monté au créneau afin de dénoncer ces agissements et mettre les propriétaires face à leurs responsabilités.

De la stigmatisation au harcèlement, qu’il soit perpétré par des voisins, des colocataires ou des propriétaires, les attaques à l’encontre du personnel soignant se multiplient. C’est pourquoi Unia a décidé d’alerter les syndicats de propriétaires et locataires afin de leur rappeler que tous les comportements discriminants envers le personnel soignant sont punis par la loi. En effet, alors que les démonstrations de soutien de la société civile vers les soignants se multiplient, il existe des exceptions à cette règle.

Le centre interfédéral de lutte contre la discrimination cite pour exemple plusieurs cas : une aide-soignante à qui on demande de ne pas garer sa voiture dans le quartier, un infirmier qui doit porter des gants lorsqu’il entre dans son immeuble ou encore, des soignants encouragés à déménager le plus rapidement possible, voire même menacés d’expulsion.

La RTBF a notamment illustré cette problématique, grâce au témoignage d’Amine qui travaille en soins intensifs dans deux hôpitaux bruxellois. Il a été mis à la porte du jour au lendemain. « Lundi matin, j’étais déjà au travail. Et à 8h30, un coloc m’a appelé pour me dire qu’on ne voulait plus de moi dans la maison. Le soir, après ma journée à l’hôpital, j’ai essayé de rentrer. Mais ils avaient déjà fait changer la serrure. Et ils avaient déposé toutes mes affaires devant la porte. Le plus dramatique, c’est que 24 heures après, un autre collègue est venu nous rejoindre. Lui aussi venait de se faire chasser de sa colocation, pour les mêmes motifs. »

C’est ce que Patrick Charlier, directeur d’Unia, déplore : « Ces comportements n’ont pas leur place dans une société où la solidarité doit prévaloir. Nous sommes conscients que nous traversons une période tout à fait exceptionnelle et que chacun cherche à se protéger au mieux contre ce virus. Cependant, la stigmatisation et la ségrégation du personnel soignant n’ont pas lieu d’être. Ne tombons pas dans ce piège-là ».

Des faits interdits et punis par la loi

Le centre interfédéral de lutte contre la discrimination l’affirme : exiger le départ d’un locataire sur la base de sa profession représente une forme de discrimination directe. Même si l’intention du propriétaire est de protéger les autres locataires. De la même manière : afficher des invitations à déménager sur la porte des soignants représente une incitation à la discrimination et au harcèlement, toujours selon Unia. Ces deux méfaits sont évidemment interdits et punis par la loi.

Alors, forcément, les instances pénales prennent la chose très au sérieux. Le parquet de Namur, par un communiqué, affirme, à l’intention du personnel soignant. « Nous souhaitons que la mission essentielle que vous accomplissez puisse se dérouler le plus sereinement possible, à tout le moins en étant à l’abri de ce type de pression particulièrement malvenue. » C’est pourquoi le parquet namurois s’engage à : « traiter en priorité haute toute plainte déposée en lien avec des faits d’intimidation ou de harcèlement ». Une déclaration faisant écho à ce contexte précis.

Cette démarche de l’instance judiciaire namuroise pourrait, elle, prendre une dimension nationale. Dans le Brabant wallon, une initiative similaire a été prise comme l’a confirmé le gouverneur Gilles Mahieu à la RTBF : « Un document cosigné par le procureur du roi a été envoyé aux membres du personnel médical de la province ce matin. Les actes à leur encontre seront désormais prioritaires pour la justice ». Une manière, là encore, de montrer son soutien aux professionnels de la santé, et de prouver que l’heure est à l’union, non à la dissension. Car en cette période trouble, il est, pour le moins, très inopportun de compliquer la vie des personnes qui sont en première ligne pour lutter contre le fléau qui nous touche tous.

C.D.

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