Les ASBL, pantins des politiques ?

Les ASBL, pantins des politiques ?

Le 9 février dernier, une descente de police a eu lieu dans les locaux de l’ASBL Globe Aroma, maison des arts ouverte à Bruxelles. L’objectif officiel ? Un contrôle administratif. Sauf qu’une fois sur place, les agents fédéraux ont procédé à plusieurs arrestations de personnes sans documents d’identité. L’association dénonce des méthodes violentes et non justifiées et a écrit au gouvernement fédéral ; elle a été rejointe par 169 autres organismes du secteur, qui refusent de se voir instrumentaliser par les autorités politiques.

Le 9 février dernier, plusieurs agents de la police fédérale ont débarqué dans les locaux de l’ASBL Globe Aroma, dont l’objectif est « un Open Art House à Bruxelles, un refuge artistique où les demandeurs d’asile et les Bruxellois, où le secteur de la migration et le domaine des arts, se rencontrent ». Si les policiers devaient procéder à un contrôle administratif de l’association, il semblerait qu’ils en aient profité pour aller plus loin. Ainsi, 7 personnes ont été arrêtées car elles ne possédaient aucun document d’identification. Depuis, la colère gronde dans le milieu associatif, pour qui les autorités fédérales auraient clairement caché le but premier de la manœuvre, à savoir : arrêter des personnes en situation de séjour illégal. Pire, pour l’association, le politique cherche à en faire l’instrument de son autorité. Le secteur a réagi, par voie de presse.

Une lettre ouverte

Globe Aroma a écrit une lettre ouverte au gouvernement fédéral ce week-end, dénonçant le contrôle. Le vendredi 9 février, dans le cadre du « Plan Canal » qui lutte contre la radicalisation et le terrorisme, un contrôle pluridisciplinaire a été mené par différentes instances. Cette fois-ci, le contrôle a été mené par le gouvernement fédéral. Il est naturellement de son plein droit de demander à voir nos registres afin de vérifier si aucune faute n’a été commise. Si cela devait arriver, nous serions les premiers à admettre qu’une rectification doit être effectuée. Nous attendons sereinement le contrôle fiscal car nous sommes certains qu’il ne s’est produit chez nous aucune faute punissable. Et pourtant, sept visiteurs ont été arrêtés, parmi lesquels deux ont été transférés au Centre fermé du 127 bis à Steenokkerzeel. Une vingtaine d’agents ont effectué un contrôle de nature disproportionnée. Tous les présents, y compris des visiteurs occasionnels, ont été, sans motif, traités comme des criminels. Les agents ont abusé de leur force, tant physique que verbale… peut-on lire sur le site de l’association.

Une lutte acharnée contre les sans-papiers

Du côté des 169 associations, même son de cloche. Elles dénoncent ainsi la politique actuelle menée par le gouvernement, qui vise à les instrumentaliser et à en faire des acteurs de contrôle des publics avec lesquels elles travaillent. De plus, les associations craignent qu’à force, leurs publics ne franchissent plus leurs portes, par peur d’être arrêtés. Les associations, qui ont exprimé leur mécontentement dans une carte blanche publiée dans Le Soir, affirment avec force « Nous refusons que nos services servent de souricières au gouvernement fédéral dans le cadre de sa lutte frénétique contre celles et ceux qu’il considère comme indésirables […] Nous rappelons que le gouvernement fédéral a pris de nombreuses mesures visant à stigmatiser, discriminer, arrêter, détenir et expulser les sans-papiers […] Dans ce contexte, nous refusons de croire que le motif principal et caché du contrôle de vendredi soir dans les locaux de Globe Aroma n’était pas de traquer des personnes sans titre de séjour. Les sans-papiers représentent des ressources indispensables à de nombreux secteurs de notre économie ; à ce titre, ils doivent être régularisés, et non criminalisés. »

L’ASBL porte plainte

Dans le contexte, Globe Aroma a décidé de porter plainte au Comité P. Comme le précise l’avocat de l’association à la RTBF, Maitre Beauthier, « Si c’est comme ça qu’à Bruxelles on estime pouvoir faire l’insertion et bien c’est la goutte qui a fait déborder le vase. Il est évident que les associations francophones et néerlandophones se disent : ça suffit. Il faut que les policiers se rendent compte qu’ils ne peuvent pas participer à ce genre de choses, qu’ils ne peuvent pas être complices ». L’avocat souhaite conscientiser les ASBL à ce type de mesures, qui, si elles visaient Globe Aroma, pourraient cependant se reproduire dans d’autres structures.

Une motion de solidarité

Si les réactions de plusieurs personnalités politiques (dont Sven Gats, ministre flamand de la Culture, qui dénonce une action brutale et violente et Alda Greoli, sa consœur en Wallonie, qui était elle consternée en apprenant la nouvelle), le CPAS de Forêt a voté une motion de solidarité. Motion approuvée par Ecolo-Groen, le PS, le sp.a, Défi et le cdH. Le texte de la motion précise Comme ultime acteur institutionnel pour ces personnes en situation irrégulière, le CPAS s’inquiète de ce que les partenaires associatifs ne puissent plus accueillir sereinement ces personnes particulièrement vulnérables, et accomplir leur mission de soutien et de ferment culturel et social à l’abri des suspicions et des logiques de contrôle. Pour le président du CPAS, Stéphane Roberti, « Si ces lieux sont mis à mal, on doit craindre une clandestinité encore plus dure, des conditions de survie à la merci de tous les abus, et une exclusion totale de ces hommes et ces femmes dont le seul tort est de ne pas avoir de droits », précise-t-il à la RTBF.

La rédaction



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