Les professionnels face au deuil périnatal : la gestion des émotions

Les professionnels face au deuil périnatal: la gestion des émotions

L’association pour les formations à l’accompagnement (AFA) propose aux professionnels du secteur une formation centrée sur le deuil périnatal. Dispensée par Corinne Gere, gynécologue et psychothérapeute, elle vise à donner aux travailleurs des clés pour offrir une prise en charge de qualité aux parents confrontés à une terrible épreuve : le décès d’un enfant.

Comment faire face à la mort d’un bébé ? Comment accompagner cet événement traumatique et soutenir au mieux les parents frappés par cette tragédie ? Comment gérer ses propres émotions et faire son deuil ? De nombreux professionnels du secteur psycho-médico-social sont ou seront confrontés un jour ou l’autre, au cours de leur carrière, à ces questions sensibles. Afin d’y faire face au mieux, l’AFA leur propose de se former les 18 et 19 mai à l’accompagnement du deuil périnatal.

« Pourquoi cette formation est-elle importante ? Parce que le deuil périnatal est une chose inévitable pendant la grossesse et ce jusqu’à l’accouchement et les mois suivant la naissance. C’est une situation terriblement pénible et horrible et surtout très taboue », pointe Corinne Gere, la formatrice. La gynécologue et psychothérapeute poursuit : « Dans le cadre d’un deuil périnatal, l’enfant n’a existé que pour les parents. Pour l’entourage, il n’existe pas. C’est très difficile de faire son deuil quand ce dernier n’est en définitive peu voire pas reconnu. Et malheureusement, on se rend compte sur le terrain que les professionnels ne sont absolument pas formés à ces questions… »

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Pour le personnel soignant mais pas que…

Pour la quatrième année consécutive, Corinne Gere propose donc de travailler l’accompagnement des parents pour une prise en charge des situations de deuil périnatal. Cette formation s’adresse évidemment aux professionnels de la santé, en première ligne, mais pas seulement. « Elle est aussi destinée à n’importe quelle personne qui est amenée à vivre de près ou de loin un décès périnatal », ajoute-t-elle. « Elle peut être suivie par des enseignants qui sont en contact avec des enfants qui ont vécu le décès d’un frère ou d’une sœur ou par des professionnels de la petite enfance. Des assistants sociaux, des employés de mutuelle ou encore des psychologues qui ne sont pas spécialement formés à ces questions ont également déjà suivi cette formation. »

Durant deux jours, Corinne Gere invite les participants à se pencher sur une multitude de questions. Elle s’attache ainsi à définir le deuil périnatal et ses spécificités, tout en abordant les thématiques de la méconnaissance voire de la banalisation de ces situations. Elle aborde également les conséquences des deuils non-faits sur la mère, le couple ainsi que les enfants suivants. Et, la formatrice consacre évidemment un moment sur le rôle essentiel des professionnels.

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Un puissant sentiment de culpabilité

Comment faire son deuil en tant que personnel soignant ? Une question essentielle à se poser ! « Tout part du contrat que le professionnel a avec la patiente et avec le couple. Il s’est ainsi engagé à mener à bien une grossesse à terme et ce avec des bons résultats. Mais, quand un enfant décède, ce contrat échoue. Il y a donc un deuil à faire… Le deuil de ne pas avoir pu faire en sorte que tout se déroule correctement », commente Corinne Gere. « Le professionnel est envahi par une série de questionnements. Est-ce que j’ai vraiment fait tout mon possible pour éviter cette issue dramatique ? On observe un vrai sentiment de culpabilité qui est difficile à vivre pour le professionnel. Pourtant, il est important de comprendre que la médecine n’est pas toute puissante et que le destin existe. Il est essentiel d’accepter cela dans tout le processus du deuil. »

Lors de cette formation, la gynécologue parle énormément de son expérience et des parents, rencontrés dans le cadre de son travail, qui ont vécu des traversées du désert. « J’évoque, par exemple, les phases de deuil : colère, tristesse, incompréhension, déni pour finalement aboutir à de l’acceptation. Le professionnel doit connaître ses phases, pour rassurer les parents sur la normalité de ce qu’ils traversent. Pour moi, il y a un besoin immense d’en parler afin que cette mort ne soit plus taboue et qu’elle puisse être comprise et finalement acceptée. »

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La parole est libératrice

Parler, parler et encore parler. Voici ce qu’attend Corinne Gere des participants à la formation proposée par l’AFA. « Plus qu’apprendre, ils doivent avant tout se confronter à leurs propres émotions au niveau du deuil pour ensuite pouvoir écouter l’autre de manière adéquate. Ce qu’il faut absolument éviter ? Écraser l’émotion de l’autre avec la sienne », explique-t-elle. « Il faut dépasser l’horreur car actuellement les gens n’osent pas en parler. Et ça, c’est dévastateur pour les parents. Ils ont l’impression qu’on nie tout ce qu’ils ressentent. »

Plus que d’offrir des leçons théoriques, la formation favorise les moments d’échanges entre les participants. « Toutes sortes d’émotions s’expriment durant ces deux jours. De l’horreur, de l’étonnement, du rire aussi. Le plus important est que la parole émerge. Sans jugement, sans culpabilisation aussi », insiste la formatrice. « Pour les professionnels qui ont vécu ce genre d’expérience, la parole est très libératrice. Elle l’est aussi pour ceux qui n’ont pas été confrontés à cela aussi. » Il n’existe, au final, aucune recette miracle pour accompagner le deuil périnatal. Si ce n’est juste être là et écouter l’autre. Pour que la parole et les émotions adviennent.

E.V.

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