Aide à la jeunesse : "Favoritisme, conflit d’intérêts ? Un faux procès"

Aide à la jeunesse:

Interview bilan de Rachid Ministre, clap deuxième. Chiffres à l’appui, le ministre de l’Aide à la jeunesse revient sur son combat pour refinancer en profondeur un secteur qui était zappé de l’agenda politique depuis beaucoup trop longtemps. L’élu PS nous dit tout aussi sur la revalorisation salariale des éducateurs ! Un sujet qui fâche a également été abordé durant cette entrevue : les accusations de favoritisme et de conflit d’intérêts qui ont secoué, en 2017, son cabinet.

[DOSSIER]

- La première partie de l’interview de Madrane sur le nouveau code
- La troisième partie de l’interview de Madrane sur la réforme des IPPJ

« Quand j’ai pris mes fonctions, je suis tombé des nues », avoue d’emblée Rachid Madrane. Il développe : « Je me suis retrouvé face à un secteur qui était chroniquement sous financé. De plus, l’Aide à la jeunesse manquait cruellement de personnel. Les travailleurs vivaient une certaine lassitude. Certains étaient au bord du burn-out. Il y avait un grand taux d’absentéisme. La charge de travail se reportait sur les personnes présentes. Sans compter que les travailleurs étaient frappés par une impossibilité à trouver des ressources aux situations présentées aux SAJ ou SPJ. En gros, le personnel, avec toute la bonne volonté du monde, peinaient à clôturer les dossiers. »

50 millions d’euros en quatre ans

Tout au long de cette mandature, une des missions de Rachid Madrane a donc été d’apporter une réponse au sous-financement chronique de l’Aide à la jeunesse. « Historique. Voilà comment l’opposition a qualifié le refinancement », se targue le politique. « Au total, ce sont près de 50 millions d’euros qui ont été débloqués pour le secteur. Cela a bénéficié aux services agréés et aux services publics. C’était une urgence : nous ne respections plus nos obligations. Il fallait cet argent pour renforcer le personnel et pour lancer de nouvelles solutions de prise en charge. »

Dès 2015, il obtient 2 millions pour créer et pérenniser les places en résidentiel et en accompagnement. Octobre 2016, il décroche le premier refinancement du secteur : la Fédération Wallonie-Bruxelles augmente le budget de 11.3 millions d’euros. En 2017, rebelote : 11.6 millions d’euros supplémentaires ! « De plus, j’ai reçu 5.5 millions pour mon plan humanitaire MENA », détaille-t-il. « Dans le cadre des accords non-marchand, il y a eu aussi un refinancement de 5.8 millions. Enfin, en 2018, j’ai obtenu une troisième phase de financement de 11.3 millions pour le budget 2019. » Concrètement, les refinancements ont permis la création de près de 1.668 prises en charge supplémentaires et près de 750 emplois tant dans le secteur public que subventionné.

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Grâce à ce refinancement conséquent, le cabinet Madrane a pu générer notamment 265 places en services résidentiels généraux. « Pour le troisième refinancement, le secteur nous a demandé de faire une pause sur la création de ce type de places. Cela exige d’avoir un bâtiment, de le reconditionner et tout cela en quelques mois car le refinancement est pour l’année en cours. Maintenant, le secteur réclame davantage d’accompagnement. »

Revalorisation salariale des éducateurs

Après les accords du non-marchand, qui ont permis un refinancement de 5.8 millions d’euros, les fonctions les plus basses, comme les agents techniques et administratifs, ont été particulièrement revalorisées dans le secteur de l’Aide à la jeunesse. « L’arrêté relatif aux subventions et interventions a aussi été modifié. Cela a permis la reconnaissance de l’ancienneté pour tous les travailleurs même quand ce n’est pas de l’ancienneté sectorielle », rappelle le ministre.

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Il rajoute : « Les éducateurs classe 1, donc bacheliers, étaient payés à un barème inférieur aux assistants sociaux, alors qu’ils sont bacheliers de même niveau. On a donc revalorisé leur salaire : 1.500 éducateurs sont concernés et toucheront jusqu’à 70 euros de plus par mois. Il n’y avait pas lieu de créer une différence ! »

« Ces accusations ? Clairement une attaque personnelle ! »

« Favoritisme ». « Conflit d’intérêts ». En 2017, ces lourdes accusations visant le cabine Madrane ont circulé dans le secteur de l’Aide à la jeunesse. Certaines voix se sont élevées contre Alberto Mulas, le directeur adjoint du cabinet de Rachid Madrane. On lui reprochait d’utiliser sa position privilégiée pour arroser « ses » services à Charleroi. D’autres acteurs de terrain ont accusé le cabinet de Rachid Madrane de favoritisme. Selon ses détracteurs, il aurait soutenu prioritairement les services rattachés à des institutions publiques de préférence socialistes, au détriment d’associations privées, qui sont pour beaucoup issue de la mouvance catholique.

« J’ai très mal vécu ces accusations car c’était clairement une attaque personnelle », confie l’élu. « Moi, j’étais très fier et très heureux d’inaugurer le nouveau Service Résidentiel général l’Olivier, géré par une ASBL, à Bruxelles. A Uccle, c’est une association catholique qui a été financée pour gérer les bébés parqués. Franchement, je ne me suis jamais préoccupé de l’obédience philosophique des gens. Vous savez le clivage n’est pas philosophique, il est bien plus concret : qui a de la brique et qui n’en a pas. »

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Rachid Madrane le martèle : ces accusations sont totalement infondées. « Une seule chose me préoccupe dans mon travail : les places d’accueil et les prises en charge. Je n’ai jamais demandé aux acteurs de terrain : tu me donnes ta carte de parti et tu me dis si tu vas à la messe, à la mosquée ou à la synagogue. Je m’en contrefous. C’était vraiment un faux procès. Même chose pour les accusations à l’encontre d’Alberto Mulas. C’était totalement farfelu. Je ne vois pas comment il aurait pu favoriser certains services alors qu’il n’y avait pas de concurrence, d’alternative. Vous lancez un appel à projets, vous attendez des réponses et il n’y en a pas. Et puis on nous accuse de favoriser tel ou tel service. Franchement, ces critiques retombent aujourd’hui comme un soufflé. »

Quelles seront les actions menées par Rachid Madrane s’il rempile au poste de ministre de l’Aide à la jeunesse après les élections de mai prochain ? Découvrez sa réponse dans cette vidéo :

Retrouvez la suite de l’interview de Rachid Madrane sur le site du Guide Social ce lundi 4 mars. Le ministre répondra à nos questions concernant la réforme des IPPJ et son bilan au niveau des maisons de justice.



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