Papy, mamy et les joies du sexe : un tabou dans les maisons de repos

Papy, mamy et les joies du sexe: un tabou dans les maisons de repos

Le désir sexuel s’éteint-il une fois passé un certain âge ? La sexualité des personnes âgées, sujet tabou, soulève de nombreuses interrogations, notamment en Maisons de Repos et de Soins (MRS). Comment accompagner nos aînés en accord avec leur droit au respect de la vie privée, affective et sexuelle ? Réponses avec l’asbl Question Santé !

Dans sa nouvelle brochure : "La chanson (triste ?) des vieux amants", le service d’éducation permanente de l’asbl Question Santé s’interroge sur la sexualité des seniors. Car si l’amour n’a pas d’âge, la sexualité non plus ! A 70, 80, 85, 90, 95 ans et plus, l’envie de tendresse, de tomber amoureux ou simplement le désir sexuel peuvent encore continuer à s’exprimer.

Selon une étude citée par le Dr Véronique Lefebvre des Noettes, 71% des personnes âgées entre 80 à 102 ans ont admis avoir un intérêt pour les caresses sans pénétration, la masturbation ou les rapports avec pénétration. Une autre étude estime par ailleurs que 26% des 75 à 85 ans ont eu au moins un rapport sexuel au cours de l’année écoulée.

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Une tendance à surprotéger les aînés

En MRS, la vie sexuelle et affective des seniors est une réalité complexe et multidimensionnelle.

Un arrêté stipule que « Le résident a droit au respect de sa vie privée, affective et sexuelle, notamment par l’obligation faite aux visiteurs et aux membres du personnel de l’avertir avant de pénétrer dans sa chambre » (article 8, alinéa 5). Cependant, dans les faits, le manque d’information du personnel quant à cette réglementation relative au respect de la vie privée, ainsi que les réalités matérielles comme l’architecture des institutions ou les infrastructures (lits individuels, etc.) concourent au manque d’intimité souvent ressenti par les résidents des MRS.

D’autre part, on observe également une tendance à surprotéger les aînés. « Dans les MRS, une des grandes difficultés tient au fait de la fragilité extrême d’une majorité des résidents. Comment peut-on être sûrs à 100 % de leur consentement à des relations sexuelles ? » explique Marie-Pierre Delcour, ancienne directrice d’Infor-Homes Bruxelles. Certains médecins préfèrent dès lors contenir les éventuelles pulsions en prescrivant des médicaments.

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Une forme de maltraitance ?

Pourtant, « l’expression de la sexualité des seniors hébergés au sein de nos institutions permet de favoriser leur bien-être physique, émotionnel, mental et social » rappelle Nathalie Dehard, infirmière sociale, sexologue et formatrice à l’Asbl Le Bien Vieillir. Brider la sexualité des aînés interroge ainsi la fine barrière qui sépare parfois la bienveillance de la maltraitance. « La balance est à faire entre ‘une stricte sécurité’ – pourtant parfois pire que mieux – et la liberté ou le bonheur auxquels aspirent les résidents », poursuit Nathalie Dehard.

Heureusement, de plus en plus d’établissements semblent vouloir réfléchir la question de la vie affective et sexuelle des résidents et font appel à des formateurs. A chaque institution, ensuite, de trouver ses propres solutions, dans le respect des choix et des désirs des résidents. En pratique, dans certaines, on y discutera du fait de proposer des sex toys à ceux qui le demandent. Dans d’autres, on réfléchira à l’installation de « chambres d’intimité ». Finalement, l’enjeu principal de la réflexion est de sortir de la vision paternaliste, infantilisante, dé-personnalisante de la personne âgée.

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