Réforme de l’ONE : le cri d’alarme du secteur privé

Réforme de l'ONE: le cri d'alarme du secteur privé

Adoptée au début de l’année 2019, la réforme de l’ONE débouche sur de nombreux changements pour les structures dédiées à la petite enfance au niveau des subventions, procédures et diplômes requis. Ces nombreuses mesures visent à modifier en profondeur le secteur, mais n’en restent pas moins effrayantes pour certains professionnels.

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Les structures et travailleurs du secteur de la petite enfance vont voir leur fonctionnement bouleversé par le nouvel arrêté approuvé par le Gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles le 2 mai dernier. Les mesures prévues seront mises en oeuvre dès le 1er janvier 2020 et leur application s’étalera jusqu’à fin 2025. L’Office de la Naissance et de la Santé (ONE) a d’ailleurs assuré des séances d’information à destination des professionnels quant à l’instauration graduelle des nouvelles mesures. Cependant, les avis sont tranchés à propos de cette réforme. Certains travailleurs pointent du doigt des modifications aussi arbitraires que dangereuses ainsi qu’un manque d’information criant de la part de l’ONE.

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Rendre les structures d’accueil plus accessibles

Un des buts de cette large réforme, préparée depuis 2013, est de rendre les structures dédiées à la petite enfance plus accessibles aux familles qui n’y ont pas recours. Ainsi, pour y arriver, des subventionnements plus avantageux sont prévues pour les structures qui élargissent leurs horaires et qui ouvrent leurs portes à des publics spécifiques. De plus, il sera possible d’accorder des priorités pour les demandes d’accueil spécifiques (notamment en raison d’un cadre socioéconomique difficile ou d’une situation de handicap).

La réforme vise aussi à placer le parent au cœur du fonctionnement des structures d’accueil. Ainsi, va être mise en place un système informatique de gestion centralisé des pré-demandes d’accueil. Le but est donc de faciliter la recherche et de créer un contact direct entre les parents et les structures d’accueil. Aussi, il est rappelé aux professionnels qu’ils doivent considérer les parents comme des partenaires actifs de l’accueil.

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Des changements handicapant pour les professionnels

Une grande nouveauté de la réforme réside dans le fait que seuls certains diplômes sont reconnus comme permettant d’accéder à des postes dans le secteur de la petite enfance. Sabine Conings, directrice de la crèche Les petites Gribouilles, explique : « Le fait que seulement certains diplômes soient acceptés nous ferment de nombreuses portes pour l’embauche. Ainsi, nous ne pourrons plus avoir d’équipe pluridisciplinaire, alors que nous en tirons une certaine richesse dans la pratique. »

La réforme va aussi obliger les directeurs de structures à employer du personnel soit via le statut de salarié ou stagiaire. La disparition de travailleurs indépendants est lourde de conséquence selon Sabine Conings : « Du fait que nous travaillons au sein d’un structure privée, nous collaborons seulement avec des indépendants et de cette collaboration est née une forte créativité nécessaire à notre fonctionnement. Cependant, si nous sommes amenés à devoir seulement travailler avec des fonctionnaires, en tant que directrice d’établissement, je ne peux pas mettre en place mon projet autant d’un point de vue pratique que philosophique. »

Sabine Conings critique aussi l’emprise croissante que l’ONE à sur leurs actions : « Nous observons un renforcement du contrôle arbitraire opéré par l’ONE sans aucunes procédures pré-définies. Il est normal, pour les indépendants que l’ONE vérifie les infrastructures et les prestations. Mais, maintenant, ils veulent avoir accès à nos contrats signés. Si je refuse de coopérer, je peux recevoir une amende. Le fait de ne pas avoir de procédures encadrant le contrôle leur donne une autorité dangereuse. »

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L’incompréhension face à un manque de communication

Le manque d’information de l’ONE quant à la mise en place des nouvelles mesures ne manque pas d’énerver les travailleurs du secteur. « Nous avons eu une séance d’information très vague puis une deuxième, où ont été tenues des promesses orales. Or nous ne pouvons pas nous baser sur ça », constate Sabine Conings, qui continue : « J’ai alors essayé de m’intéresser aux textes de loi qui sont indigestes. Lorsque nous contactons l’ONE par téléphone et mails, cela prend des semaines pour avoir des réponses et on nous dit qu’il ne faut pas s’inquiéter car les changements auront lieu d’ici 2025. Cependant, lorsque vous êtes directrice de crèche, il faut se projeter sur le long terme, au moins trois ans car nous signons le contrat un an avant que l’enfant n’intègre la crèche et il y reste au moins deux ans. Il nous est donc nécessaire de savoir rapidement quand ces nouvelles directives vont être appliquées dans la pratique. »

Stéphanie Nollomont, Directrice de crèche les Rase Moquette ASBL, partage la même frustration : « Nous nous posons des questions et nous voulons des réponses. On se regroupe pour avoir plus de visibilité dans nos revendications. Je dirige l’ASBL avec mon mari. Or avec la réforme, il n’est plus accepté que qu’il soit PO (pouvoir organisateur) avec moi. Nous sommes donc dans l’incompréhension totale car ça nous est tombé dessus comme ça. Nous n’avons pas eu de concertations préalables ni même d’explications, c’est pour cela que nous sommes énervés. »

Faces à des questionnements sans réponse propres aux statuts de chacun, les professionnels du secteur de la petite enfance vont continuer à se mobiliser dans les semaines à venir.

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A.T.



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