Renforcer la promotion de la santé dans les prisons

Renforcer la promotion de la santé dans les prisons

En 2016, un rapport parlementaire jugeait la situation sanitaire dans les prisons préoccupante. Deux ans plus tard, gouvernement wallon a décidé de débloquer 900.000 euros pour renforcer la promotion de la santé et la prévention sanitaire en prisons.

Depuis la 6ème réforme de l’État, ce sont les régions qui détiennent les compétences en matière de santé, notamment dans les prisons. C’est dans ce contexte qu’en 2016, la réalisation d’un rapport faisant un état des lieux des prisons a été confiée à la députée wallonne Véronique Salvi. Ce rapport met en lumière une situation sanitaire critique dans le milieu carcéral. Deux ans plus tard, le gouvernement wallon décide de débloquer 900.000 euros afin de prévenir et promouvoir la santé auprès de détenus.

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Un constat lourd

Dans la foulée de la publication de ce rapport, en 2016, Valérie Salvi tire la sonnette d’alarme. Elle constate que les professionnels qui travaillent dans ce milieu sont surchargés : « Les unités médicales sont composées de personnes remarquables, mais elles ne sont présentes que trois ou quatre heures par jour et elles voient défiler 30 ou 35 détenus sur ce laps de temps. En prison, 10 % de la population va tous les jours chez le docteur, parce que c’est l’occasion de sortir de cellule, de maintenir un lien social. Dans ces conditions, il est impossible d’organiser une politique de prévention », a-t-elle récemment déclaré au Soir.

La députée ajoute également que « les prisonniers ne sont pas des patients comme les autres. Aujourd’hui, la santé n’a pas sa place dans la culture du milieu carcéral. » Des propos déjà avancés par le KCE dans un rapport en 2017.

Dans ce rapport de 2017, plusieurs données sautent aux yeux. En Belgique, il y a plus de 10.000 détenus, toutefois durant une année (ici : 2015-2016) environ 203.903 prescriptions médicales ont été enregistrées, dont 43% pour des problèmes de santé mentale.

Cependant, il faut souligner que ces chiffres peuvent être différents d’un établissement pénitentiaire à l’autre.

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Des moyens renforcés pour la prévention

La députée Véronique Salvi évoque l’importance et l’urgence de la prévention, notamment sur les questions de santé mentale : « On rentre en prison sans problème de ce côté, on en ressort malade parce qu’aucune prévention n’a été mise en place », déclare-t-elle pour le Soir.

Elle cite l’exemple de la prison de Champ-Dollon de Suisse : « Là-bas, la prison est dotée d’une direction de la santé indépendante de la direction de l’établissement. Cela permet de mettre en place des programmes de prévention qui ne s’inscrivent pas dans la logique carcérale et répressive. »

Dans ce contexte, le parlement wallon a décidé que la promotion de la santé en prison sera officiellement gérée par le gouvernement en accord avec le monde associatif et à travers des personnes de référence en interne.

De plus, le gouvernement wallon a débloqué 900.000 euros afin de prévenir et promouvoir la santé dans les prisons.

Selon la ministre wallonne de la Santé Alda Greoli, « l’initiative doit faire l’objet d’une concertation avec les associations déjà actives dans ces secteurs. Mais l’idée est de financer un emploi ou deux emplois mi-temps, promotion de la santé d’une part et santé mentale de l’autre, dans chacune des quatorze prisons wallonnes afin de structurer la démarche. Le budget alloué à ce projet sera récurrent », écrit Le Soir.

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Que pense le personnel des prisons ?

Interrogé par Le Soir sur les initiatives du gouvernement wallon, Marc Dizier, directeur de la prison d’Andenne et président de l’association des directeurs de prisons francophones, estime que « l’initiative politique est intéressante, c’est une bonne idée. Tout simplement parce que tout ce qui concerne la santé en milieu carcéral est terriblement important : la population en prison n’est pas très attentive aux questions de santé. Elle est « pauvre » sur ce sujet. Mais j’attends de voir ce que cela va donner concrètement. Il faut éviter les discours qui expliquent aux détenus comment se droguer convenablement… Par contre, c’est vrai que la prévention importante : avec des prisonniers qui viennent de l’Est ou d’Afrique, nous sommes confrontés à des maladies que l’on pensait oubliées, comme la tuberculose. »

Toutefois, selon M. Dizie, la question de la santé mentale reste le plus gros problème en ce moment dans les prisons parce qu’elle concerne de très nombreux détenus. Il mentionne également qu’il est difficile de trouver des psychiatres qui veulent travailler dans ce milieu, étant donné que « les prisons ne sont pas équipées pour faire face à ce phénomène. » Selon lui, dans les prisons la priorité reste l’éducation, mais l’éducation à la santé « peut y avoir sa place ».

La rédaction



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