Supervision : dangereuse alliée

Supervision : dangereuse alliée

Nous, travailleurs sociaux, sommes souvent mis à rude épreuve : violences institutionnelles, situa-tions complexes à gérer, charge de travail de plus en plus lourde etc. Des pratiques de supervision existent pour aider les travailleurs. Pourtant, elles sont rarement sollicitées.

Nous faisons un métier où notre principal outil de travail est l’humain. C’est-à-dire nous-mêmes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet outil est fortement éprouvé, aussi bien par les conditions de travail que par le contenu du travail en lui-même. Afin d’aider les travailleurs à gérer ces difficultés, des pratiques de supervisions individuelles et collectives existent. Pourtant, elles sont rarement mises en œuvre. La faute aux coûts, aux équipes réduites, à certaines croyances bien ancrées, mais aussi à de nombreuses craintes.

L’humain comme outil de travail

Le travailleur social est son propre outil de travail. Notre métier, c’est l’humain, sous ses formes les plus abîmées. Nous sommes formés pour et avons développé toute une série de compétences utiles. Parmi les indispensables de la « valise du travailleur social », il y a le juste équilibre entre dis-tance et proximité : rester professionnel sans pour autant nuire à notre empathie. La juste distance entraîne toutefois une vulnérabilité du travailleur : aux situations, à l’accumulation, aux abus, à la violence institutionnelle, etc. Des pratiques existent pour aider les travailleurs, pourtant, ces options sont trop peu souvent proposées.

Un coût financier …

Différents facteurs entravent la mise en place de pratiques de supervision. Un des plus déterminants reste le coût. Pour des petites associations, une supervision représente un budget parfois hors de portée. Des dispositifs d’aide au financement existent, mais ils ne sont pas accessibles à tous. Certaines supervisions sont organisées par des ASBL et peuvent dès lors être proposées à des prix plus abordables. Il faut cependant avouer que la plupart des superviseurs sont indépendants et doivent supporter eux-mêmes l’intégralité des charges liées à leur emploi, ce qui se répercute sur leurs prix.

Et humain

Une autre composante du facteur coût est le coût humain lié à la mise en place d’une supervision : une partie de l’équipe est rendue indisponible, son travail doit être assuré par les collègues restants. Cela signifie que pour bénéficier d’une supervision, l’équipe ne peut pas être à « flux tendu ». Mal-heureusement, c’est de plus en plus le cas dans les institutions.

Des croyances bien ancrées

Un troisième facteur défavorisant la supervision et que nous méconnaissons souvent est la croyance parfois bien ancrée que nous, travailleurs sociaux, n’avons pas de « vrais » problèmes au travail. Notre métier n’est pas perçu comme pénible ou dangereux, hormis dans certains secteurs. Au contraire, le travail social est souvent perçu comme un travail « de bureau » ou un amusement, lorsqu’il s’agit d’activités collectives. Il y a peu de cas où la législation impose la pratique de supervisions. Pire encore, la violence institutionnelle est souvent banalisée, voire normalisée.

Une vision sociétale

Toute supervision est source de remise en question personnelle dans le chef du travailleur. Elle peut aussi entraîner un questionnement institutionnel, notamment sur les principes et conditions de travail. Comment une telle situation, nécessitant une supervision, a-t-elle pu se produire ? Qu’est-ce qui l’a permis ? Hormis les accidents et catastrophes, par définition imprévisibles, un lieu de travail social ne devrait pas être le théâtre de situations violentes. La problématique dépasse de loin le cadre de la sensibilité individuelle à une situation, un métier etc. Il est question ici de la place du travailleur social dans la société, de sa reconnaissance et de la manière dont cette vision est traduite au niveau des organisations.

MF, travailleuse sociale

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