Wallonie : toujours pas de statut officiel pour les pairs-aidants

Wallonie: toujours pas de statut officiel pour les pairs-aidants

En Wallonie, apparaissent des formations d’un genre nouveau qui visent à former des pairs-aidants. Ces intervenants vont puiser dans leur vécu pour aider les patients qui sont confrontés à des situations semblables à celles qu’ils ont vécues par le passé. La ministre wallonne de la Santé a été amenée à se prononcer à propos d’une éventuelle reconnaissance officielle de ces intervenants.

Dans le cadre de la commission wallonne pour la santé du 26 novembre dernier, Hervé Cornillie, député MR, a abordé le sujet des pair-aidants en les définissant comme des « personnes, souvent au passé lourd d’addictions quelconques, qui ont fait l’expérience de grandes souffrances ayant bouleversés leur vie et qui en sont maintenant, fort heureusement, rétablies. »

Ainsi, derrière cette dénomination peu connue se cache des intervenants d’un genre nouveau qui vont puiser dans leur vécu personnel mais aussi au sein de compétences acquises lors d’une formation. Leur objectif est de soutenir les patients qui traversent actuellement la même expérience douloureuse qu’ils ont vécu dans leur passé. De plus en plus développée dans le monde occidental (notamment aux Etats Unis), cette pratique n’en reste pas moins toute récente au niveau de la région Wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Alors que ces pairs-aidants suivent une formation spécialisée, ils ne bénéficient pas encore d’un statut officiel qui permet de les reconnaître comme des professionnels.

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Des formations pour un métier non reconnu

Le pair-aidant joue un vrai rôle de médiateur entre le professionnel et le patient. Bien que son aide soit complémentaire, elle n’en reste pas moins primordiale pour aller au-delà de la théorie et offrir une prise en charge adaptée aux besoins de l’usager. Afin de savoir comment puiser dans son vécu personnel pour bien saisir la manière dont le patient doit être suivi, le pair-aidant est invité à suivre une formation. En Wallonie, il en existe deux de ce type.

Depuis trois ans, l’Université de Mons dispense un enseignement basé sur des interactions variées (stage, rencontre avec des professionnels et le grand public). Une soixantaine de candidats ont ainsi été formés à devenir expert de vécu. Depuis la fin de septembre dernier, l’asbl « En route » bénéficie d’une antenne en Wallonie qui propose aussi une formation de ce type. Cependant, ni l’asbl ni son antenne wallonne n’ont reçu la reconnaissance et le soutien de la région.

Le député MR a donc interpellé la ministre wallonne de la Santé sur une série de points : « Dans le cadre actuel, la Région peut-elle soutenir les pairs aidants et l’ASBL « En route, Wallonie » ? La pair-aidance sera-t-elle considérée comme une profession à part entière, donc avec un statut reconnu ? Si oui, les structures bénéficieront-elles d’une aide externe, afin de ne pas devoir puiser sur leurs fonds propres (ce qu’elles font actuellement) pour engager des pairs aidants, parce qu’il y a déjà ? »

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Un projet qui mérite d’être examiné

Christie Morreale a annoncé que les deux structures ont rencontré, il y a une dizaine de jours, un représentant de son cabinet pour permettre de mieux comprendre leurs attentes. La ministre semble convaincue par cette nouvelle pratique notamment en raison des retours positifs suite à l’intervention de pairs aidants au sein de l’asbl « Phénix » et du centre de revalidation fonctionnelle « La charnière ».

Ainsi, l’élue a annoncé que reconnaître officiellement le statut des pairs aidants est un projet qui mérite d’être examiné : « Je vous confirme donc que la Wallonie continuera, comme c’est mentionné dans la Déclaration de politique régionale, à valoriser les actions innovantes en matière de prise en charge et à améliorer la participation des usagers dans leur parcours de soins dans une perspective de rétablissement. » Cependant, il a aussi été rappelé que cette avancée ne pouvait se faire sans une aide globale au niveau fédéral.

Le député MR a donc réitéré par la suite la nécessité pour l’asbl « En Route » de bénéficier d’un soutien structurel de la part des autorités flamandes. Apporter de l’aide aux structures dispensant les formations représente aussi l’opportunité de donner un rôle plus officiel aux pairs-aidants de Wallonie. L’élu a ainsi rappelé le potentiel que représente ces intervenants. Selon ce dernier, les pairs-aidants devraient pouvoir prendre part à des dossiers tels que « la politique du logement ou le Housing First, où l’expérience d’une personne serait utile pour faire tomber des barrières et rapprocher certaines personnes d’un secteur professionnel qui, lui, a peut-être encore certaines craintes, d’où l’intérêt du travail de l’ASBL qui, je l’espère, pourra d’une manière ou d’une autre bénéficier d’un soutien structurel. »

Ainsi, reconnaître officiellement les pairs-aidants comme des professionnels à part entière ne peut que motiver ces intervenants. Eux qui, selon les mots de la ministre de la Santé, jouent le rôle de « la pierre angulaire entre le professionnel et l’usager. »

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A.T.



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