Zoothérapie : "le chien est un outil au service du patient"

Zoothérapie:

Éducateurs, kinésithérapeutes, psychomotriciens, psychologues, infirmiers,… De plus en plus de professionnels se forment à la zoothérapie. Elle vise à utiliser un animal domestique pour augmenter le bien-être de personnes souffrant de troubles mentaux, physiques ou sociaux. Zoom sur cette nouvelle forme de thérapie avec le fondateur de l’Institut Belge de Zoothérapie, Michel Koscielniak.

[DOSSIER]
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« Longtemps méconnue dans nos contrées, la zoothérapie a le vent en poupe. Trop, en fait », lance Michel Koscielniak, psychothérapeute et zoothérapeute. « Actuellement, il n’y a pas d’accès à la profession et la formation n’est pas officiellement reconnue. Cette situation est dangereuse. Sans cadre, c’est la porte ouverte aux dérives. Nous nous battons d’ailleurs pour faire évoluer le dossier. Vous savez, trop de personnes pensent que leur chien a de beaux yeux et qu’il va pouvoir sauver le monde. Ce n’est pas réaliste et surtout inconscient. La zoothérapie ne s’improvise pas... Elle requiert de longues heures de formation notamment sur la compréhension des relations avec autrui. C’est un vrai métier qui nécessite un développement personnel, des connaissances fouillées ou encore une supervision. »

L’Institut Belge de Zoothérapie, qui accueille une équipe pluridisciplinaire, se donne donc pour mission d’offrir, aux praticiens, des formations approfondies en médiation animale. De nombreux professionnels de notre secteur peuvent rajouter cette corde à leur arc. En effet, cette forme de thérapie peut être utilisée dans une flopée de domaines de la relation d’aide. Michel Koscielniak explique : « Toutes les personnes qui ont certaines difficultés psychologiques et sociales peuvent être aidées via l’outil chien. En apprenant à se positionner par rapport à un animal, elles apprennent en même temps à adopter de nouvelles postures face à des situations compliquées, conflictuelles. On se sert du chien quand les autres techniques de thérapie n’ont pas donné leurs fruits. Il peut aider à sortir des choses nouvelles »

Autistes, psychotiques, jeunes en décrochage scolaire, prisonniers, pensionnaires de maison de repos, patients souffrant de troubles locomoteurs ou bien personnes ayant une maladie dégénérative : le spectre d’intervention de la zoothérapie est large. En fonction des cas traités, le chien donnera lieu à une nouvelle forme de communication, sera créateur de resocialisation ou d’amélioration du potentiel cognitif et affectif, jouera un rôle de motivateur ou de médiateur, apportera un réconfort tactile non oppressant mais aussi diminuera l’isolement physique et psychologique en milieu carcéral.

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Pas une solution miracle

« Récemment, j’ai travaillé avec une jeune fille de 15 ans. Victime d’harcèlement, elle vit actuellement dans une institution psychiatrique où elle n’a adressé la parole à personne depuis son arrivée », poursuit Michel Koscielniak. « Pourtant, après plusieurs minutes passées en compagnie d’un chien, elle s’est ouverte et a accepté d’entrer en relation avec lui. Le contact avec un animal domestique peut avoir des effets apaisants sur des patients et permet dans certains cas de retrouver un niveau de communication, notamment verbale, qui faisait défaut. »

La zoothérapie serait-elle la solution ultime ? Celle qui permet de soigner tous les maux ? « Non », met immédiatement en garde celui qui est aussi comportementaliste et éducateur canin. Il développe : « Parfois ça se passe très bien, comme avec cette pensionnaire d’une maison de repos qui a retrouvé le sourire grâce à un chien ou comme avec cet enfant de troisième maternelle qui a recommencé à parler à l’école après avoir passé du temps avec un zoothérapeute et son animal. Cependant, soyons réalistes, parfois, cette forme de thérapie ne fonctionne pas du tout. »

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Le chien ne doit pas être imposé

Pour le fondateur de l’Institut Belge de Zoothérapie, les professionnels doivent sans cesse procéder à une auto-évaluation. « Il faut toujours se demander si le patient convient ou non à l’utilisation d’un chien dans la thérapie. Elle doit représenter une plus-value pour le patient. En tant que psychothérapeute, quand je sens que la présence du chien va être bénéfique, je le prends avec plaisir. En revanche, je ne vais pas le laisser toute la journée dans mon cabinet, ce serait contre-productif. Il y a un travail de détachement à effectuer avec le chien. Si les professionnels y sont très attachés, ils ne font pas du bon boulot. »

La sécurité des patients est également une notion essentielle à garder en tête. « Il ne faut pas respecter les instincts de l’animal. L’agressivité est totalement proscrite. Le chien doit composer avec les cris ainsi qu’avec le fait d’être parfois un peu malmené par des patients. Il doit gérer ces situations sans présenter un quelconque danger. Je fais souvent ce parallèle : une infirmière en psychiatrie risque de se faire peloter, baver dessus. C’est le métier qui veut ça, il faut savoir y faire face sereinement, avec recul. C’est exactement ce que nous attendons des chiens. »

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Un animal n’est pas l’autre

Mais comment se passe la sélection de ces compagnons à quatre pattes ? « On mise souvent sur des chiots très à l’aise et avec un trop-plein d’énergie », précise-t-il. « Ensuite, on ajuste, on recadre en fonction des caractéristiques des gens qui seront aidés. » Car, à chaque type de patientèle, son type de chien.

« Les psychomotriciens travaillent avec des personnes qui ont subi un AVC ou un accident de la route. Ces patients ont besoin de pouvoir s’appuyer sur le chien pour se déplacer par exemple. Dans ce cas, un Yorkshire ou un Chihuahua ne vont pas faire le poids. Ils vont finir écraser... Il faut donc un chien grand et robuste », détaille ce passionné. « Au contraire, en soins palliatifs, avec des femmes ou des hommes en fin de vie, on va travailler avec des tout petits chiens, afin de pouvoir les mettre sur le lit, sur le patient sans qu’il soit gêné ou oppressé. En IPPJ, il faut un chien très à l’aise qui va supporter les injures, l’agressivité ou encore des cris sans difficulté. »

Michel Koscielniak conclut : « Je fais souvent cette analogie avec les chiens d’assistance. Normalement, ils devraient tous être construits en collant aux spécificités de l’acquéreur. Et parfois ça manque. C’est le tronc commun avec l’animal utilisé en zoothérapie : il faut absolument tenir compte du patient, de son profil afin d’utiliser dans la thérapie le chien adéquat. »

E.V.

Vous avez envie de vous former à la zoothérapie ? Rendez-vous sur le site de l’Institut Belge de la Zoothérapie.



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