"Je suis infirmière en milieu hospitalier et je suis en Burn Out"

29/04/21

Je suis infirmière. Je travaille en milieu hospitalier, à temps plein. Dans un service de cardio. Je vous avoue, je suis actuellement en Burn Out. Faire mon métier, que j’adore, dans les conditions actuelles devient de plus en plus difficile. Alors que nos patients devraient pouvoir bénéficier de notre attention, écoute, bienveillance, empathie, ainsi que de bons soins, réalisés dans des conditions correctes, sans que cela soit la course au temps.

J’ai choisi, en 2010, de passer en horaire de nuit, à temps plein. Ceci afin de "sortir" des cancans, d’une ambiance moyenne, d’une équipe. J’étais à cette époque-là, dans un autre service. Cela me permettait d’offrir un peu de temps, une écoute, de la bienveillance aux patients. Aujourd’hui, je ne retrouve plus ce sens, cette motivation.

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Mes nuits deviennent, presque, une course au temps

J’ai 24 patients au maximum. Tour des paramètres et patients à 22h, préparation des médicaments pour 24h, pour tous les patients, tenue des dossiers PAPIERS pour chacun d’eux, vérification des stupéfiants, un peu de rangement du service (selon le temps), répondre aux sonnettes, et à 04h début du tour du matin avec les prises de sang, les paramètres et les IV à administrer

Il y a bien une équipe de volantes, qui est là pour apporter aide et soutien. Mais encore faut-il qu’elles soient disponibles. Je reconnais que, là où je suis, elles font leur maximum. Mais j’ai déjà eu la remarque que "je devenais exigeante" en matière d’aide, alors que je suis très loin d’en abuser.

Donc, pour palier cette aide au tour de 04h, la direction a décidé que la sage-femme de garde, au bloc d’accouchement, viendrait nous aider pour les prises de sang. Ces filles sont géniales, et de très bonne volonté, et nous aident très bien quand elles le peuvent. Mais je trouve dommage que l’on fasse appel à l’équipe "Bloc d’accouchement" pour pallier cela.

On nous a fait de multiples promesses : augmentation des équipes, des salaires, etc. Mais sur le terrain on ne voit rien venir. C’est bien beau de vouloir engager du personnel, mais où le trouver ?

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Prendre soin de ceux qui sont sur le terrain depuis longtemps

Il faudrait, je pense, d’abord prendre soin de ceux qui sont le terrain depuis tellement d’années, et dans des conditions rendues encore plus difficiles depuis le début de la pandémie.

Pour pouvoir former de jeunes infirmières, il faut du temps, du personnel, donc il faut essayer de garder un maximum les gens qui sont sur le terrain. Et avant d’essayer d’attirer les jeunes vers ces études-là, il faudrait déjà prendre soin de ceux qui ont démarré ces études. Et pour qui, la vie sur le terrain n’est pas facile du tout.

Les stages ne se passent pas toujours dans de bonnes conditions, il y a, à la limite de maltraitance, de la part de certaines personnes diplômées vis à vis de ces jeunes. Il faut pouvoir leur consacrer du temps, pouvoir les former dans de bonnes conditions.

Et surtout, arrêter de les utiliser comme des membres du personnel quand il manque quelqu’un dans une équipe. Ils sont là pour apprendre, et pas pour pallier les manques de personnel. De plus, si une erreur, un oubli est commis, on leur tombe dessus !

Il ne faut donc pas se plaindre s’ils ne veulent pas rester sur le terrain, peu de temps après avoir acquis leur diplôme. De plus en plus de jeunes font des formations de cadre, je ne les en blâme nullement. Mais pour être un bon cadre, il faut une expérience de terrain, et cela ne s’acquiert pas en 3 ans. Pour former une bonne infirmière, il faut environ 8 ans de terrain, après l’obtention du diplôme. Et cela, je pense que beaucoup de personnes l’oublient.

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IFIC : qu’en est-il pour les hôpitaux publics ?

Y a t’il quelqu’un qui va enfin, nous prendre en compte, nous écouter, prendre soin de nous ? Nous prenons soin de la population, mais qui prend soin de nous ?? Au niveau des hôpitaux privés l’IFIC va passer à 100% au mois de juillet 2021. Qu’en est-il pour les hôpitaux publics ? Que va-t-on avoir nous, personnel du secteur public ?

Là où je travaille, nous n’avons pas de prime de fin d’année. Ou, quand nous l’avons, c’est après de moultes discussions entre les syndicats et la direction. Ne pensez-vous pas que cette dernière pourrait être un acquis au vu de notre travail, de nos horaires, de notre implication ? Il faut savoir, que parfois, on peut se retrouver avec les 3 horaires sur la même semaine. Bonjour la récupération.

Dans l’institution où je suis, tout le monde doit prester les 3 horaires. J’ai des collègues qui angoissent avant de faire leurs nuits, d’autres qui n’arrivent à dormir que 3 ou 4h après avoir fait leur nuit. Ne pensez-vous pas que cela est une forme de maltraitance ? Je reste persuadée, au bout de 16 ans de travail, qu’une équipe avec un horaire qui convient à chacun, reste une équipe qui craque moins vite, qui reste motivée.

Là où je suis, le supplément pour les heures nocturnes est de 2,56 euros/heure. Ce sont des nuits de 10h, et nous sommes seuls, dans nos services. Services qui peuvent aller jusqu’à 30 patients. Dans certains secteurs, le travail de nuit est beaucoup mieux valorisé au niveau salarial. On pourrait, peut être aussi envisager, une uniformisation des salaires, primes, avantages pour le personnel du service public. Voir une uniformisation public/privé. Nous ne faisons pas moins que nos collègues du privé.

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On ne voit rien venir...

Nous sommes un secteur en souffrance, et je pense ne pas être la seule en Burn Out aujourd’hui. On nous a applaudi, on nous a remercié, encouragé, pendant un certain temps. On nous a fait moultes promesses, mais on ne voit rien venir.

Et, je ne critique pas le fait que l’on donne de nouvelles activités à nos collègues aides-soignantes. Elles ne sont pas idiotes, elles ont des capacités de réflexion, de l’intelligence, et cela peut également les motiver. Mais encore faut-il qu’elles aient le respect, la considération qui leur revient dans une équipe. Ce qui n’est pas toujours le cas. Elles ne sont pas que des Madame pipi/caca !!!! Je les considère comme ma main gauche, si je peux dire.

Voilà mes réflexions à l’heure actuelle, où j’ai tout le temps pour penser, analyser, réfléchir… Reviendrais-je sur le terrain ?

Je l’espère et je le souhaite, mais à l’heure actuelle, je suis en pleine réflexion. Je me pose beaucoup de questions.

Un témoignage recueilli par la Santé en Lutte



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