"Monsieur le Ministre Vandenbroucke, arrêtez vos dérives dans les soins infirmiers !"

Monsieur le Ministre de la Santé, déjà dans le cadre de la pandémie par la Loi du 6 novembre suivi de l’arrêté royal du 13 décembre 2020 en vue d’autoriser des personnes non légalement qualifiées à exercer des activités relavant de l’Art infirmier pour une durée limitée, à savoir jusqu’au 1er avril 2021, vous aviez incontestablement donné une véritable gifle aux seules infirmières, seules concernées par cette loi inique, ce qui témoigne d’un réel mépris vis-à-vis de la profession et de sa pratique de soins. Et aujourd’hui, vous persistez et vous demandez au Parlement de proroger cette mascarade après le 1er avril 2021 !

Le syndicat autonome belge des praticiens de l’Art infirmier, Union4U, est encore actuellement devant la Cour Constitutionnelle en recours en annulation contre cette Loi qui non seulement balaie les notions de formation nécessaires, de qualifications requises mais qui élimine d’emblée la notion de qualité et de sécurité des soins ainsi que des dangers encourus.

La crise sanitaire résultant de cette pandémie est-elle récente, nouvelle et toujours incontrôlée ?

Messieurs et Mesdames les parlementaires, si vous répondez honnêtement ce jeudi 11 mars à cette question, vous ne devez alors même plus envisager le point en débat car la réponse est NON.

NON, il n’est pas nécessaire, ni cohérent tant qualitativement que quantitativement d’envisager de prolonger cette Loi qui n’a jamais eu lieu d’être, ni n’a été activée à ce jour.

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La profession REFUSE cette loi

Nous tenons à attirer votre attention sur le fait qu’avant de prolonger la Loi qui autorise des personnes non légalement qualifiées à exercer des activités de l’art infirmier, il serait plus judicieux de mobiliser les nombreuses infirmier(e)s diplômés qui n’exercent plus leur métier. Selon le PlanCad 2018 du SPF Santé publique portant sur le marché du travail des infirmiers approuvé le 2 février 2021, ils sont près de 40% à ne pas exercer dans les soins de santé. Posez-vous dès lors les bonnes questions… ?

Toute la profession infirmière et aide-soignante s’est mobilisée et s’est exprimée d’une seule voix contre cette Loi.

NON, la profession infirmière, soutenue par les syndicats médicaux ABSYM/BVAS et par les associations professionnelles d’infirmières, REFUSE cette Loi pour les raisons suivantes :

  • La crise sanitaire Covid-19 semble maîtrisée et en voie de résolution, malgré de nombreuses erreurs dans les procédures administratives et les convocations ainsi que dans la gestion globale des testing et le démarrage plus que lent des vaccinations.
  • Hormis les infirmières en burn out, en quarantaine ou encore malheureusement décédées, la plupart sont maintenant disponibles et prêtes à s’investir au besoin dans la campagne étendue de vaccination.
  • Les directions institutionnelles se sont aussi exprimées ouvertement en signifiant que jamais elles n’autoriseraient une telle délégation d’actes.
  • Sur le terrain, par exemple, les hôpitaux ont travaillé avec des bénévoles qui ont épaulé les infirmier(e)s en ce qui concerne les actes à faible valeur ajoutée. Les hôpitaux ne se disent pas prêts à changer leur fonctionnement actuel ni à ‘autonomiser’ des non-infirmier(e)s après quelques jours de formation.
  • La sous-traitance par délégation d’actes infirmiers vers des personnes non légalement qualifiées ne devrait avoir lieu qu’en cas d’absolue nécessité sur base de données probantes.

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Trop, c’est trop

Dans les médias, vous dites Monsieur le Ministre de la Santé, qu’il faut prévoir car il y a un risque de pénurie des infirmiers car ils sont « tellement fatigués ». Mais risque de quoi, prévoir quoi, quand et comment ? Avec qui ? Mais alors, comment se fait-il que tous ces infirmiers qui se sont portés volontaires (mais pas bénévoles !) depuis des mois n’aient pas encore, dans nombre de cas, été sollicités, ni pour aider, ni pour tester, ni pour vacciner !

Mais si « Gouverner, c’est prévoir » qu’avez-vous prévu depuis un an en sachant que le 1er avril 2021 ce camouflet de Loi s’arrêtait. Y-a-t-il encore un vrai « PILOTE » dans les soins de santé, une personne raisonnée, cohérente et respectueuse de l’expertise, des compétences acquises et des responsabilités des professionnels infirmiers et soignants ?

NON, trop c’est trop, nous ne voulons plus et pas cette Loi.

NON, vous parlementaires demain ne répondez pas à cette question, mais posez-vous la question suivante : comment soutenir, améliorer et rendre attractive cette noble profession d’infirmier(e) indispensable à tout un chacun plutôt que de persister à la dévaloriser, à la mépriser, à la dénigrer, à la noyer ?

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C’est indigne

Les infirmières n’ont pas besoin de déléguer leurs tâches et leurs responsabilités à du personnel non qualifié, qu’elles devraient en plus former et superviser, c’est le comble, c’est indigne !

Finalement, Monsieur le Ministre Vandenbroucke, face à toutes ces incohérences, ne devriez-vous pas nous laisser plus d’autonomie et utiliser nos compétences et nos expertises dans la gestion, la planification et l’exécution des soins ?

En guise de boutade, nous estimons qu’ « il faudrait plus de Ministres bénévoles compétents que de Ministres incompétents trop payés ! ».

Thierry Lothaire

Président d’Union4U



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