Groupe déconfinement : "Les prestataires de santé à nouveau oubliés ?"

Groupe déconfinement:

La Fédération Nationale des Infirmiers de Belgique est en colère et le fait savoir : « Alors maintenant, on parle de « dé-confinement » … MAIS, toujours sans concertation ni avis des prestataires de soins infirmiers de terrain … Ils ne sont, de nouveau, ni évoqués ni associés à la discussion et à la concertation alors qu’ils sont les vrais experts. »

Les prestataires infirmiers n’ont pas été associés à la concertation dès le début de la crise Covid-19, il y a maintenant 1 mois et demi … Ils connaissaient, et connaissent toujours, pourtant parfaitement les situations et recommandations prises par d’autres pays en termes de dépistage et d’organisation. Ses représentants ont participé, au cours de ces 10 dernières années, à de multiples congrès scientifiques à Taiwan, en Corée et à Singapour et connaissent l’approche de l’Allemagne, par leurs contacts européens… Mais, ce ne sont pas des scientifiques fiables ???

On en voit maintenant les conséquences désastreuses parce que les scientifiques, dits experts, ont émis de mauvaises recommandations inverses de ce qu’il fallait faire… D’une part, ces scientifiques travaillent dans leurs bureaux et peu sur le terrain direct et réalisent, souvent de façon efficace, des « revues de littérature », des résultats publiés de recherches réalisées par d’autres… D’autre part, ils avouent, lors des conférences de presse ou d’interviews, n’avoir aucune donnée fiable concernant l’ampleur de la contamination Covid-19 dans notre pays. Or ce sont ces données qui sont à la base des décisions prises (cela est répété chaque jour au point presse…). Donc, on peut en conclure, ou supposer, que, pour une grande part, ils se sont trompés et se trompent encore.

De nouvelles recommandations

Les prestataires de soins au front et sur le terrain ont pourtant actionné, dès le début, la sonnette d’alarme, sans succès ni réaction. Au contraire, ils ont été méprisés. Tant les infirmières des hôpitaux que les infirmières du domicile et des Maisons de repos n’ont pas été écoutées… Les infirmières du domicile (dont les associations se sont regroupées en une Cellule de Crise Infirmière) ont, elles-mêmes, élaboré leurs recommandations (bénévolement). Ces recommandations ont ensuite été reprises par Sciensano (700 collaborateurs pourtant payés pour cela), qui a remercié la Cellule de crise, puis les a publiées sur leur site.

MAIS, il s’avère que, le 1er avril dernier, Sciensano a modifié ces procédures sans avertir ni sans se concerter avec la Cellule de Crise Infirmière. Ces modifications de procédures créent maintenant la confusion parce qu’elles n’obligent pas le port d’un masque adapté lors des soins à domicile auprès de patients non contaminés. C’est complètement aberrant et dangereux tant pour les prestataires infirmiers que pour les patients qu’ils soignent au fur et à mesure. Aucun patient à domicile n’est dépisté actuellement. Ils sont donc tous suspects. Chaque infirmière à domicile devrait donc porter un masque FFP2 (mais il n’y en a pas) et chaque patient devrait porter au moins un masque chirurgical ordinaire (mais il n’y en a pas assez…).

Les infirmières du domicile se sont donc débrouillées elles-mêmes et à leurs frais pour trouver quelques protections ad-hoc en nombre largement insuffisant. Sciensano a donc modifié les recommandations et procédures, non pour des raisons scientifiques (ce qu’ils prétendent), mais pour des raisons économiques de rationalisation ou manque de matériel adéquat pour ce personnel. Cette situation est dénoncée par la FNIB depuis plus d’un mois.

On voit maintenant ce que ce type de recommandations erronées associées au manque de protection adéquates ont donné comme conséquences désastreuses pour le secteur des Maisons de repos. La Cellule de Crise Infirmière du domicile a donc réagi auprès de Sciensano et produit une nouvelle Mise à jour de Guidelines. Celle-ci a été refusée par Sciensano… D’habitude, Sciensano ne répond jamais … Sauf, dans ce cas … Sciensano serait-elle une structure sectaire qui ne souhaite pas se remettre en question ni s’adapter ?? Nous nous interrogeons … Le chercheur et "trouveur" du symptôme de l’anosmie, de l’UMons, en a fait aussi les frais. Il s’en est ouvert récemment et n’est pas très heureux… Les autorités, elles, répondent… parfois et, pour certaines, avec mépris… Pourquoi ??

Deux éléments conjoints étaient indispensables dès le début : le dépistage systématique et la disponibilité de protections efficaces (masques FFP2 pour les prestataires et les patients contaminés dépistés- masques chirurgicaux pour les patients suspects - puis masques de protection ordinaires pour la population). CES DEUX ELEMENTS ONT FAIT DEFAUT … ET FONT TOUJOURS DEFAUT ACTUELLEMENT … Le bla bla journalier est surtout destiné à faire passer la pilule...

Ils sont au feu tous les jours

Alors maintenant, on parle de « dé-confinement » … MAIS - toujours sans concertation ni avis des prestataires de soins infirmiers de terrain … Ils ne sont, de nouveau, ni évoqués ni associés à la discussion et à la concertation alors qu’ils sont les "vrais" experts.

Il est vrai qu’ils ont autre chose à faire … soigner et traiter au contact direct des patients à l’hôpital, en Maisons de repos, à domicile … sans savoir qui est contaminé ou non et sans protections efficaces. ILS SONT AU FEU TOUS LES JOURS … (par rapport aux personnes derrière leurs PC en communication virtuelle… ) Bientôt la plupart de ces infirmières seront contaminées et ne pourront plus soigner les autres … Nous apprenons qu’il est prévu, en remplacement, de faire faire les soins par du personnel non soignant, non infirmier, peu ou non qualifié du tout, pour autant qu’ils soient d’accord et pour autant qu’ils soient formés et supervisés par les infirmières « restantes ». C’est du délire irresponsable.

Mais, cette idée absurde était déjà proposée par notre inefficace Ministre de la Santé bien avant la crise actuelle. Étrangement, cette idée était et est toujours partagée par les partenaires sociaux, complices de la Ministre, qu’ils dénigrent par ailleurs… alors qu’elle les finance largement Allez comprendre … ??? Les responsables et décideurs devront assumer les conséquences et surtout devront rendre des comptes … devant pareille incompétence et incurie …

Mais, n’allez pas croire que la réaction de la FNIB soit dirigée vers les partis du gouvernement actuel et antérieur et uniquement ciblée vers la Ministre actuelle de la Santé Publique … Le détricotage de notre système de santé, la volonté de déqualification des prestataires de soins infirmiers, la volonté de faire faire les soins par du personnel peu ou pas qualifié, existent depuis plus de 15 ans. Les Ministres de la Santé, qui se sont succédé, y ont tous contribué, … avec l’assentiment des partenaires sociaux… mais à l’encontre des représentants de la profession infirmière et de leurs Commissions et Conseils d’avis, tant fédéraux que fédérés…

Pourquoi croyez-vous que les partenaires sociaux parlent toujours de « blouses blanches » et évitent (comme la Ministre de la Santé actuelle d’ailleurs) de prononcer le mot « infirmier » ?? Parce qu’ils représentent le « secteur » de travailleurs des institutions de santé et non la profession infirmière. C’est leur rôle et ils sont payés pour ce faire … Les « travailleurs » salariés du secteur santé ont le droit d’être défendus… mais pas au détriment de la profession infirmière … ce qui est pourtant le cas …

2020, année de l’infirmière

Cette année 2020 a été déclarée « Année de l’Infirmière » par l’Organisation Mondiale de la Santé OMS et le Conseil International des infirmières (CII/ICN), dans le cadre de la Campagne Internationale de promotion et de reconnaissance de la profession infirmière « NURSING NOW » et en l’honneur de la célébration du Bicentenaire de la naissance de Florence Nightingale (une vraie épidémiologiste de terrain). La FNIB en est le partenaire belge… En pleine pandémie de Covid19, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’agence de l’ONU, le Conseil International des Infirmières (CII/ICN) et la Campagne Nursing Now, publient, ce mardi 7 avril 2020, un Rapport conjoint synthèse intitulé « State of The World’s Nursing ». Ce rapport très étayé souligne le rôle crucial des professionnels infirmiers dans les systèmes de santé de tous les pays du monde. Ils représentent plus de la moitié des personnels médicaux et sont la « colonne vertébrale » de ces systèmes. Ce sont aussi celles et ceux qui se trouvent à la ligne de front du combat contre le Covid19… comme elles et ils se trouvent à la ligne de front de tous les combats qui concernent la santé des populations, la prévention et les soins aux patients atteints de maladies aigues et chroniques…

Le Rapport exhorte les Etats et les autorités à identifier les besoins en ces matières et à faire une priorité de l’investissement dans la formation, l’emploi, l’encadrement et la reconnaissance de la profession infirmière. Le « Chief Executive Officer » du CII/ICN, Howard Catton, rappelle que les taux d’infection, les erreurs médicales et les taux de mortalité sont plus élevés quand il y a trop peu d’infirmières et de personnel qualifié. Cette « évidence » a été « scientifiquement » démontrée depuis de nombreuses années dans de multiples recherches récurrentes, tant aux Etats Unis, qu’en Europe.
Plus d’infirmières, plus qualifiées, au chevet et aux soins directs des patients augmentent proportionnellement la qualité des soins. Notre Ministre de la 6 Santé devrait être sensible à cet argument, elle qui prône partout dans ses propos et discours la « Qualité des soins ».

Lors de l’émission RTL « C’est pas tous les jours dimanche » du 5 avril, consacrée à la crise Covid19, Christophe Deborsu, s’est entretenu (par vidéo interposée) avec Arnaud Bruyneel, président de la Société des Infirmières en Soins Intensifs (SIZ Nursing). Arnaud Bruyneel a rappelé lui aussi, avec raison, les résultats de ces recherches et l’importance de disposer, tant pour les soins infirmiers généraux que pour les soins infirmiers spécialisés (dont les Soins Intensifs, plus particulièrement), de suffisamment de personnel infirmier qualifié au chevet direct des patients… Or ce n’est pas le cas actuellement… Alors… Politiques et autorités … Réfléchissez …

Nous profitons de ce communiqué pour féliciter et soutenir l’ensemble des infirmières et soignants, l’ensemble des personnels logistiques et de soutien, et l’ensemble des personnels, au feu tous les jours dans tous les milieux de pratique des soins de santé, en contact direct avec les patients et la population…

Yves Mengal

Vice-Président FNIB Fédération Nationale des Infirmières de Belgique (au nom des collègues au travail)



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus