Maggie triomphe encore… mais à quel prix ?

Maggie triomphe encore... mais à quel prix ?

La cour constitutionnelle a jugé ce jeudi 1er mars irrecevables les recours en annulation de la loi sur la réglementation de l’exercice de la psychothérapie du 10 juillet 2016, recours effectués par différentes associations représentant les instituts de formations, les personnes morales de certaines institutions du champ de la santé mentale ainsi que des psychothérapeutes indépendants n’ayant pas le titre de psychologues, médecins ou orthopédagogues.

[DOSSIER]

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Jusque là considérée comme une profession, la psychothérapie se trouve redéfinie par cette loi en un traitement réservé aux seuls médecins, orthopédagogues, et psychologues cliniciens excluant de son champ tout praticien ayant un autre diplôme. Le métier se transforme dès lors en un « acte » ou « traitement spécialisé ». Il s’intègre de ce fait dans une conception qui dépasse le strict champ de la santé mentale, mais rejoint celui plus large de la santé. Or, la santé belge dans son entièreté est désormais pensée dans une logique néolibérale managériale, et plus globalement technoscientiste. Que le patient soit placé au centre comme gestionnaire de sa destinée médico-sociale est l’un des écueils de cette logique. La Fédération Belge des Psychologues se réjouit de l’application de la loi au nom « de l’intérêt du patient » qui voyait son accessibilité au « bon soin…ralentie ». Derrière « l’intérêt du patient », il y a l’idée néolibérale du patient-pilote de ses soins. La focale étant mise sur le droit du « citoyen belge » à ce que « le bon soin » soit « garanti », il semble que la diversité des accueils possibles de la souffrance psychique ait totalement disparu des préoccupations tant de nos dirigeants que des corporations qui leur font allégeance !

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Peut-on en effet décemment évoquer l’intérêt et le droit du patient à avoir accès à « un bon soin » psychologique, lorsque ce soin est dicté par une orientation unique de traitement, homologuée désormais essentiellement par une seule instance de formation, universitaire (ou haute école), réservée uniquement à certaines professions, excluant d’une pratique autonome beaucoup de professionnels du champ médico-social ? Il s’agit de ne pas se laisser duper : c’est à un véritable recul démocratique que nous avons affaire. Inutile de préciser que cet autoritarisme d’état déguisé derrière l’argument de la légitimité du patient à avoir accès aux soins, révèle son intention totalitaire par le biais néolibéral : une thérapie unique Evidence-Based, évaluable selon des indicateurs définis au nom d’un certain type de conception de l’efficacité, des résultats facilement quantifiables, dont l’intention rentable de s’inscrire dans un projet global de traçabilité des conduites des patients apparait claire, et enfin un traitement visant la réadaptation à un type de bien être standardisé plutôt qu’à une conception de celui-ci, propre au patient) .

Autoritarisme forcé qui exclut donc tous les instituts de formations en psychothérapie de leur légitimité d’exercer, annulant d’un revers de main l’échafaudage complexe préconisé par la loi précédente, La loi Muylle du 4 avril 2014, déterminant 4 courants principaux :

1° la psychothérapie à orientation psychanalytique et psychodynamique ;
2° la psychothérapie à orientation comportementale et cognitive ;
3° la psychothérapie à orientation systémique et familiale ;
4° la psychothérapie d’orientation humaniste centrée sur la personne et expérientielle.

Cette loi de 2014 avait été construite avec les acteurs de terrain, et le politique. A l’inverse, la loi du 16 juillet 2016 du gouvernement de Maggie De Block s’est rédigée dans l’urgence, sans concertation avec le terrain et sans aucune conférence interministérielle.

Quant aux professionnels formés depuis des décennies et exerçant sans l’un des titres mentionnés ci-dessus, ils se voient pour beaucoup réduits à exercer de manière non autonome, sous supervision. Pour les psychologues ne se soumettant pas à l’orientation unique de formation psychothérapeutique, leur acte ne pourra plus être que celui d’agent de première ligne, réorientant leurs patients demandant des soins dits « de faible intensité » vers les personnes ad hoc, formées à cette psychothérapie.

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Le collectif des praticiens de la parole COPEL-COBES ne peut dans ce contexte qu’exprimer son désaccord face à une telle atteinte à la liberté d’exercice de la profession et au choix de pratique du professionnel. Si ce rejet clôt ces recours belges, il ne clôt absolument pas le débat sur le fond, et les problèmes que cette loi va provoquer sont loin d être résolus.

Pour le COPEL-COBES,

Marie Brémond



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