Chronique d’un psy : Charlatans !

Chronique d'un psy : Charlatans!

Une chronique d’outre-tombe où il est question du jeu d’acteur des footballeurs professionnels, de la rigidité d’une ministre et de l’euthanasie des écrits de T. Persons.

[DOSSIER]

- Maggie Dé Bloque
- Maggie triomphe encore… mais à quel prix ?
- La Justice ne fait pas que des psychothérapeutes heureux

Cette semaine, alors que la psychothérapie redevient un sujet aussi brûlant qu’une baraque à frites un soir de kermesse dans le fin fond d’une bourgade wallonne, j’ai décidé, pour le plus grand plaisir de tout un chacun, de rempiler exceptionnellement ma mission pour le guide social et d’offrir à vos yeux ébahis un écrit d’outre-tombe : une chronique d’un psy.

Pourquoi donc sortir de mon tiroir un concept qui sent bon le relent de naphtaline et d’euthanasie ? De prime abord, il est évident qu’écrire sur les psys m’offre une visibilité proportionnelle au talent d’acteur d’Eric Cantona… Malheureusement, il y a des combats qui se doivent d’être menés. C’est pourquoi aujourd’hui, j’ai la nonchalance de vous parler collégialement de la réforme de la psychothérapie par notre chère ministre Maggie De Block…

J’entends déjà le courroux de certains de mes confrères me renvoyant cette subtile question : quel éclairage ai-je à apporter au débat, en dehors de mettre de l’huile sur le feu avec ma verve et mon humour cynique de bobo gauchiste désenchanté ? Je me dois de vous répondre, de vous à moi, en soit : nada, rien, que dalle. Cela étant dit, à la lecture des différents articles qui pleuvent sur cet épineux sujet dans nos médias, je n’ai pas l’impression que celui-ci dénotera fondamentalement…

Globalement, si l’on doit creuser, il y a vraiment du positif dans cette réforme. Déjà, la moitié des gens lettrés de Belgique saura maintenant faire la différence entre un psychiatre, un psychologue et un psychanalyste. Plus sérieusement, le point qui me conforte, c’est que Maggie nous offre un cadre. Certes à son image : rigide, médicalisé, stéréotypé, réducteur…

Vous me direz, j’ai de la chance d’être du bon côté de la réforme, ayant pioché les bonnes études. C’est un drame, mais malheureusement, oui. De fait, je connais des dizaines de psychothérapeutes qui font un travail exceptionnel et qui, pourtant, de par leur parcours, ne rentrent pas dans le cadre à Maggie. C’est fâcheux, réellement. Par contre, je n’ai pas le sentiment que je doive m’inquiéter pour eux, sachant qu’ils pourraient apposer le titre émérite de charlatan de l’année le long de leur façade, leur salle d’attente ne désemplirait pas pour autant.

Il est clair que notre ministre a décidé de trancher la question à sa manière et que malheureusement, il y aura des laissés pour compte. Certes, on peut se méfier d’une politique qui tend à polariser la relation d’aide et il est important de lutter contre cette vision simpliste de ce que doit être la psychothérapie sous notre gouvernement.

Bref, je vous vois venir avec vos questions : est-il avec ou contre nous ? C’est justement ce côté clivant qui me donne l’envie de mourir de honte en m’explosant les tympans à un concert de Sheryfa Luna. En dehors du fait que me positionner, c’est accepter de déplaire, moi qui suis capable de chantonner les notes de bas de page de Freud en Allemand au petit déjeuner tout en lisant Beck, Ellis et Hayes, il y a surtout une gêne profonde : celle de ne pas m’y retrouver.

De fait, je vais certainement en choquer plus d’un, mais, globalement j’ai côtoyé des psychologues cliniciens et des médecins diplômés qui sont à la psychothérapie ce qu’Edouard aux mains d’argent est au tricot. Par contre, je me lève avec indignation quand on fait une sortie dans les médias révélant le spectre nauséabond des universitaires charlatans, tant l’appellation d’origine non contrôlée ne s’applique pas qu’à eux.

D’un autre côté, la suffisance et le manque de recul de certains diplômés, persuadés que c’est uniquement dans leurs études qu’ils puiseront de quoi nourrir une relation thérapeutique m’effraye un peu tant ce qui passe dans un cadre de relation d’aide est complexe. Peut-on faire de la psychothérapie sans avoir de diplôme ? Oui. Une formation est-elle primordiale ? Oui. Lambert et Barley (2012) ont beau nous renvoyer que 40 % de facteurs extra-thérapeutiques peuvent expliquer les résultats positifs d’une psychothérapie, les outils, techniques et théories sont également prépondérants !

J’ai donc le sentiment qu’à l’heure actuelle, on oppose deux visions stéréotypées du psychothérapeute et qu’entre elles, il y a des centaines de professionnels divers, variés et compétents qui se posent la question de leur cadre de travail et leur statut…

En conclusion, cette semaine, j’ai essayé de comprendre si j’étais pour ou contre cette réforme. Je m’y suis perdu. Il y a du positif, certes. Il y a beaucoup de reproches et de craintes à avoir, également. Le titre de psychothérapeute se redéfinit d’une autre manière. Postulons que la diversité thérapeutique des acteurs de terrain s’y adaptera, tout en se disant que si on arrive à revaloriser le titre de charlatan, on peut peut-être former une association professionnelle ?

T.Persons

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Commentaires - 2 messages
  • La raison de la colère de psychanalystes-psychologues DIPLOMES (et non diplômés) sur la loi relative à l'exercice de la psychothérapie:
    Voir le site de MEDIAPART, puis taper le nom "Caroz"

    vanrillaer jeudi 15 mars 2018 10:14
  • Merci pour ce texte vous m'avez donné le sourire dans ce triste débat....

    Marie_1330 jeudi 15 mars 2018 19:24

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