Aide aux sans-abris : une si difficile cartographie

Aide aux sans-abris : une si difficile cartographie

La multitude d’associations d’aide aux sans-abri à Bruxelles a malheureusement parfois des effets pervers, liés à un manque de vue d’ensemble du secteur qui peut diminuer l’efficacité des dispositifs. La future ordonnance de la Région devrait clarifier le secteur. Mais des associations n’ont pas attendu l’action du politique pour travailler à une meilleure cartographie de l’aide au sans-abrisme. L’application “Surviving” en est l’exemple.

À Bruxelles, il existe une douzaine de plans, si ce n’est plus, édités par des organismes et associations différents, répertoriant des services d’aide aux sans-abri. “Imaginez un peu”, commente Philippe Lambotte, responsable informatique et développeur à la Strada, “le SDF a de quoi remplir un sac à dos rien qu’avec ces plans s’il veut savoir où manger, où dormir, qui propose des douches, etc.” Il n’y a pas que le public concerné qui peut avoir des problèmes à s’y retrouver entre les différentes associations. Les professionnels et les bénévoles qui travaillent au quotidien avec les sans-abri ne peuvent, eux aussi, tout connaître.

D’où l’importance d’une bonne cartographie, même s’il faut souligner que les plans déjà proposés sont d’une grande aide et le fruit d’un long et précieux travail des associations. Suivant cette logique d’une meilleure vue d’ensemble et coordination du secteur, la Strada (centre d’appui bruxellois au secteur d’aide aux sans-abri) et l’ASBL DoucheFlux (qui met à disposition des douches près de la gare du Midi) se sont associées pour proposer un plan unique et numérique de l’aide aux sans-abri à Bruxelles. D’autres opérateurs pourraient rejoindre le projet.

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L’idée, ambitieuse, s’appelle Surviving et est en développement depuis plus d’un an (l’idée est encore plus ancienne). Il s’agira d’une plateforme répertoriant toutes les aides, selon les besoins du précaire, avec une centralisation des agendas de chaque association, afin de répondre aux besoins au cas par cas, selon le profil de la personne, sa localisation, ses problèmes ou encore les horaires.

Un vaste projet, mais sans subside

Pour le projet Surviving, pas de subside, seulement 5.000 euros issus d’un appel à projet, pas de quoi suffire. DoucheFlux, qui ne fonctionne actuellement que sur fonds privés, s’occupe de l’élaboration du contenu, grâce au travail de nombreux bénévoles, la Strada s’occupe de relever le défi technique de l’interface. “Il ne sert à rien d’attendre des subsides qui n’arriveront peut-être pas”, estime Laurent d’Ursel, président de DoucheFlux. “Autant lancer le projet et prouver son utilité, pour que la Région se décide ensuite à mettre de l’argent sur la table. Et de l’utilité de l’application, DoucheFlux comme la Strada sont persuadés. “On a déjà beaucoup d’associations qui sont intéressées par Surviving et veulent en être”, se réjouit Laurent d’Ursel.

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Pourquoi une telle initiative, qui semble en fin de compte plutôt évidente, n’a-t-elle pas été mise en place avant, par les politiques en charge de la question ? “Je pose la question à l’inverse”, nous rétorque Yahyâ Hachem Samii, directeur de la Strada (dont, il faut le rappeler, la mission de coordination du secteur a été donnée par la Cocom). “Pourquoi les bonnes idées devraient venir du politique et pas du terrain ? C’est souvent comme ça en Belgique, on a une société civile extrêmement forte et créative. Il est normal qu’elle soit mieux placée, car sur le terrain, pour proposer de bonnes idées.”

Côté politique régionale, justement, on est un peu plus prudent quant au projet Surviving, et préfère attendre de voir le résultat. Le cabinet de Céline Fremault (cdH) nous explique que la priorité pour lui est la création d’un dossier social pour chaque sans-abri, qui devrait permettre d’agréger de nombreuses informations (cette disposition fait justement polémique au sein du secteur associatif, certains craignent un non-respect de la vie privée).

Le secteur invité à donner son avis

Quand la plateforme Surviving sera fin prête, ses co-créateurs l’assurent, cela facilitera et la vie des précaires (l’interface, avec des pictogrammes, est simplifiée au maximum) et celle des professionnels du secteur. “On arrêtera de perdre du temps et de l’énergie à actualiser chacun dans son coin des plans et des horaires. On aura un seul plan, actualisé en temps réel, auquel pourra participer chaque opérateur”, explique Philippe Lambotte. La vision d’ensemble que devrait proposer Surviving pourrait aussi entraîner des aménagements de services, comme l’imagine Laurent d’Ursel : “Par exemple, on pourrait se rendre compte, avec l’application, qu’il n’existe pas de lieu qui propose des repas le dimanche soir pour les précaires. Des associations pourraient alors décider de combler ce vide”.

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DoucheFlux invite les associations et les professionnels à discuter de l’outil et des modifications à y apporter. En version beta uniquement, Surviving est consultable sur le site www.survivinginbrussels.be/ (identifiant : demo, mot de passe : demo).

M.H., journaliste



Commentaires - 1 message
  • C'est incroyable comment cette invention va bouleverser et améliorer la situation des SDF à Bruxelles. En effet, tout le monde sait que tous les SDF ont un smartphone, qu''ils sont des spécialistes pour les manier avec leurs gros doigts et qu'ils sont toujours dans des lieux où il y a wifii.
    Le seul avantage, c'est vrai qu'il ne faudrait plus réimprimer ces plans, mais la plupart des gars connaissent déjà les services et je suis certain qu'ils préfèrent avoir le bout de papier du plan en main que de devoir se fatiguer sur un smartphone.
    L'autre avantage, c'est la somme d'argent qui sera consacré à ce travail, au moins il y aura des chômeurs en moins.
    Julius, 8 ans à la rue à Forest et sorti depuis un an.

    barbu mardi 1er mai 2018 16:46

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