Au-delà des frontières (communales)

Au-delà des frontières (communales)

De nombreuses communes ont leur service de prévention. Malheureusement, les travailleurs sont attachés à un territoire communal et les échanges peinent parfois à se faire.

Les services de prévention, qu’il s’agisse de « plans stratégiques de sécurité et de prévention » ( initialement appelés « contrats de sécurité » et communément appelés « contrats de prévention ») ou d’autres, ont leurs forces et leurs faiblesses liées à la tension entre enjeux préventifs et sécuritaires. Cependant, la notion de territorialité pose de gros problèmes. En effet, les personnes, les problématiques et les phénomènes sociaux n’ont que faire des frontières communales, là où les travailleurs ne sont pas missionnés en dehors de leur commune.

Collaborations et procédures

Aux désirs/besoins de collaboration se heurtent souvent les procédures. En effet, les travailleurs sont assurés dans un certain territoire, ils ont un cadre institutionnel, des obligations légales, etc. Pour en sortir, il faut suivre une procédure administrative qui permettra des exceptions ou des élargissements du cadre. Malgré tout, il faut que cette procédure existe et que les directions soient réceptives et soutiennent leurs travailleurs. Si deux communes sont en conflits ou simplement opposées politiquement, il est peu probable que les travailleurs reçoivent l’autorisation de collaborer avec leurs homologues. Pire, il y a un risque réel d’instrumentalisation des équipes ou d’utiliser d’éventuels ratés à des fins politiques.

Problèmes de mobilité

Plusieurs travailleurs s’accordent à dire que les premières barrières en matière de mobilité sont psychologiques. Dans le cas de Bruxelles, un canal, une rue, un monument peut délimiter des territoires (parfois de manière assez stricte). Malgré les transports, beaucoup d’habitants ne quittent leurs quartiers que par obligation (scolaire, professionnelle ou administrative). Ce constat peut aussi s’appliquer aux travailleurs qui peinent parfois à sortir de leurs territoires. Bien que les raisons invoquées puissent être légitimes, il n’est pas rare d’entendre un travailleur dire : « Ah oui mais là c’est plus de notre responsabilité, c’est hors de la commune. »

Contrats de prévention

Les « plans stratégiques de sécurité et de prévention » représentent l’immense majorité des services de prévention. Paradoxalement, ils ont la particularité d’être issus d’une collaboration entre l’état, les régions et les communes. Ils ne devraient pas être aussi fortement séparés. Il existe bien le FBPSU (Forum Belge de la Prévention et de la sécurité Urbaine) qui vise à promouvoir le projet dans son ensemble et à créer des synergies, mais cela reste à un niveau éloigné du terrain. Il existe aussi des réunions de concertation, de coordination ou axées autour d’une thématique, mais à nouveau celles-ci sont souvent le fait de direction (au mieux de coordination) et sortent assez rarement des échanges et des constats (ce qui est déjà mieux que rien).

Différents niveaux d’action

La problématique de la collaboration se joue à de nombreux niveaux, celui des travailleurs de terrain, des directions, des politiques, des administrations, etc. Certains niveaux peuvent bloquer les autres (politiques, directions pour exemples) là ou d’autres doivent demander des autorisations (équipes de terrain, coordination). Si deux directions ne s’entendent pas, les travailleurs de terrain auront toutes les peines du monde à pouvoir collaborer. Au-delà des rapports intercommunaux, il y a aussi les échanges internes. Plus un service est gros, plus les différents sous-services risquent de se méconnaitre, d’être en concurrence ou en désaccord. Outre les collaborations extérieures, il faut aussi penser à dépasser les frontières internes que l’on nous impose, que nous nous imposons ou qui s’imposent inconsciemment.

Des réussites aussi

Tout n’est pas mauvais néanmoins. Parmi les différentes réunions, des partenariats concrets se mettent en place. Certaines équipes sont très proches et collaborent régulièrement (quel que soit le niveau de collaboration). La plupart des projets de rencontre incluant les habitants se soldent par des plus-values sociales et des liens renforcés entre les services. Les partenariats ne doivent pas forcément prendre la forme de conventions institutionnelles, ils peuvent tout à fait être le fait de proximité ou de sympathie entre certains professionnels et rester dans de petits échanges. L’important, c’est de ne pas se laisser enfermer dans un territoire et de pouvoir proposer un service cohérent et continu aux habitants.

Perceval Carteron, éducateur

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