Les travailleurs sociaux ne sont pas des robots

Les travailleurs sociaux ne sont pas des robots

Bien que nous soyons des professionnels, nous sommes aussi des humains. Nous avons tous une part d’émotionnel dont il ne faut pas se couper, mais qui ne doit pas prendre le dessus dans nos interventions.

Lorsque nous travaillons, nous rencontrons des personnes qui nous sont sympathiques, d’autres avec qui le courant ne passe pas. Certaines problématiques nous touchent profondément et nous savons rester sereins face à d’autres cas. Il existe une tension permanente entre la nécessité de ne pas se laisser submerger pas les affects et le besoin de rester en contact avec nos ressentis et de ne pas nous faire violence. Bien qu’il soit très compliqué d’analyser ces mécanismes, surtout à chaud, il est indispensable de ne pas nier cette réalité et de pouvoir en parler quand cela impacte sur le travail.

Le mythe

Il existe un mythe du professionnel, qui ne se fâche jamais, est toujours juste et qui œuvre dans l’intérêt de l’autre exclusivement. Face à un conflit entre travailleurs combien de fois a-t-on entendu : « Tu te rends compte, une telle attitude pour des travailleurs sociaux » ? Comme si ça avait un rapport, comme si les professionnels de l’accompagnement étaient des gens exemplaires en toutes situations, aux qualités innombrables et dénués de défauts. Ce n’est ni réaliste ni désirable.

Le fantasme de l’objectivité

Soyons direct, l’objectivité n’existe pas, tout comme la neutralité absolue. Bien sûr, c’est un idéal, un but à approcher le plus possible. A l’instar des journalistes, choisir un angle d’approche consiste déjà à perdre en objectivité. Il n’y a rien de grave à cela, il faut juste en être conscient. Plutôt que de dire à un collègue qui manque de recul : « Tu n’es pas objectif », nous ferions peut-être mieux de lui rappeler qu’il laisse ses affects guider ses choix et/ou ses interventions.

Les dérives

Lorsque l’on imagine que ces mythes et fantasmes sont des réalités, que l’on se coupe de son ressenti ou que l’on refuse de se considérer comme faillible, les problèmes tendent à se multiplier. Dans la relation avec les personnes du public, cela peut se traduire par des jeux de séduction ou des mécanismes pervers. Ces comportements peuvent aussi se retrouver en équipe, ouvrant la porte aux conflits. Plus grave encore, cela peut mener à prendre des décisions ou à porter des analyses qui ne sont que le fruit des fantasmes, des projections et des ressentis. Il y a faute dès lors que ces comportements sont conscients et volontaires.

Avantages …

Les avantages d’être connecté à nos émotions sont multiples. L’un d’eux est d’être capable de faire preuve d’empathie et donc de reconnaître plus facilement la souffrance de l’autre. Il y a aussi la capacité de poser des limites et de pouvoir réorienter les personnes lorsque l’accompagnement devient trop prenant. C’est parfois ce qui nous motive ou nous redonnes un coup de fouet face aux difficultés. Enfin cela nous permet d’être sincères, impliqués, vrais et humains lorsque nous entrons en relation.

… et inconvénients

A contrario, nous pouvons devenir aveugles face à certaines problématiques ou certains comportements lorsque nous apprécions une personne. Nous pouvons être injustes face à des personnes qui nous irritent. Si nous n’avons pas posé nos limites, nous risquons d’avoir un accès de colère. Pour finir, ces sentiments envahissants nous épuisent au fur et à mesure, nous rendent de moins en moins patients et de plus en plus sensibles.

Pour conclure

Il n’existe pas de solution miracle ni de méthode infaillible. Il faut avoir des temps d’expression libre et sécurisée en équipe où l’on peut déposer son ressenti. Il faut rester collégialement vigilant par rapport à nos collègues. Nous devons aussi faire notre autocritique et être capable de demander un relais quand les affects deviennent trop envahissants. Enfin il faut arrêter de croire que nous sommes des supers-héros ou des martyrs et refuser les clichés ridicules.

Perceval Carteron, éducateur.

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