Y’a pas de super-héros

Y'a pas de super-héros

Parmi les travailleurs, quelques-uns sont atteints du « syndrome du sauveur ». Peut-être le sommes-nous tous, mais alors certains d’entre-nous ont des symptômes envahissants.

Parmi les travailleurs psycho-sociaux, il n’est pas rare que nous nous impliquions dans une situation ou auprès d’une personne. S’il est légitime d’être touché par une problématique ou de s’investir dans notre fonction, il ne faut pas que cela devienne maladif. Entre projections et transferts, nous perdons en congruence et petit à petit en légitimité. De plus, la qualité de l’intervention s’en ressent rapidement car les personnes ne sont plus sujets dans la relation, mais sont les objets de celui qui les aide.

Effets pervers

Le risque majeur de cette attitude qui tend à vouloir sauver l’autre, c’est de réduire les personnes à des rôles préétablis et à entretenir les étiquettes. Si vous êtes toujours le sauveur, vous maintenez une personne dans le rôle de la victime et une autre dans celui du bourreau. Ce faisant, vous ralentissez les évolutions chez les uns et les autres. La victime reste éternellement faible et le bourreau éternellement méchant.

Prise de risque

Cette attitude de vouloir être sur tous les fronts, de ne jamais savoir prendre du recul, c’est usant. Ça met l’intervenant dans l’agitation émotionnelle permanente. Des demandes, il y en a toujours, de la souffrance aussi. De plus lorsque le travailleur réalisera que l’on ne se soigne pas soi en aidant/soignant l’autre, il risque de se retrouver isolé, épuisé, face à ses responsabilités et ses propres souffrances.

Mise en danger

Mais s’il ne réalise pas, alors il va continuer à mettre son équipe et les personnes qu’il accompagne en péril. Le danger pour les collègues c’est d’être mis à l’écart, accusés d’être des bourreaux et torpillés ou pire de se faire embarquer dans cette dynamique et de former une sorte de « ligue des justiciers ». Le risque pour le public, c’est d’être rabaissé au rang de l’impuissant de celui que l’on doit assister. De plus cette attitude nie la réalité et permet plus difficilement aux individus de l’affronter. Enfin, après « sauvetage », il ne reste plus qu’à être reconnaissant, il n’y a plus de place pour la souffrance.

Pas pour se sentir mieux

« C’est bien ce que tu fais », on a tous déjà entendu cette phrase dans la bouche de quelqu’un, peut-être même l’avons-nous pensé dans nos jeunes années. Si elle peut se comprendre dans la bouche de celui qui méconnait le travail psycho-médico-social, elle n’a pas sa place dans l’esprit du travailleur aguerri. Nous sommes confrontés à la souffrance et à l’injustice, notre action est le strict minimum qu’une société supposément évoluée doit proposer à ses citoyens. Si nous pouvons être fier des réussites et s’épanouir dans notre travail, il n’y a pas lieu de nous penser plus humains ou plus justes que les autres.

Travailleurs, militants ou bonnes âmes ?

Il ne faut pas confondre ce qui nous a amené dans le métier et ce qui nous fait continuer. Vraisemblablement nous sommes presque tous arrivés dans ce métier pour faire un boulot qui apporte ; à nous et aux autres (et d’une certaine manière à la société). Néanmoins, si c’est notre seul réconfort face aux difficultés du travail, nous vivons sans doute nos derniers moments dans cette fonction. Nous sommes avant tout des professionnels, nous sommes rémunérés et avons un cadre légal à nos missions. Bien sûr il y a de la place pour l’esprit militant et pour la bonté humaine (c’est même désirable), mais certainement pas la première.

Le mot de la fin

Cet article ne vise pas à dire que tout est moche, que rien ne changera ou que nous sommes inutiles. Ni à sous-entendre que nous devons agir comme des machines dénuées de sentiments ou de motivations. Il vise plutôt à nous interpeller sur notre raison d’être en tant que personne dans cette fonction, mais aussi à interroger la fonction que nous remplissons dans la société.

Perceval Carteron, éducateur.

[A lire]

- Prendre sa place, rien que sa place
- Les 1000 visages des travailleurs de rue
- Ça fait plaisir
- Les SAAE passent-ils à côté de leurs objectifs
- Les travailleurs, des enseignants comme les autres
- La santé mentale, pas un critère de fragilité ?
- Entre prévention, émancipation et contrôle social
- L’éducateur, plus qu’un exécutant
- Diriger mieux c’est possible !
- Rien de bon ne viendra de la maxi-prison
- Une nouvelle plateforme Web pour l’EVRAS
- Les dangers de la dénonciation
- On échange nos numéros ? En réponse à l’article de M.A.
- Fin du plan hivernal, comme si tout s’arrêtait au printemps
- Accompagnement individuel en Maison de Jeunes
- Les termes « pédagogie active » ne peuvent être une appellation à la mode !
- Y-a-t-il un suivi après l’A.M.O ?
- Lumière sur : l’atelier des droits sociaux
- Quel soutien scolaire pour les plus de 15 ans et dans le secondaire ?
- Nos politiques ont des absences



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus