Retours précoces après la naissance, tout le monde trinque !

Retours précoces après la naissance, tout le monde trinque !

Ces dernières années, la durée des séjours dans les hôpitaux tend à se raccourcir pour des raisons économiques. Dans le cas des naissances, le personnel ne peut pas compenser un manque de moyens structurels, d’autant plus si le temps d’hospitalisation est réduit.

Une récente expérience m’a fait prendre la pleine mesure de l’impact d’une naissance sur un foyer. J’ai surtout réalisé que la politique des retours précoces engagée par le ministère De Block n’était absolument pas adaptée aux réalités que peuvent vivre les parents. Elle ne permet pas non plus aux professionnels de faire un travail de qualité, sans s’épuiser et faire des concessions qui n’ont pas lieu d’être.

En première ligne

Pour ce que j’en ai vu, la réalité de terrain se traduit par des heures supplémentaires ni payées ni récupérées, par une pression pour être rentable et par un sous effectif croissant. Dans le cas des sages-femmes, par exemple, elles ont un rôle avant, pendant et après l’accouchement. Elles devraient être nombreuses et avoir des horaires normaux, mais celles que j’ai rencontrées sautent des repas, répondent à des appels à 23h et font des journées de 12h. Cela traduit un manque de personnel lié à un manque de moyens.

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Et si ça se prolonge ?

Selon le discours officiel, le retour précoce est une proposition faite à la patiente et non une règle. Dans la réalité, le personnel médical qui prolonge le séjour des patients devra s’en justifier au risque d’être mis en cause. Le retour précoce semble être devenu la règle alors qu’il n’est qu’en période de test dans une série d’hôpitaux (selon les informations disponibles sur le site du ministère De Block). De plus, le projet prévoit un financement des hôpitaux basé sur une moyenne nationale. Cela signifie que les établissements qui prolongeraient les séjours seraient pénalisés financièrement. Ce système risque d’augmenter la pression exercée sur le personnel au nom de la rentabilité, avec tous les effets néfastes que cela comporte (diminution de la qualité des soins, épuisement des travailleurs, risque accru d’accident, etc.).

Des retours négatifs

Dans un document daté de 2015 , l’UpSfb (L’union Professionnelle des sages-femmes belges), pointait une série de conséquences néfastes à un tel projet. Elle pointe des pertes d’emplois, une augmentation des besoins de prises en charge post-partum (incluant des ré-hospitalisations), une moins bonne collaboration entre services (y compris hors hôpitaux). Ce ne sont là que quelques exemples.

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Sur le terrain, j’ai rencontré des employés de l’ONE, des sages femmes, du personnel de la maternité, des médecins. A mon niveau, l’intégralité des professionnels s’accorde à dire que, pour les personnes les plus fragiles, le retour précoce peut être une catastrophe. Et pour les autres, la qualité des soins est diminuée, du fait que les mêmes prestations seront effectuées mais en un temps réduit. Selon mon constat, c’est grâce à l’investissement des professionnels que les services continuent à être assurés malgré tout.

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Un programme incomplet

La problématique n’est pas tant la durée du séjour que l’accompagnement proposé en dehors de l’hôpital. On peut envisager des maternité-hôtels, moins médicalisées, aux séjours plus longs, avec du personnel en permanence. Il est possible d’imaginer des services de permanence 24h/24 pour les parents. Il existe des services qui prennent en compte la grossesse, l’accouchement et les premiers mois comme un tout nécessitant un accompagnement complet, personnalisé et accessible à tous (comme le Cocon à Erasme). Des projets existent, mais ils sont le fait de passionnés et de militants. En tout cas, ils sont trop peu soutenus et subventionnés.

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De-Block-argumente.com

En février 2016, une page du site de Maggie De Block tente de défendre le projet face à la levée de boucliers. Sous couvert de défendre l’intérêt des patients, et sur la base de sources non référencées, l’article sous-entend que la Belgique est tout à fait prête en matière de suivi à domicile, que les mamans en sont heureuses (Les papas ne sont pas pris en compte) et qu’aucun impact n’est à constater sur la santé des enfants. Les conclusions semblent déjà tirées dès le début de l’expérience, et sont contraires aux observations de terrain. Une évaluation est promise annuellement, mais l’évaluateur n’est pas précisé. De plus, personne n’a pu me dire où trouver ces évaluations.

Perceval Carteron. Éducateur.



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