Violences urbaines et sans-abrisme : refaire du lien
L’errance, le sans-abrisme, les troubles de santé mentale et la toxicomanie s’étalent sous nos fenêtres. Selon les chiffres de Bruss’Help, sur les 10.000 personnes dépourvues d’un chez-soi dénombrées dans la capitale, plus d’un tiers s’inscrit dans un parcours migratoire enrayé. Elles survivent en rue, dans des squats ou des structures régionales saturées. Les nouvelles arrivées de personnes sans titre de séjour sont constantes, alors que les sorties durables vers le logement ou l’emploi restent bloquées. Le contingent de personnes à la rue ne cesse donc de croître.
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Ces tensions, combinées à la marginalisation du travail social d’insertion, alimentent l’explosion de l’insécurité
Le contexte global de crise de l’accueil aujourd’hui paralyse les améliorations possibles. D’un côté, la pression démographique au Sud et les flux migratoires sont instrumentalisés par les partisans de l’externalisation de la misère au sein de dispositifs de rétention en dehors de l’UE, comme l’a récemment rappelé le drame de Ceuta. De l’autre, un dualisme urbain intenable s’insinue chez nous quand les communes les plus pauvres concentrent la majorité des sites d’hébergement et qu’a contrario, une fraction non négligeable des classes moyennes supérieures désire se retrancher dans des zones résidentielles hyperprotégées.
Ces tensions, combinées à la marginalisation du travail social d’insertion, alimentent l’explosion de l’insécurité. Survivre sans toit pousse inéluctablement vers l’économie souterraine, les réseaux mafieux et le narcotrafic. La criminalisation du sans-abrisme qui en découle est tout simplement indigne d’une société basée sur la promesse de droits humains inaliénables. Elle débouche sur une ségrégation de facto que l’action purement caritative peut, malgré elle, pérenniser en se focalisant sur la seule survie plutôt que sur un objectif d’émancipation. Or, le modèle classique des grands centres est à bout de souffle. Penser en termes de « stock de places » plutôt que de trajectoires d’intégration nie la parole, les besoins et les aspirations des populations concernées. En outre, la surpopulation systémique empêche l’énonciation de propositions réformistes. La formule « bed, bad en brood », dénuée de perspectives de sortie, s’est, en effet, convertie en une gestion permanente de l’urgence humanitaire.
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La convocation d’États généraux du travail social, indispensable pour refonder les réponses politiques aux réalités migratoires contemporaines
En tout état de cause, cette logique de confinement correspond en tous points à l’antithèse d’une prise en charge digne de ce nom.
À titre d’alternative, il convient de redéployer collectivement un projet solidaire et ambitieux. Voilà pourquoi le traitement de l’insécurité et la réduction de la criminalité doivent devenir une priorité partagée, ne relevant pas exclusivement de la police et de la justice, mais valorisant tout autant un solide volet préventif. En ces temps d’austérité dure, les éducateurs de quartier, les équipes mobiles de réduction des risques, les maisons de jeunes et les salles de consommation sécurisées doivent impérativement être sanctuarisés. Ils constituent un schéma d’intervention éprouvé, permettant de conjuguer un hébergement à taille humaine avec un accompagnement sur mesure (Le Soir : Sans-abrisme, renverser la courbe).
L’avenir appartient aussi à une approche plus proactive des fins de trajectoires migratoires. Dans cette optique, un pool de travailleurs sociaux mobiles, déployé à l’échelle des bassins de vie, permettrait de réorienter les flux vers la protection des mineurs, Fedasil, la formation ou l’emploi. Dans bien des cas, cela pourrait mener à un retour volontaire des personnes, fortes de compétences nouvelles. Ce travail, mené par l’Office International des Migrations (agence de l’ONU), organise déjà près de 3.000 retours par an au départ de la Belgique.
Parallèlement, nous plaidons pour le déploiement rapide du dossier social électronique. Cet outil peu coûteux, déjà opérationnel dans les métropoles françaises et néerlandaises, est hélas reporté chez nous depuis 2016. Il s’agit pourtant d’un précieux levier de suivi et de prévention, pour les natifs comme pour les migrants, à l’image du Dossier Médical Global (DMG) pour chaque citoyen.
Plus largement, la convocation d’États généraux du travail social, unissant acteurs associatifs et publics, s’avère indispensable pour refonder les réponses politiques aux réalités migratoires contemporaines. Idéalement, cette initiative devrait porter la revendication de régularisations individuelles basées sur la correspondance avec les métiers en pénurie et autres fonctions critiques.
François Bertrand, Sociologue, Directeur de Macadam ASBL(Centre d’accueil de jeunes en situation de rue)Xavier Dupret, Économiste. Association Joseph Jacquemotte
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