"Maggie De Block, pourquoi êtes-vous encore à votre poste ?"

Depuis le début de la crise sanitaire qui frappe durement notre pays, Maggie De Block est sous le feu des critiques. Commandes ratées de masques, non-renouvellement du stock des FFP2, soignants envoyés au front sans matériel médical suffisant, refus de garantir les budgets de base des institutions de soins, impacts désastreux des restrictions budgétaires effectuées ces dernières années dans les soins de santé… Autant d’épisodes qui ont porté un gros coup à la crédibilité de la ministre de la Santé. La coupe est pleine pour les acteurs de terrain ! A l’image de la CSC ou du mouvement Santé en Lutte, ils sont nombreux à réclamer la démission de la mandataire fédérale.

« Nous avons énuméré une liste non exhaustive des erreurs commises durant votre mandature et lors de cette crise sanitaire Madame la Ministre médecin, Maggie De Block ! Votre démission est plus que souhaitée ! Vous qui prônez un modèle libéral, si vous n’étiez pas Ministre, dans le privé, vous auriez déjà été remerciée depuis bien, bien longtemps. » Les mots sont durs, les mots sont lancés sans détour, les mots reflètent un ras-le-bol, une colère profonde. Ils sont ceux de Véronique Sabel, la Secrétaire Nationale pour la Wallonie CSC Services publics ainsi que de son équipe de Permanentes Soins de santé CSC Services publics.

Dans une carte blanche publiée dans les colonnes du Vif, Maggie De Block en prend assurément pour son grade. On pourrait même dire qu’une pluie de critiques s’abat sur celle qui occupe actuellement la fonction ô combien essentielle de ministre fédérale de la Santé. « Vous sacrifiez le personnel des soins sur l’autel de l’austérité et du manque de prévention », résume le syndicat avant d’énumérer ce qu’il considère comme autant d’erreurs de la part de l’élue Open Vld.

« Les personnes de première ligne ont été mal protégées »

Sa gestion économique des soins de santé lors de la précédente législature est tout d’abord épinglée par la CSC, dans la carte blanche. « Déjà en 2016, nous pouvions observer un démantèlement des services publics, suite aux restrictions budgétaires dans les soins de santé de 900 millions d’euros, avec un effet systémique dévastateur sur les conséquences dans le secteur des soins de santé qui portera préjudice à long terme et encore plus dans cette crise sanitaire », écrit-elle dans le Vif. Et de lancer une question à Maggie De Block : « Allez-vous encore sabrer dans les budgets de la santé et comptez-vous poursuivre les coupes financières dans le secteur non marchand des soins ? Car aujourd’hui, les héros que vous applaudissez tous les jours paient l’addition au péril de leur santé et parfois... bien malheureusement... de leur vie, nos héros font des prestations de 12 heures sans interruption et tout cela au nom de votre économie libérale. »

Le syndicat s’attarde ensuite sur la gestion de la crise sanitaire par la ministre fédérale de la Santé, dénonçant notamment le non-renouvellement du stock stratégique des FFP2, un épisode que les signataires de la carte blanche qualifient de « manque total et inconscient de prévoyance ». La CSC revient également sur le fiasco des commandes loupées, et ce à répétition, de masques. Des couacs qui ont eu des conséquences catastrophiques sur le terrain… « Les personnes de première ligne ont été mal protégées, et malheureusement certains travailleurs ont contracté le coronavirus et ont pu le transmettre à des patients et en l’occurrence : répandre la pandémie plus rapidement de façon exponentielle : à cela, nous vous adressons un "Merci" non doté d’une certaine amertume... Avez-vous encore la conscience tranquille ? Votre sommeil en est troublé ? Malgré tous ces dysfonctionnements, Madame la Ministre de la santé, vous êtes toujours en place… »

Négligence gravissime… Inacceptable. C’est ainsi que la CSC, en quelques mots, qualifie dans le Vif le travail de Maggie De Block dans son combat contre la propagation de la pandémie dans nos contrées. «  Et pourquoi êtes-vous encore à votre poste ? », martèle-t-elle. Le message de la carte blanche est aussi clair que limpide : le syndicat vert réclame la démission de la ministre.

« Nous ne sommes pas de la chair à canon ! »

La CSC n’est pas la seule voix à s’élever du terrain pour fustiger le travail réalisé par Maggie De Block. Ainsi, le mouvement la Santé en Lutte, porté par et pour les professionnels de la santé, se montre également très critique à l’égard de la ministre. « Nous ne pouvons que nous joindre à cette carte blanche qui en appelle à la démission de la Ministre de la Santé », pointe, sur sa page Facebook, le mouvement qui se bat pour obtenir des meilleures conditions de travail et des soins de qualité pour toutes et tous.

Il rajoute : « Nous ne sommes pas de la chair à canon ! De toutes parts nous entendons et voyons nos collègues contracter le Covid-19. Des médecins, des infirmièr·es, des aides-soignant·e·s, des brancadièr·e·s, du personnel de l’entretien ménager, etc. Comment va tourner l’hôpital quand un quart de son personnel sera malade ? Nos directions ont déjà répondu à cette question : nous allons continuer à travailler, malade ! Malade ! Rendez-vous compte, bosser malade sans matériel adéquat ! Voyez plutôt les risques que nos gouvernements et directions hospitalières nous font prendre et font prendre aux patient·e·s et nos familles ! C’est inadmissible. »

La Santé en Lutte estime que la gestion de la crise de Maggie De Block est cauchemardesque mais le mouvement estime également qu’elle n’est pas la seule à porter et défendre les thèses libérales dans sa politique. « Plus que Maggie De Block, l’austérité est notre ennemie. Maggie De Block n’est que la porte-parole de ces mesures d’austérité et de marchandisation de la santé. Si un jour elle en venait à démissionner, nous avons bien peur que son ou sa remplaçante ne prenne le relais des mêmes stratégies de sape. Ne croyons pas qu’avec le départ de la Ministre partiront les volontés de marchandisation du secteur. La pensée néolibérale fait partie de la gestion de l’Etat depuis des décennies, elle était là avant Maggie et sera là encore après. Ne pensons pas qu’avec le départ de la Ministre de la Santé les beaux jours reviendront. »

Et, elle en dit quoi Maggie ?

La CSC-Services publics réclame sa démission pure et simple. Des critiques virulentes émanent également de nombreux soignants, du front commun CSC-FGTB, du monde médical ou bien encore de la sphère politique. Maggie De Block passerait-elle un mauvais quart d’heure ? On aurait tendance à penser que oui… mais, ce serait mal connaître la dame. Ce vent de critiques ne semble pas l’avoir fait vaciller.

« Je travaille jour et nuit pour gérer cette crise sanitaire, dans l’intérêt de tous. Je n’ai pas le temps de jouer les Caliméro », a-t-elle déclaré dans les journaux Sudpresse. « Je veux protéger au mieux nos citoyens, surtout les plus vulnérables, et nos prestataires de soins qui font un travail remarquable. (…) Grâce à nos efforts, la force de l’épidémie commence à diminuer. C’est un signe encourageant mais, dans les jours qui viennent, il faudra maintenir des efforts importants. »

Maggie De Block balaye donc d’un revers de la main les accusations et défend son bilan contre vent et marée. Sera-t-elle insubmersible, restera-t-elle à flot malgré la tempête qui s’abat sur elle, passera-t-elle entre les nombreuses gouttes ? Ou finira-t-elle par chavirer sous le poids des critiques acerbes qui s’amoncellent toujours un peu plus chaque jour sur ses épaules ? Seul l’avenir nous le dira…

E.V.

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