De Block et le personnel de la santé : une longue histoire de désamour

De Block et le personnel de la santé: une longue histoire de désamour

Depuis le début de la crise sanitaire, Maggie De Block en prend pour son grade. De nombreuses voix issues du secteur de la santé égratignent toujours un peu plus le travail mené par la ministre fédérale. Cette levée de boucliers du terrain n’est pas neuve. Bien avant l’apparition du coronavirus, de nombreux dossiers ont fait l’objet de vives mésententes entre la mandataire Open Vld et les professionnels du monde (para)médical. Petit retour dans le passé.

Commandes ratées de masques, non-renouvellement du stock des FFP2, soignants envoyés au front sans matériel médical suffisant, refus de garantir les budgets de base des institutions de soins… Depuis le début de la crise sanitaire, une pluie de critiques s’abat sur Maggie De Block. La ministre de la Santé est dans le collimateur d’une série d’acteurs de terrain !

Dans une carte blanche acide, la CSC-Services publics réclame ainsi sa démission pure et simple. Tout comme un groupe Facebook, réunissant plus de 27.000 personnes dont une majorité de soignants. Des critiques aussi acerbes que virulentes émanent également de nombreux professionnels de la santé. Bref, le fossé se creuse toujours un peu plus entre l’élue Open Vld et le terrain. Mais, l’origine de cette rupture est bien plus ancienne que l’apparition du coronavirus. Ces dernières années, de nombreux dossiers ont donné lieu à de grosses tensions entre la mandataire et les professionnels du monde (para)médical. Infirmières, aides-soignantes, sages-femmes, psychomotriciens, maisons médicales ou bien encore kinésithérapeutes : ils ont tous et toutes connu des relations compliquées, tendues avec Maggie De Block ces dernières années. Le Guide Social revient sur ces dossiers emblématiques.

La colère grondait et gronde toujours au sein des hôpitaux

Flexibilité, polyvalence, burn out, cadences infernales, contrats précaires, bas salaires, sous-effectif… Le personnel hospitalier dénonce à cor et à cri, depuis de longs mois voire des années, des conditions de travail devenues insupportables. Ceux qui sacrifient leur santé mentale et physique pour nous soigner doivent actuellement composer avec un sous-financement important qui impacte toujours plus leur quotidien. Les 900 millions d’euros d’économies budgétaires réalisées dans les soins de santé lors de la précédente législature, décision portée et défendue par Maggie De Block, ont eu des effets désastreux sur le terrain.

Face au malaise croissant du personnel hospitalier, plusieurs initiatives sont nées pour défendre ses intérêts. Ainsi, le 4 juin 2019, la CNE lançait le premier mardi des blouses blanches. Durant plusieurs mois, une fois par semaine, une action, soutenue par le syndicat vert, était organisée dans les différentes institutions pour dénoncer le ras-le-bol du personnel face notamment à la destruction des solutions de fin de carrière, la commercialisation de la santé ou encore la pénurie de travailleurs. Un vaste mouvement de contestation a également été lancé à cette même période dans les hôpitaux publics bruxellois du réseau Iris. En juin dernier, le personnel y dénonçait une charge de travail toujours plus intense et l’impact catastrophique des mesures budgétaires menées par le Fédéral.

La politique d’austérité menée par Maggie De Block notamment dans les hôpitaux du Royaume fait donc l’objet de vives critiques depuis des années. Et le mécontentement n’est pas près de se calmer.

Le plan d’attractivité infirmier mis à mal

Les décisions prises par Maggie De Block lors de la précédente législature se sont attirées plus d’une fois les foudres des infirmières. Un dossier a notamment été la cible de leur colère : le fameux plan d’attractivité infirmier lancé en 2008 par l’ex-ministre de la Santé, Laurette Onkelinx. Ce dernier n’aurait pas eu l’effet escompté et tout aurait basculé lorsque Maggie De Block a repris le dossier.

Pour rappel, le plan d’attractivité lancé par Onkelinx comprenait quatre grands axes : allègement de la charge de travail et du stress, reconnaissance des qualifications infirmières, amélioration des rémunérations, amélioration de la reconnaissance sociale et association à la prise de décision.

En 2014, la poursuite du plan d’attractivité est prévue dans l’accord gouvernemental. Pourtant, il s’avère que, loin de poursuivre l’initiative, Maggie de Block aurait mis à mal plusieurs aspects du plan. Pour le secteur, la ministre n’aurait pris aucune initiative pour alléger la charge de travail des infirmières, que du contraire. Le raccourcissement des durées de séjours hospitaliers a, en effet, eu comme effet d’augmenter l’intensité des soins et de déplacer certains soins hospitaliers vers le secteur à domicile. De plus, la profession pointe du doigt le manque de nouvelle initiative visant à renforcer les rémunérations des infirmières, si ce n’est la mise en place IFIC, une nouvelle façon de rémunérer les professionnels mais uniquement du secteur privé. Autre élément à charge : elle n’aurait pas œuvré à améliorer la reconnaissance sociale ou à associer les infirmières aux décisions les concernant.

Plus d’une fois durant cette mandature, les infirmières ont tiré la sonnette d’alarme au sujet de leurs conditions de travail insoutenables, autant en milieu hospitalier, qu’en maisons de repos et à domicile. Maggie De Block a rarement fait preuve de douceur à leur égard …

Aides-soignantes : plus de responsabilités, même salaire

Cette rentrée 2019 a été placée sous le signe de la nouveauté pour les 128.000 aides-soignantes de Belgique. Depuis le premier septembre, ces professionnelles de la santé ont désormais la possibilité de prodiguer davantage de soins aux patients. Elles peuvent concrètement poser cinq actes supplémentaires, comme administrer des gouttes oculaires ou mesurer le taux de glycémie ou la tension. Initiée par la ministre de la Santé Maggie De Block, cette réforme n’est pas vue d’un bon œil par une partie du terrain. Infirmiers et aides-soignants ont en effet exprimé une série de réserves. Pour eux, ces actes ne sont pas anodins. Ils nécessitent donc des formations suffisantes.

Le terrain a-t-il été assez entendu dans l’élaboration de cette réforme ? On peut se le demander. « Les 150 heures préconisées sont largement insuffisantes au regard de toutes et tous, considérant que la sécurité des patients est en jeu et que la délégation des actes ne soulage pas les infirmiers étant donné qu’ils demeurent responsables de la surveillance des actes posés », s’était insurgé le député socialiste Hervé Rigot en commission Santé de la Chambre. « Par ailleurs, les aides-soignants n’étaient pas demandeurs de cette réforme qui augmente leurs charges et leur responsabilité sans revalorisation de salaire. »

« La ministre est peu convaincue par la kinésithérapie »

Il y a un an quasiment jour pour jour, à la veille des élections de mai 2019, le Guide Social avait demandé à Axxon, association représentative des kinésithérapeutes en Belgique, de dresser le bilan du travail effectué ces dernières années par Maggie De Block. Une phrase, forte, avait résumé le sentiment de la profession : « La ministre est peu convaincue par la kinésithérapie ». « Durant les 4 années de la législature sous la tutelle de la ministre De Block, la kinésithérapie s’est fait régulièrement entendre mais n’a pas été suffisamment entendue dès le début tant du côté des dossiers de la Santé Publique que ceux des affaires sociales », avait analysé Fabienne Van Dooren, directrice générale d’Axxon. En guide d’exemple, elle avait ainsi rappelé, que fin 2016, les négociations avaient été très houleuses afin de conclure la convention M17.

La législature précédente a également vu naître une taskforce sous la direction du directeur général du Service des soins de santé avec certaines missions à court terme, dont une revalorisation significative du secteur pour 2018. « Peu de chose concrètes sont sorties de cette taskforce et il a fallu encore reprendre de dures négociations fin 2018 pour obtenir une enveloppe budgétaire supplémentaire de 25 millions pour la kinésithérapie, et avec l’index, cela donnait un montant de 38 millions à répartir au sein de notre enveloppe fermée », rappelait Fabienne Van Dooren. Et de déplorer : « Cela peut paraître beaucoup, mais en répartissant cela sur toutes les prestations cela donnait une augmentation de 0,86 € par séance… »

Psychomotriciens : « Notre profession niée par De Block »

Une chose est certaine : la politique mise en place durant la mandature précédente par la ministre fédérale de la Santé n’a pas vraiment convaincu l’UPBPF, la seule Union Professionnelle en Belgique, au niveau de la psychomotricité, à être reconnue par le Parlement Belge.

Pour rappel, en 2016, Maggie De Block a refusé que la psychomotricité soit reconnue en tant que profession paramédicale. Une décision qui a évidemment fait bondir l’UPBPF. « En tant que représentante des psychomotriciens francophones, je peux pointer le fait d’être nié en tant qu’organisation de professionnels. De plus, notre profession est niée par le ministère fédéral de la Santé, notre association également », déplorait sur le Guide Social Anne Taymans, l’ancienne présidente. Elle regrettait également « le fait de ne pas prendre en considération les réalités du terrain francophone où la profession existe, formellement dans divers secteurs. »

De la reconnaissance pour leur profession, voilà ce qui a cruellement manqué pour les psychomotriciens du côté de la ministre fédérale de la Santé… Et la situation n’est pas près d’évoluer. Interrogée sur ce dossier à la Chambre, en février dernier, Maggie De Block avait persisté et signé. Non, elle ne compte pas réévaluer la reconnaissance du métier de psychomotricien comme profession paramédicale. Les années passent mais les idées restent.

La Fédération des maisons médicales dresse un bilan mitigé

Ces dernières années, les maisons médicales ont également mené un bras de fer avec Maggie De Block. En cause : la décision de la ministre, en 2017, d’imposer un moratoire sur le passage au forfait de nouvelles maisons médicales. En parallèle, elle avait commandé un audit de ces structures à l’entreprise privée KPMG en vue de déterminer leur réelle plus-value pour la société.

« Pour des raisons idéologiques, Maggie De Block a eu une attitude fermée à l’égard des maisons médicales, refusant tout contact avec ses représentants, qui ont pourtant participé avec bonne volonté à cet audit », avait déploré, sur le site du Guide Social en avril 2019, la fédération des maisons médicales. « Cela met en lumière un paradoxe : elle a toujours déclaré vouloir développer des soins intégrés, centrés sur le patient, interdisciplinaires. C’est précisément ce que nous faisons et défendons depuis 40 ans, mais pourtant elle refuse la communication et met à mal le secteur ! »

Au final, l’audit réalisé par KPMG a conclu, en janvier 2018, à l’importance des maisons médicales dans le paysage des soins de santé belge et les économies qu’elles permettent de réaliser en deuxième ligne. Face à ces résultats, Maggie De Block avait finalement levé le moratoire qui pesait lourdement sur ces structures.

Les séjours raccourcis ont nui aux sages-femmes

Ecourter les séjours en maternité, un projet qui a débuté en juillet 2016 dans le cadre de la réforme du financement des hôpitaux, initiée par la ministre Maggie De Block. Selon elle, cette mesure avait pour but de stabiliser les finances des hôpitaux, de les « assainir » en les rendant stable pour les années qui suivent. Il n’empêche : la mesure a compliqué incontestablement le quotidien des sages-femmes.

Suite à l’analyse des effets du raccourcissement du séjour en milieu hospitalier, l’Union Professionnelle des Sages-Femmes Belges et l’Association Francophone des Sages-Femmes Catholiques avaient pointé des effets catastrophiques sur les sages-femmes œuvrant à l’hôpital : turn-over plus important dû au type de contrat, charge de travail augmentée, perte de la prise en charge globale des dyades mères-bébés, gestion administrative croissante, qualité des soins mise en danger et augmentation du stress et du risque de burn-out. La situation actuelle des sages-femmes indépendantes n’est pas plus glorieuse, malheureusement. Au quotidien, elles aussi sont confrontées à une série de difficultés engendrées par la réforme de 2014. Nous pouvons notamment pointer le risque de ne pouvoir assurer un suivi optimal et sécuritaire par manque de transmissions des données entre les différentes lignes de soins ou dans des délais très courts. Ces professionnelles doivent aussi composer avec des codes de prestations limités et ne répondant pas à la réalité de prise en charge et des sollicitations tardives lors de situations critiques, parfois sans outils adéquats.

Une autre déconvenue avait touché, en février dernier, les sages-femmes : la recommandation du Centre Fédéral d’Expertise des Soins de santé, soutenue par Maggie De Block, de fermer 17 petites maternités. Une annonce qui avait eu l’effet d’une douche froide pour la profession.

E.V.

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