Les études universitaires de psychologie menacées ?

Les études universitaires de psychologie menacées ?

Une augmentation spectaculaire du nombre d’étudiants couplée à un manque de moyens des établissements de l’enseignement supérieur : conséquence, la qualité des formations et les taux de réussite ne sont pas à la hausse, dans la filière “psycho” des universités francophones. Ces dernières tirent la sonnette d’alarme.

Les doyens des facultés de Psychologie des universités francophones n’en croient pas leurs yeux : le nombre d’étudiants inscrits a décollé de 70 %, soit plus de 5.000 nouvelles inscriptions. Le nombre d’étudiants inscrits en Master à l’ULB a même été multiplié par deux, en 2018 ! Et ils ne s’en réjouissent pas tous : “Les travaux pratiques en petits groupes sont très importants dans notre formation mais en fait, quand on nous parle de petit groupe, c’est déjà 50 personnes !”, détaille Jimmy Amand, président du bureau des étudiants de la faculté de psychologie de l’ULB, à la RTBF. “On ne peut pas poser nos questions comme on voudrait”. Il enchaîne : “En master, c’est la guerre pour trouver un promoteur : certains professeurs ont plus de 20 mémorants, parfois 30”.

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Un regain d’intérêt qui nuit à la qualité de la formation

Ces difficultés sont dues à des manques de moyens et altèrent la qualité des enseignements. Les doyens des facultés de psychologie se sont adressés à la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatigny dans une lettre pour alerter sur cette surpopulation et ses effets secondaires. Leur crainte principale ? Que certains d’entre eux ne puissent pas suivre leur stage professionnel, faute de place. Une éventualité lourde de conséquence : “On manquera très certainement de lieux de stage agréés”, s’inquiète Etienne Quertemont, doyen de la faculté de psychologie de l’ULiège. “Les étudiants qui ne pourront pas faire ce stage professionnel faute de place, n’obtiendront pas l’agrément de psychologue clinicien et ne pourront donc pas exercer de manière autonome”.

Mais alors, comment expliquer cet afflux ? Si le nombre d’étudiants français est assez élevé - en Belgique, pas besoin de concours pour rentrer et le nombre de places est beaucoup moins réduit qu’en France - ce sont bien les étudiants belges qui remplissent la balance selon les doyens. “La loi de 2016 limite la pratique de la psychothérapie aux seuls psychologues et médecins diplômés. L’examen d’entrée aux études de médecine suscite peut-être des réorientations vers la filière “psycho”, qui reste dans le domaine paramédical. Et puis, sur la dernière décennie, pas mal de séries télé ont mis en scène des profilers et des psychologues cliniciens”, avance, à la RTBF, Etienne Quertemont.

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Un métier à reconsidérer ?

Les profils attirés seraient également trop hétérogènes. D’après Olivier Klein, vice-doyen à l’ULB, “il y a l’idée que si je suis psychologue, je vais pouvoir aider les autres et comprendre immédiatement comment les gens fonctionnent. Il y a aussi l’idée que ces études correspondent bien à ceux qui n’aiment pas les sciences et les mathématiques, alors qu’il y a pas mal de cours de statistiques et de biologie”. Une vision faussée des études de psychologie ? En tout cas, cette surpopulation devient si problématique qu’elle doit rapidement s’arrêter. “La question de la limitation des étudiants est délicate mais il est à craindre qu’il faudra passer par là”, constate Etienne Quertemont.

Pour rééquilibrer les choses, l’hypothèse d’un examen d’entrée a été avancée. “A défaut de moyens supplémentaires, il faudra envisager une évaluation en début d’année qui permette de se réorienter si on constate qu’on n’a pas certaines compétences nécessaires ou une vision erronée de la formation, voire une sélection à l’entrée en dernier recours”, précise Olivier Klein.

Vers un nouveau modèle ?

Pour le moment, la lettre envoyée à Mme Glatigny n’a pas eu de réponse. Cependant, le cabinet de la ministre a réagi en confirmant le phénomène de “définancement” de l’enseignement supérieur (augmentation des étudiants inscrits mais pas des moyens déboursées) : “Nous voulons inverser cette tendance et refinancer l’enseignement supérieur. Ce refinancement a déjà été amorcé depuis le début de la législature avec 20 millions par an. D’ici 2024, ce seront 50 millions d’euros qui seront consacrés à ce refinancement structurel.”

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