Les infirmiers à domicile, abandonnés par l'Etat, continuent le combat

Les infirmiers à domicile, abandonnés par l'Etat, continuent le combat

Depuis le début de la crise, les infirmiers indépendants se sentent délaissés par la classe politique. Mal équipés, dépréciés et pas soutenus, ils continuent pourtant à assurer leurs missions, quitte à tout faire eux-mêmes. Ils se procurent donc leurs propres équipements de protection. Pendant ce temps-là, le gouvernement promet, mais n’agit pas, sauf pour mettre en place des arrêtés royaux dénigrant la profession.

Au début de la crise sanitaire, les infirmiers indépendants dénonçaient les manquements des autorités. Ils éprouvaient de grandes difficultés pour se procurer des masques, et ceux fournis par les responsables politiques étaient d’une qualité inégale. Malheureusement, à l’heure du déconfinement, le constat est le même, ces professionnels de santé doivent s’équiper par eux-mêmes, étant, d’une certaine manière, abandonnés par la classe politique.

Karine Dethye est membre de la cellule d’action bâtie au début de la crise sanitaire par la Fédération des infirmiers indépendants. Une cellule qui a pour objectif aujourd’hui d’obtenir du matériel médical à prix coûtant. Lorsqu’elle répond à notre appel, elle est sur la route du retour, après être allé chercher du matériel de protection pour ses collègues. « Ce sont des surblouses en plastique, elles sont difficiles à trouver », explique-t-elle quand on lui demande de quoi se compose le colis.

La situation des infirmiers indépendants n’est pas rose, et dans leurs rangs, le ressentiment grandit. « Le gouvernement a infantilisé la population et les soignants sur la question des masques » affirme Karine Dethye. Ces masques, les soignants auraient aimé les avoir en quantité suffisante bien plus tôt, tout comme ils auraient préféré qu’ils soient rendus obligatoires dans l’espace public. L’infirmière lâche, fatiguée : « Quand on pense aux maisons de repos, où des petits vieux attendaient la mort seuls, derrière leur fenêtre, complètement abandonnés par l’Etat ».

Du côté des fournitures, la situation tourne quelque peu au vinaigre. « Normalement, on achète des boites de gants par 100, et il nous en faut deux pour une semaine de travail. Aujourd’hui, j’ai vu une collègue qui n’avait plus de gants. Elle est allée à la pharmacie, on lui a expliqué que maintenant, on ne les vendait plus que par 10. Et ces boîtes coûtent 4 à 5€. » A ce rythme-là, sans subvention, les infirmières à domicile devront payer entre 320 et 400€ par mois pour s’équiper en gants.

« J’espère que l’on tiendra »

Alors, aujourd’hui, il est difficile d’organiser les tournées, à cause du manque de matériel de protection. Il faut faire attention à bien protéger les patients non-Covid, en ne leur apportant pas le virus. Ce qui ressort du quotidien de ces acteurs, c’est une forme d’impréparation. Avec amertume, Karine Dethye soupire : « On se retrouve comme de la chair à canon. On se sent abandonnés. Cette crise fera beaucoup de dégâts. On a reçu beaucoup de promesses de notre ministre. On attend toujours, peu de choses sont arrivées. Nous-mêmes, personnel de santé, on se perd dans les recommandations divergentes du gouvernement, alors imaginez la population. C’est pour cela que certains citoyens n’ont pas peur de la maladie. La situation va durer. J’espère que l’on tiendra sur le long terme. »

La fracture entre les travailleurs et les autorités décisionnaires se renforce au fur et à mesure que la crise dure. La soignante peste : « Nous n’avons pas accepté les arrêtés royaux passés en catimini. Ils dénigrent la valeur de notre profession ». Ces arrêtés royaux permettent la délégation de soins infirmiers à des non-infirmiers, et permettent la réquisition des professionnels de santé. Or, cela pourrait empirer la situation selon les principaux concernés.

Karine Dethye assène : « Elle [Maggie De Block] doit penser qu’il n’y a pas assez de morts. Parce que faire faire des soins à des personnes peu formées et peu compétentes va causer des problèmes. On se retrouvera avec plus d’infections, et une baisse de la qualité des soins. C’est déjà un problème, mais cela peut devenir très lourd ».

Partout, on ressent de la colère. Et l’infirmière à domicile ne mâche pas ses mots. « Le personnel de santé a été méprisé. Nous n’avons jamais été concertés. Bannis des discussions. Nos politiques devront rendre des comptes. A tous les niveaux. Sur ce qu’ils ont mis en place et sur ce qu’ils n’ont pas mis en place. » Car on parle d’un métier où la distanciation sociale est impossible à respecter, où les travailleurs mettent chaque jour leur santé en danger s’ils sont mal équipés. Finalement, c’est Karine Dethye qui résume le mieux la situation : « On fait au mieux, mais c’est épuisant ».

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