Les métiers du care et inégalités du genre

Les métiers du care et inégalités du genre

La crise sanitaire a mise en lumière les secteurs essentiels comme celui des soins, du handicap ou encore de l’aide familiale. Ces métiers, souvent dévalorisés, sont aussi principalement exercés par des femmes.

La société a continué à fonctionner grâce aux efforts acharnés des travailleurs et des travailleuses en première ligne. Or, ce sont surtout des femmes qui pratiquent les professions les plus dévalorisées de ces secteurs. Ce discrédit, reflété au niveau politique, est donc lié à la question du genre.

“Dès les premiers jours du premier confinement, la crise a mis l’éclairage sur les métiers les plus essentiels. Sont devenues visibles à nos yeux les caissières, les aides- soignantes, les infirmières, les aides familiales, les travailleuses du nettoyage, les travailleuses du secteur du handicap et de l’aide à la jeunesse… J’écris au féminin, car ce sont des professions très majoritairement féminisées”, déclare Gaëlle Demez, responsable des femmes à la Centrale des syndicats chrétiens, dans le dernier numéro de Santé conjugée.

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Des métiers “de femmes”

Aujourd’hui, le monde du travail connait encore une forte inégalité de genre en Belgique. Selon une note de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, il y a plus de femmes que d’hommes dans les secteurs moins bien rémunérés de l’administration et du soutien (7,2 % contre 4,4 %), de l’enseignement (14,5% contre 5,4%) et de la santé humaine et de l’action sociale (25,7 % contre 5,6 %).

Au-delà des chiffres, ce sont les valeurs dépréciatives portées à ces professions qui sont accablantes. Les métiers du care sont souvent perçus comme des métiers qui ne requièrent que des compétences innées, surtout dans le cas des femmes.

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Les inégalités exacerbées par la crise

“Qui continue à travailler ? Qui a-t-on applaudi ? Qui jongle à l’intérieur des familles entre les tâches ménagères qui explosent, les devoirs des enfants et le soin aux grands-parents et aux personnes porteuses d’un handicap ? Une grande majorité de femmes”, observe Gaëlle Demez dans Santé conjugée. La pandémie a rendu visible les femmes, qui font tourner la société mais qui sont aussi les premières victimes de la crise. Les pires situations sont celles “de femmes” : monoparentalité (80% sont des femmes), violences conjugales, sans-papiers comme les travailleuses domestiques...

Les femmes sont aussi plus touchées par le virus que les hommes : 19 205 contre 9 874 selon Sciensano. Cela s’explique par le nombre important de travailleuses en première ligne dans les métiers du care mais aussi par la négligence dans les mesures de prévention de la santé en raison de la dévalorisation de ces professions. Selon Laurent Vogel, chercheur à l’Institut syndical européen ETUI, “il y a un lien flagrant entre les chiffres de contamination et la division sexuelle du travail.”

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Des choix politiques influencés

La faible valeur accordée au travail des femmes se reflète jusque dans les choix politiques. En effet, alors que le matériel de protection manquait lors du premier confinement, les merceries et les magasins de tissu n’ont pas été immédiatement reconnus comme essentiels. De même, le gouvernement a d’abord mis les employées du secteur au chômage temporaire avant de les inciter à confectionner des masques bénévolement.

La question se pose alors : les choses se seraient-elles passées ainsi pour des fonctions propres aux hommes ? Selon Gaëlle Demez, les décisions auraient sans doute été différentes “s’il y avait eu plus de femmes et de représentant(e)s du monde du travail dans les instances de décision et surtout si les décisions avaient été prises, comme la loi de 2007 l’oblige, avec une politique de gender mainstreaming”.

Des pistes pour le futur

Pour soutenir ces travailleurs et travailleuses de l’essentiel, Gaëlle Demez insiste sur la nécessité d’une revalorisation sociale et salariale ainsi qu’une meilleure protection au travail et une communication politique claire. Ainsi, les décisions politiques et leurs conséquences sociales doivent être pensées et anticipées en tenant compte des réalités genrées. “Lorsque les mesures sont prises dans l’urgence, sans travailler de manière genrée, sans réclamer dès le départ des chiffres sexués, les réalités des femmes ne sont pas prises en compte à leur juste mesure”, affirme Laurent Vogel.

Enfin, Gaëlle Demez rappelle que malgré les tensions actuelles au sein des collectifs de travail, la solidarité doit primer sur le reste : “Il est essentiel que nous écoutions l’expérience unique des autres, que nous échangions plus que jamais pour construire collectivement et avec bienveillance des solutions qui permettront de nous sortir de cette crise tout en faisant avancer l’égalité entre les femmes et les hommes.”



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