Les unités For-K pour les jeunes judiciarisés ont besoin de renouvellement

Les unités For-K pour les jeunes judiciarisés ont besoin de renouvellement

Les unités de traitement intensif de soins pour les jeunes judiciarisés et ayant des troubles psychiatriques présentent des limites à plusieurs niveaux et des réponses doivent être trouvées. C’est la conclusion d’une étude menée par le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE). Explications.

De quoi parle-t-on ?

Les unités de traitement intensif de soins, également appelées UTI For-K, ont été mises en place pour accueillir des jeunes placés sous contrôle judiciaire par un juge et qui présentent un problème psychiatrique grave. Elles sont aujourd’hui au nombre de 14 en Belgique et ne sont pas réglementées par un organisme supérieur ; aucun organisme n’a d’emprise réelle sur l’ensemble du parcours d’un jeune.

Le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) a dressé un état des lieux de la situation de ces unités. Si le travail fourni est apprécié et reconnu, les critères d’admission des jeunes demeurent trop imprécis. Environ 300 jeunes sont accueillis chaque année par ces structures pour une prise en charge allant de 6 mois à un an en moyenne mais le profil des jeunes susceptibles de rejoindre une UTI For-K n’est pas précisément établi. Jusqu’à 2009, les UTI For-K n’accueillaient que des jeunes qualifiés de “délinquants”. Depuis, les jeunes en “situation problématique” et en situation de crise psychiatrique (nécessitant une hospitalisation sous contrainte) ont été rajoutés à la liste. Les UTI For-K sont donc susceptibles d’accueillir un public plus large que ce qui a été prévu initialement.

Quelles sont les difficultés rencontrées par ces établissements ?

Le problème est que la majorité de ces unités ont leurs propres critères d’accueil de ces jeunes : certaines sont exclusivement ouvertes soit aux garçons soit aux filles, d’autres accueillent en priorité les jeunes issus de la zone géographique où elles sont implantées quand d’autres ne prennent en charge qu’une part bien précise de ces jeunes (les jeunes souffrant de problèmes d’addiction par exemple). Le gouvernement fédéral est clair à ce sujet : “Sans définition claire du groupe cible, il est impossible de déterminer quelle est l’offre de soins nécessaire”, peut-on lire dans un communiqué.

Une autre difficulté provient du fait que ces structures ont été lancées au sein d’un projet pilote dont le financement n’a jamais été converti en financement structurel. Ce serait pourtant un atout de poids, car le financement actuel des UTI For-K ne suffit pas à combler leurs coûts réels. De plus, leur statut de projet pilote les empêche d’accéder à des dépenses auxquelles elles pourraient avoir accès avec un financement structurel (investir dans de nouvelles infrastructures, par exemple).

- Lire aussi : Une bouée de sauvetage pour les services de pédopsychiatrie

Le rapport du KCE constitue donc une base qui doit permettre une clarification des critères d’admission des jeunes au sein des UTI For-K. Une solution doit également être trouvée concernant les jeunes présentant des troubles sévères mais qui ne sont pas placés sous contrôle judiciaire. Toujours d’après cette étude, l’admission de certains jeunes dans ces structures aurait pu être évitée s’ils avaient été pris en charge en amont, ce qui aurait permis de libérer des places et surtout d’optimiser l’investissement que représentent les For-K. Dans la même optique, il ne faut pas négliger la prise en charge à la sortie de l’unité For-K.

Pourquoi le processus d’admission actuel pose problème ?

Le diagnostic psychiatrique est requis pour une potentielle admission en For-K. Or ce sont les juges qui décident du placement en UTI For-K et un juge n’est pas un psychiatre. Ils doivent donc soumettre une évaluation de la personne concernée à un psychiatre, ou tout du moins à un expert en pédopsychiatrie. Là encore, on se retrouve face à un obstacle : l’expertise dépend de la disponibilité des experts (le secteur est en pénurie) et de l’acceptation de leur rapport par les juges.

De plus, les juges et les psychiatres ne vont pas dans le même sens en ce qui concerne les structures susceptibles d’accueillir les jeunes : les juges doivent trouver en urgence une place pour les jeunes dans les structures, alors que les psychiatres souhaitent que les jeunes aillent dans les structures qui correspondent le mieux à leur profil. Là encore, il n’y a pas de consensus à ce sujet, ce qui ne permet pas à ces unités d’être aussi efficaces qu’elles pourraient l’être.



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