Récit d’une pandémie dans les structures de l’aide à la jeunesse

07/04/21
Récit d'une pandémie dans les structures de l'aide à la jeunesse

Alors que le coronavirus est entré dans nos vies depuis plus d’un an, le Guide Social revient sur cette année mouvementée avec une série d’acteurs du secteur psycho-médico-social. Denis Xhrouet, président de l’Inter-Fédérations de l’Aide à la Jeunesse, revient avec nous sur cette année si particulière. Il représente les différentes structures du secteur : l’aide en milieu ouvert, les services d’accompagnement de famille, les services résidentiels, ainsi que les différents services de prévention.

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« On pense beaucoup aux services de santé, aux services de police, au secteur social, cependant l’aide à la jeunesse est isolée. On a l’impression d’être les oubliés, les parents pauvres des mesures d’exception. Et pourtant, chaque jour, nos travailleurs sont au contact avec les autres, au contact avec les enfants, les familles. Ils font au mieux pour éviter toute contamination. Ils se débrouillent pour respecter la sécurité sanitaire malgré l’oubli des pouvoirs publics à leur égard. » Voici ce nous avait confié Denis Xhrouet en mars 2020. Nous le retrouvons un an plus tard pour faire le point sur le déroulement de cette année pour l’ensemble des services de l’aide à la jeunesse.

Incertitudes et chamboulements

« Durant la période du premier confinement, on a pas mal paniqué comme l’ensemble de la population et du secteur de non-marchand. Nous, on a eu beaucoup d’inquiétudes au début pour les services d’hébergement. On ne savait pas trop comment s’adapter. Certains services voulaient garder les enfants dans les structures et fonctionner avec une équipe restreinte et confinée sur plusieurs semaines. D’autres voulaient mettre en place une rotation avec les enfants entre les centres et le domicile. Cette dernière idée a été finalement écartée très tôt. Le mois de mars 2020 a été plutôt délicat à organiser avec quelques cas de covid dans les services d’hébergement. A chaque modification et avancées dans la crise, on devait subir les nouvelles dispositions et s’adapter en conséquence. Donc, d’une manière générale, ça a produit pas mal d’inquiétudes. Mais avec le recul, on a plutôt bien passé le cap dans notre secteur. Les différentes équipes se sont mobilisées, on a eu beaucoup de solidarité. »

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S’habituer à la pandémie

« Au début de la deuxième vague, les écoles étaient ouvertes de manière hybride, c’était donc une tout autre gestion pour nous. Les jeunes avaient besoin d’un accompagnement adapté. On commence maintenant, c’est un peu malheureux à dire, à s’acclimater à cette période. Le lien avec les familles est plus facile à maintenir, on essaye de lever les craintes de part et d’autre. Maintenant, l’étape suivante, c’est la période de vaccination qui va être importante pour les collectivités, on attend le signe pour pouvoir être vacciné. L’administration de l’aide à la jeunesse nous demande d’envoyer la liste des travailleurs qui veulent être vaccinés, on attend. Les travailleurs du service, durant l’hiver, ont eu de fortes craintes lorsque la jauge était dans le rouge. On était dans l’obligation de mettre de côté les travailleurs fragiles. »

L’évolution de la pratique

« On attend de pouvoir sortir et faire des activités avec les jeunes pour reprendre un accompagnement et de vie collectivité. Au niveau des pratiques, on ne pouvait pas accueillir de famille, il faut donc adapter les locaux pour commencer à reprendre les visites avec du plexiglas, du gel, des locaux plus grand… Cette adaptation est très variable selon les services, certains ont fait venir des conteneurs de chantiers pour accueillir les familles.

La ministre Valérie Glatigny a fait une promesse depuis le mois d’octobre pour soulager un peu le secteur. Globalement, on va pouvoir engager des mi-temps complémentaires d’une durée de six mois pour renforcer personnel et pallier l’accumulation des autres travailleurs qui ont explosé les heures. »

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L’impact sur les jeunes

« Pour les jeunes, on va dire que le ressenti est à géométrie variable selon les services. Il y a une forte compréhension des jeunes, on est un peu tous dans une même galère, il faut dire. Mais oui, on sent quand même, une forme de lassitude, c’est long. Ils voient la privation de liberté, ils sont ravis de pouvoir aller à l’école et de sortir. On sent une forme de fatigue, mais elle est chez tout le monde, je pense. Mais la compréhension s’essouffle, une dépression arrive sans doute, mais nous, on sera là. On a beaucoup d’espoirs autour de la vaccination et on sent, même si les jeunes ne sont pas trop concernés par ça, les adultes ont beaucoup d’attente pour le mois de mai. On va commencer à prévoir les camps durant l’été et remettre les activités pour les grandes vacances. Il y a aussi la perceptive de voir à nouveau les jeunes retourner à l’école tous les jours. Les cours à distance font que le jeune se décroche de plus en plus, pas de contacts, pas de suivi. Lorsque l’éducateur doit suivre 17 jeunes, c’est tout à fait impossible à gérer à 100%. »

Propos recueillis par B.T.



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