« Trahi » par le gouvernement, le secteur de la santé veut faire grève

''Trahi'' par le gouvernement, le secteur de la santé veut faire grève

Il y a un an naissait un mouvement de protestation dans le rang des professionnels de la santé. Il regroupait alors des blouses blanches luttant pour faire entendre leurs revendications. Aujourd’hui, alors que la crise sanitaire se poursuit, le mouvement, via la CSC Services publics, a déposé un préavis de grève. Les raisons sont multiples. Elles ont un dénominateur commun : la gestion de crise du gouvernement. Son manque de reconnaissance pour le secteur et les décisions prises sous le couvert des pouvoirs spéciaux ne passent pas auprès des soignants.

Le gouvernement fédéral, craignant la deuxième vague de coronavirus, a pris plusieurs décisions extrêmement impopulaires auprès du secteur de la santé. Trois choix ne passent pas : l’utilisation des montants du fonds des blouses blanches pour refinancer les hôpitaux, la possibilité de réquisitionner du personnel soignant et d’autoriser du personnel non qualifié à prodiguer des soins infirmiers.

Ces réformes sont autant de raisons qui ont poussé le secteur de la santé à sortir de sa réserve et agir, illustrant la colère des soignants. Les travailleurs, en colère, fâchés, voulaient une réaction de la part de leurs syndicats, tout en faisant en sorte que celle-ci soit adaptée aux circonstances particulières de la crise. Par conséquent, le préavis de grève « concerne toutes les institutions de soins (hôpitaux, maisons de repos, …) publiques en Wallonie et à Bruxelles » annonce le communiqué de presse de la CSC Services Publics. Cette grève se matérialisera par des arrêts de travail d’une durée d’une heure. Elle sera organisée en fonction des provinces. Lina Cloostermans, secrétaire permanente de la région de Liège pour la CSC, explique : « La grogne des travailleurs est importante. Il fallait agir. Marquer le coup. On ne peut plus faire n’importe quoi avec nous [le secteur de la santé] ».

Dans son communiqué de presse, la CSC Services publics – Secteur Soins de Santé n’y va pas de mains mortes. Selon eux, « le Gouvernement a trahis [les soignants] en votant, en catimini et sans aucune concertation avec les organisations syndicales représentatives, des arrêtés, qui les poussent aujourd’hui à la révolte ». Lina Cloostermans, confirme : « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ».

« Les travailleurs ont été mis sur le fait accompli »

En effet, après avoir travaillé, sans relâche, en première ligne contre le virus, les professionnels du secteur se sentent dépréciés et abandonnés par un gouvernement prenant des mesures qu’ils jugent contre-productives et dangereuses. De la même manière c’est le manque de concertation qui exaspère les soignants et leurs représentants syndicaux. Lina Cloostermans, lâche, amère : « Les travailleurs ont été mis sur le fait accompli par le cabinet De Block. De toute façon, elle fonctionne comme cela depuis qu’elle est au pouvoir… »

Même son de cloche dans le communiqué : « Au début de la crise, conscients des difficultés que nos services de soins allaient devoir affronter, les organisations syndicales ont proposé d’utiliser le fonds pour financer les besoins en personnel. Le Gouvernement a refusé la proposition mais s’est attribué les montants afin de refinancer les hôpitaux. Pire encore, les montants versés aux institutions pour faire face à la crise ne sont que des avances. Cela signifie qu’ils seront déduits de leur enveloppe de fonctionnement habituelle. Pourtant, les frais spécifiques engendrés (matériel, logistique, organisation de l’espace, …) ne disparaitront pas. » La crise a prouvé l’importance cruciale du secteur de la santé, des personnels soignants et des hôpitaux au sein de la société. Il est donc difficile de comprendre que l’on continue d’appliquer une logique budgétaire à ces structures.

Pire, les responsables politiques veulent autoriser des personnels non qualifiés à prodiguer des soins infirmiers. Or, cette décision pourrait avoir des conséquences dramatiques. Lina Cloostermans, cosignataire du communiqué de presse, s’alarme : « Ce que fait Maggie De Block est dangereux. Les infirmières connaissent les médicaments, leurs patients, leurs pathologies, les contre-indications, les complications possibles, les traitements à éviter. Cette décision, c’est n’importe quoi ! La ministre devrait le savoir, elle est médecin. Cela me fait peur ! C’est quoi la suite ? Les infirmières iront opérer quand il n’y aura plus assez de médecins ? Les infirmières désertent déjà la profession à cause des conditions de travail. J’en suis une, je sais de quoi je parle. Et j’ai des retours de femmes qui quitteront la profession si cette réforme est mise en place. Il y a une raison pour laquelle on appelle notre travail l’art infirmier ! »

« Nous ne sommes pas des déserteurs »

Autre forme de désaveu, les responsables politiques, par crainte d’une deuxième vague, le gouvernement fédéral souhaite pouvoir réquisitionner les soignants pour assurer les prises en charge. Ce qui scandalise le secteur. La CSC Services publics – Secteur Soins de Santé réagit : « Nous ne sommes pas des déserteurs. C’est la phrase qui revient le plus dans la bouche des soignants. Déjà fatigués par leurs conditions de travail habituelles, ils n’ont rien lâché. Aucun d’entre eux, même épuisé, ne fera passer son jour de congé avant une intervention urgente auprès de malades. »

Là aussi, Lina Cloostermans réagit : « La réquisition ? C’est de la folie. Elle [Maggie De Block] ne se rend pas compte de ce qui se passe sur le terrain. Elle n’a qu’à venir. Qu’elle vienne mettre son tablier, son masque, ses gants sur le terrain. La réquisition, c’est de la foutaise. Allez sur les réseaux sociaux, vous verrez que tous les médecins remercient leurs personnels ! » L’organisation syndicale affirme également que ces décisions sont « vexatoires » pour les soignants. Surtout quand on sait que le gouvernement a choisi de ne pas mettre en place de primes spécifiques pour les soignants, malgré leur travail exemplaire et leur sacrifice. Autant de raisons qui poussent donc le mouvement « ras-le-bol » et la CSC à déposer un préavis de grève.

Alors que la crise sanitaire se poursuit, il faut espérer que le gouvernement fédéral prendra conscience rapidement de la nécessité de récompenser ceux qui se battent en première ligne contre le virus. Car pour construire « le monde d’après », il faudra faire appel à la bonne volonté de tous et abandonner certaines logiques de profits, lorsqu’on évoque des secteurs aussi importants que celui de la santé.

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