Covid-19 : le personnel d'entretien "traité comme de la merde"

Covid-19 : le personnel d'entretien

Depuis le début de la crise sanitaire, elles n’arrêtent pas. Elles, ce sont les personnes en charge de l’entretien, au sein des hôpitaux. Travailleuses et travailleurs de l’ombre, elles sont pourtant d’une importance capitale dans la lutte contre la propagation du coronavirus. Pour autant, elles sont loin d’être traitées comme elles le méritent. Trois représentants syndicaux évoquent le quotidien, l’état d’esprit et la charge de travail des actrices et des acteurs d’une profession souvent méprisée mais si utile et nécessaire.

Yves Hellendorf, secrétaire national CNE Non-Marchand :

« Ces membres du personnel sont sur la brèche depuis longtemps. Ils font face à une surcharge de travail depuis le début de la crise sanitaire. Et au début, les instructions étaient mal fichues. Les masques étaient réservés aux soignants et le personnel d’entretien était mis de côté, et par conséquent, mis en danger. Ils l’ont mal vécu, et ils continuent de mal le vivre. Ils ont été mis en danger car ils étaient considérés comme non-prioritaires. Aujourd’hui, certains sont malades, beaucoup ont besoin de souffler. Deux sentiments prédominent chez le personnel d’entretien au sein des hôpitaux. Celui de ne pas avoir été respecté, d’avoir été traité comme de la merde avec le refus des directions de leur donner du matériel de protection au départ. Cela va laisser des traces. Le second sentiment, c’est qu’ils donnent tout depuis trop longtemps, et sur une période aussi longue, ce n’est pas tenable. C’est un problème. Nous espérons que les Régions et le Fédéral engageront du personnel d’entretien supplémentaire avec l’argent qu’ils ont débloqués. Il ne faut pas que du matériel mais aussi des moyens humains. »

Carine Rosteleur, secrétaire régionale pour la CGSP :

« Les agents d’entretien, dans les hôpitaux, ont été réaffectés pour combler les besoins. Ils travaillent dans des unités de soins recevant des Covid-positifs mais pas uniquement. Le taux d’absentéisme est en augmentation ! Il faut dire que les conditions étaient catastrophiques avant la crise sanitaire. Depuis des mois les professionnels de la santé se mobilisent contre la détérioration de leurs conditions de travail. Toute la chaîne de soins est impactée par les économies, les conditions sont encore pires aujourd’hui. On ne sait pas si le personnel pourra tenir. Il y a des absents et des malades parmi les travailleurs en charge de l’entretien. Mais s’ils ressentent des symptômes minimes, ils sont encouragés à venir travailler et cela fait partie du problème. Le matériel de protection, dont l’utilisation était limitée, du fait de la pénurie, est aujourd’hui de plus en plus usité. Nous bataillons pour que le personnel d’entretien soit autant protégé que les soignants. Le climat est anxiogène, tous les jours, le nombre de décès augmentent. Les travailleurs ont peur pour leurs proches, leurs collègues et leurs patients. »

Evelyne Magerat, secrétaire permanente à la CNE :

« Le personnel d’entretien est un maillon important de la chaîne. Il n’est pas visible mais il est essentiel dans la limitation de la propagation du virus. Eux aussi sont soumis aux risques de contamination et de devenir vecteur du virus. L’organisation de leur travail a changé. Le nombre de tâches a augmenté. Ils sont plus sollicités. Dans certaines structures, la possibilité d’effectuer un travail de nuit est évoquée. J’ai reçu un témoignage aujourd’hui, d’un agent d’entretien. Il m’expliquait que sa direction voulait qu’il travaille sans gants, à cause de la pénurie de ceux-ci. Il y a une volonté de faire des économies sur les gants, donc on met de côté les professionnels d’entretien. On leur fait prendre des risques. Mais le travail dans ces conditions de crise sanitaire, pour eux, il est épuisant. Et les employeurs n’en tiennent pas compte. Travailler avec un masque c’est difficile. Il faut se changer plus régulièrement. Il y a des cas d’étourdissements, puisque les agents respirent leur propre CO2, qu’ils dégagent. C’est un travail physique, avec les équipements supplémentaires, il fait encore plus chaud. La difficulté est exacerbée par le matériel supplémentaire. Et puis, l’inquiétude est globale, de chopper et de propager cette maladie. C’est la hantise première, les agents ont la boule au ventre. »

Propos recueillis par C.D.

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Commentaires - 1 message
  • pour nous en bête car elle na que sa a faire il a des médicament et ne veux pas les ré faire car elle parle du budgets comme si sortirais de son portemonnaies mais les malade

    vero53 samedi 4 avril 2020 17:39

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