Confinement : explosion des appels au centre de prévention au suicide

Confinement: explosion des appels au centre de prévention au suicide

Une enquête commune entre les chercheurs de l’UCLouvain et l’université d’Anvers témoigne du risque sur la santé mentale que provoque le confinement. L’étude porte sur 25.000 personnes et indique qu’un Belge sur deux est en situation de mal-être. Ce constat est le même du côté des professionnels de la prévention du suicide. Un secteur qui observe une augmentation d’appels en cette période et qui, plus que jamais se trouve dans une position centrale au sein de la société.

Stress, privation du lien social, surdose d’informations entraînant des névroses ou encore exposition aux fausses informations. Notre cerveau en cette période cherche à la fois des réponses à ses questionnements, mais également à passer le temps. Cependant, on l’expose ainsi à de rudes épreuves. Une situation qui, non sans vouloir alarmer, préoccupe le secteur qui met en garde face aux répercutions présentes mais surtout futures des traumatismes liés à cet isolement forcé.

Plus que jamais à l’écoute

Une seule phrase résonne à l’unisson comme ordre de bataille chez les professionnels de la prévention au suicide : « Nous restons ouverts », déclare en insistant Déborah Deseck, chargée de communication au centre de prévention au suicide.

L’isolement, l’incertitude sont autant de facteurs particulièrement anxiogènes pour la population qui peuvent aggraver ou faire apparaître des comportements à risques. Les services d’aide sont une ressource précieuse pour canaliser les peurs et apporter une protection mentale qui, dans la situation actuelle n’est plus possible. En effet, les facteurs de protection comme les rendez-vous avec un psychologue ou autres professionnels et lieux dédiés, ne sont plus là physiquement. Il faut donc maintenir et renforcer la prévention téléphonique. Le centre d’appel de prévention au suicide œuvre notamment en ce sens avec comme message « Nous restons ouverts ».

« On pense que cette crise sanitaire va exacerber ce qu’il y avait déjà à savoir, les injustices sociales, les névroses, les émotions contraires. La prévention au suicide consiste à parler des facteurs à risques, car cette détresse est multifactorielle. Elle peut toucher tout le monde, personne n’est hermétique à cet état d’autant plus avec cette situation. Il n’y a pas un chiffre disponible encore, mais une chose est certaine : on a beaucoup plus d’appels qu’à l’ordinaire », alerte Déborah Deseck.

L’aide au secteur

Cette période met en avant l’importance et la nécessité d’avoir des centres d’appels et d’écoutes permettant aux personnes les plus isolées, soumises aux névroses, ou traversant tout simplement une épreuve de vie difficile, de trouver un appui avec qui échanger et se confier. Une accolade virtuelle qui permet souvent d’apporter une aide inestimable. Face à la crise actuelle, le secteur reçoit de nombreuses demandes de bénévolat. Une aide qu’encourage le secteur, tout en précisant que le besoin de bénévoles est présent toute l’année.

« On reçoit effectivement beaucoup de demandes pour aider. On est ravis, mais pour nous aider en tant que bénévole, il faut quand même une formation de plusieurs semaines. Cette formation est obligatoire et cruciale, il ne s’agit pas seulement de répondre au téléphone, mais d’avoir la capacité d’apporter une aide. Donc, dans la plupart des cas, les demandes de bénévolat qu’on reçoit ne seront pas effectives pour cette période, mais pour après », précise Déborah Deseck.

Le rôle des lignes d’écoute est plus que jamais important, les professionnels du secteur ont une responsabilité à chaque appel. Avec la recrudescence des coups de téléphone, le centre se sent plus que jamais utile. Pour eux, il est primordial de savoir que la ligne d’écoute reste ouverte. «  On veut réellement insister sur le fait que notre ligne téléphonique reste accessible 24h sur 24h et qu’il ne faut absolument pas hésiter à nous contacter. On est toujours présent, c’est vraiment important de le savoir ».

Le déconfinement risque fortement d’être lui aussi un facteur à risque. Les profonds bouleversements que vont subir certaines personnes, les décès, les licenciements et autres, sont autant de paramètres à prendre en compte selon les professionnels qui œuvrent dès à présent sur l’après. « De manière générale, notre revendication principale est que la prévention du suicide puisse bénéficier du budget nécessaire à sa réalisation. Cette demande est applicable à tout moment : avant la crise sanitaire, durant, mais aussi après. Comme la crise sanitaire est globale, exceptionnelle et exacerbe ce qu’il existe déjà, elle aura des conséquences sur la santé mentale des Belges. Il est trop tôt pour savoir si ce sera à long terme, mais il faut être prudent et vigilant », conclut Déborah Deseck.

B.T.

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