Fabienne Richard, sage-femme : portrait d’une militante anti-excision

Fabienne Richard, sage-femme: portrait d'une militante anti-excision

Son travail en Afrique l’a confrontée de plein fouet aux réalités de l’excision. Témoin impuissante face à l’horreur ? Surement pas. Fabienne Richard a choisi l’action ! Depuis 2014, cette femme engagée est un des moteurs du CeMAViE, Centre Médical d’Aide aux Victimes de l’Excision. En charge de l’accueil de première ligne, elle offre une oreille bienveillante et chaleureuse aux victimes.

[DOSSIER]
- CeMAViE, le centre qui répare le corps et l’esprit des femmes excisées
- "Ma mission ? Aider les femmes excisées à s’épanouir sexuellement !"

« J’ai travaillé comme sage-femme clinicienne durant cinq ans dans des pays en développement pour Médecins sans Frontières. Je me suis rendue en Somalie, au Burkina-Faso, au Mali ou encore au Liberia. Autant de contrées qui pratiquent les mutilations génitales », débute la sage-femme. « Dans la salle d’accouchement, j’ai été sidérée de découvrir dans quel état certaines femmes se trouvaient. C’était terrifiant… Cette expérience m’a donné envie de me battre pour ces victimes. »

A son retour en Belgique, il y a maintenant vingt ans, Fabienne Richard croise la route de Khadidiatou Diallo, la présidente du GAMS Belgique, groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles. Une rencontre qui va forger irrémédiablement son combat… Depuis, son engagement pour cette cause n’a jamais faibli. C’est même le contraire. Aujourd’hui, elle est devenue une des figures incontournables du GAMS, officiant au poste de directrice. Et cette femme engagée ne s’est pas arrêtée en si bon chemin, multipliant les initiatives. Elle est ainsi impliquée dans des recherches sur les mutilations génitales et dans l’écriture de guidelines cliniques pour le Ministère de la Santé belge. Et, évidemment, elle est une des chevilles ouvrières du CeMAViE, une des deux structures d’accueil belges destinées à la prise en charge des complications des mutilations génitales féminines. « Ce projet me tenait vraiment à cœur », confie-t-elle. « Le dossier a été lancé en 2009 mais il a fallu attendre 2014 pour le voir enfin se concrétiser. Avec Martin Caillet, le gynécologue du centre, nous avons dû nous battre pour ouvrir ce lieu dédié entièrement aux femmes excisées. »

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« Mon bureau est un sas de décompression »

Fabienne Richard est le premier visage que voient les femmes qui se présentent au CeMAViE. Elle se charge en effet de l’accueil de première ligne. « Mon rôle est de recueillir les attentes, les souhaits des patientes. Le but est de savoir pourquoi elles ont poussé la porte du centre. Mon bureau est un sas de décompression », explique-t-elle. « Une grande partie de ces femmes sont terrifiées quand elles arrivent chez nous. Elles ont longtemps hésité, parfois durant de longues années, avant d’oser franchir le pas. Je dois donc tout faire pour les détendre et les mettre en confiance. Je reste également à côté d’elles lors de l’examen gynécologique réalisé par mon collègue Martin Caillet. Je dois vraiment leur offrir une présence rassurante et bienveillante afin que l’examen se passe au mieux. Comme il est réalisé par un homme, c’est bien qu’une femme soit à leurs côtés. »

Cette grande brune chaleureuse et hyperactive valorise dans son travail une approche hautement humaine. Une oreille et une présence bienveillantes pour les victimes : voilà comment caractériser le travail de cette spécialiste de la prise en charge de l’excision. « Beaucoup de dames se confient à moi. Elles parlent des violences vécues. Pas que l’excision. Elles ont connu des mariages forcés, des violences sexuelles. Leur demande de reconstruction du clitoris cache donc d’autres douleurs. Et ces douleurs ne pourront pas être soignées par l’opération », pointe Fabienne Richard.

Elle nous raconte alors une des nombreuses anecdotes récoltées sur le terrain au fil des années. « Parfois, la volonté de se faire opérer cache une autre demande. Je n’ai pas oublié cette jeune femme qui allait être victime d’un mariage forcé. Derrière sa demande de reconstruction, elle cachait ce lourd secret. En creusant davantage, j’ai découvert qu’elle avait peur d’avoir mal lors des rapports avec son futur mari », se souvient-elle. Et de rajouter : «  Pour faire ce métier, il faut beaucoup de patience et écouter sans jamais juger. Aux victimes, je leur dis qu’elles ne sont pas obligées de tout me dire. En revanche, je peux tout entendre et rien ne sortira de cette pièce. »

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Mieux former les futures sages-femmes

Son immense expérience dans le domaine des mutilations génitales, Fabienne Richard la partage régulièrement avec d’autres professionnels. Elle réalise notamment des formations dans les hôpitaux, destinées principalement aux gynécologues et aux sages-femmes. « Nous avons développé cinq protocoles pour l’accompagnement des femmes, de la première consultation de grossesse jusqu’au post-partum », précise-t-elle. « Cependant, il nous est impossible de nous rendre dans tous les hôpitaux du pays pour y dispenser des formations. Nous ciblons donc les plus gros ou ceux qui sont les plus susceptibles d’accueillir le public cible. Sans compter que ce besoin en formation ne faiblit jamais vu l’importance du turn-over du personnel. » De plus en plus de travailleurs sont donc demandeurs d’être formés à ces questions. Et, le secteur médical n’est pas le seul à souhaiter obtenir des clés d’action, non. « Le paramédical est aussi intéressé par ces questions. Nous allons aussi dans les plannings familiaux car il y a de plus en plus de travailleurs qui souhaitent obtenir des informations. Ils ont peur de se planter. »

La sage-femme plaide pour l’intégration dans le cursus scolaire de base de cours centrés sur les mutilations génitales. « Actuellement, nous proposons uniquement de la formation continue. Ironie de la situation ? Parfois nous dispensons des formations à des jeunes sages-femmes qui sont fraîchement diplômées ! Une résolution a déjà été adoptée en ce sens à la Fédération Wallonie-Bruxelles mais ça prend un temps fou à se mettre en place. Nous continuons donc le plaidoyer ! »

Elle ne lâchera rien, c’est certain. C’est que Fabienne Richard est une vraie battante. Passionnée par ce métier qu’elle réalise avec conviction depuis vingt ans déjà. « Et vous savez, j’apprends toujours au contact de ces femmes, même malgré toutes ces longues années. On pense avoir tout vu ou tout entendu et puis vous êtes frappée par une nouveauté », sourit-elle. « Cela n’a finalement rien de surprenant... Un humain qui parle à un autre être humain. Voilà l’essence de mon métier. »

E.V.

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