L’art comme arme pour soigner : portrait d’une art thérapeute

L'art comme arme pour soigner: portrait d'une art thérapeute

L’art thérapie est une méthode qui a pour vocation de se servir de la sensibilité ainsi que de la créativité des individus à des fins psycho-thérapeutiques. Au même titre que la sophrologie ou l’ergothérapie, c’est une discipline qui envisage le bien-être du cerveau et du corps comme un tout. Cependant l’art thérapie reste encore « underground » et n’est pas encore reconnue. Le Guide Social a souhaité en savoir plus. Nous sommes donc allés à la rencontre d’Anne Culot qui est art thérapeute par passion et conviction.

Que peut-il bien se cacher derrière cette thérapie, comment peut-elle bien fonctionner ? L’art est l’essence de toute chose, il est vrai, cependant la création artistique n’est pas présente dans les doigts de tout le monde. « Ce n’est pas une école d’art, mais une aide à la personne », lance, à peine assise, Anne Culot. « Par l’intermédiaire d’un médium, je guide la personne vers un but, celui de s’exprimer. »

- [A lire]  : Apprendre, un bon anti-dépresseur ?

La vie, la meilleure formation

Le parcours d’Anne Culot est fait de la même sève que sa profession. A savoir un cheminement personnel pour trouver, les yeux ouverts dans le noir, les clés de son futur. Après une année à la « Cambre » en dessin, elle se lance dans des études d’histoire de l’art à l’ULB. Une fois son diplôme en poche, elle exerce le métier de guide interactif au palais des Beaux-Arts. C’est alors qu’elle commence à sentir qu’elle est plus à l’aise avec l’interaction avec les autres plutôt que de rester dans une posture d’oralité passive. Cependant la rencontre avec la thérapie et surtout l’art thérapie n’arrive qu’à la suite d’un mauvais tour dont seule la vie en a le secret. Durant l’année 1999 elle s’inscrit alors à des modules d’art thérapie à l’IRAM. L’éveil se concrétise avec la création en 2004 de son asbl DUSA « du spirituel dans l’art ». « Le nom de mon asbl est un clin d’œil à Kandinsky, un philosophe parlant du rôle irremplaçable et des possibilités spécifiques de l’art : il nous fait échapper à nos limitations… »

Dès lors, en consultation seule ou en groupe lors de stages d’été, Anne panse les blessures des vivants en les aidant à aller découvrir leurs sentiments intérieurs. « Je travaille à l’aide de livre d’art pour débloquer l’inspiration des personnes. C’est un peu une de mes spécificités ma formation d’histoire de l’art. Je suis à la fois dans la théorie et dans la sensibilité ».

- [A lire]  : Les rêves de nos patients : une mine d’or ?

L’art comme nécessaire lutte face aux ecchymoses

L’art thérapie consiste en une approche tout sauf classique de la médecine. Elle utilise des médiums artistiques tels que l’écriture, la peinture, la danse, la musique pour permettre aux individus de s’exprimer au travers de leur sensibilité. La création fonctionne alors comme une catharsis puissante et matérialisée. Pour cela, le thérapeute doit bien sûr avoir la fibre artistique, mais aussi maîtriser la psychologie et la psychopathologie : « Une fois que l’objet est créé alors moi j’agis en tant que guide pour questionner un peu la personne. Elle parle un moment ou l’autre et moi je dois être là pour l’écouter et l’emmener dans ce cheminement de libération. »

L’art est une ecchymose raffinée qui panse nos peines. Il permet à l’individu de s’affirmer et d’extérioriser. Plus l’entretien avance plus on se sent transporté dans un livre d’Hermann Hesse entre spiritualisme et vérité. Ce que le verbal ne peut laisser exprimer, car trop agressif pour l’individu, l’art permet de le transcrire. « La sensibilité, les émotions rentrent en scène et il n’y a pas de faux-semblants. » Pour autant, Anne Culot nous le précise bien : « Il ne faut pas de fibre artistique particulière. »

- [A lire]  : Décret ambulatoire : vers plus de souplesse pour le terrain ?

Réparer les vivants

« Dans cette thérapie on parle certes, mais contrairement aux autres thérapies classiques, on crée quelque chose et l’individu peut constater ses progrès en toute intimité », poursuit-elle.

Donner les clefs à chacun pour avancer malgré les traumatismes que la vie laisse. En tant que médecine alternative et douce, l’art thérapie s’adresse en complément à toutes les personnes recherchant à transformer leurs angoisses en une force sereine. « Mon public touche aussi bien les enfants que les personnes âgées. Je me suis occupé de personnes souffrant d’Alzheimer, d’autres atteintes de démence, de cancer, souffrant d’anxiété ou touchées par des troubles de la personnalité. »

A l’heure où les problèmes psychiques sont aussi importants que les maladies physiques, il est salutaire de se poser la question de notre santé mentale et de notre bien-être. Les nombreuses injonctions au bonheur ont l’effet pervers d’entretenir un vide existentiel conduisant souvent à des questionnements profonds. La démence, le sentiment de profonde mélancolie ou bien le sentiment de ne plus pouvoir avancer, autant de maux qui existent depuis des décennies. « Début du XXème siècle, beaucoup d’artistes comme Van Gogh étaient sûrement bipolaires ou dépressifs. Et leur folie a été cachée sous l’effet du génie, ne prenant pas en compte leur besoin de création comme volonté d’évacuer un trop-plein », rappelle Anne Culot.

- [A lire]  : Les pairs-aidants en santé mentale : valoriser l’expertise du vécu

Une pratique visant à repenser la médecine occidentale

L’art thérapie n’est toujours pas reconnue comme médecine. En effet, elle souffre de craintes, de mauvais regards à son encontre. Cependant, la thérapeute n’abandonne pas l’espoir de voir un jour sa discipline acceptée. « J’espère qu’un jour ma discipline sera reconnue comme indispensable et comme un service offert à la population », conclut-elle. « Je pense que la médecine occidentale devrait regarder un peu du côté de la médecine orientale qui a des éléments fantastiques à nous apprendre. La médecine occidentale est trop matérialiste. Elle n’inclut pas suffisamment l’être humain dans toute sa globalité, c’est-à-dire le corps et l’âme sans mettre de croyance derrière bien sûr. Oui, je pense vraiment que la médecine orientale a beaucoup à donner. »

B.T.



Ajouter un commentaire à l'article





« Retour

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies.   J'accepte   En savoir plus